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 [Roman] ♦ Chloé Smith [En cours]

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Jafas

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MessageSujet: [Roman] ♦ Chloé Smith [En cours]   Dim 5 Avr - 18:59

Pour ce qui est des sujets sensibles, je ne pense pas qu'il puisse y en avoir. En tout cas, ce n'est pas du tout le but premier de cette histoire, et si, un matin, je me lève avec une idée saugrenue, je vous le ferais savoir... Ou je m'abstiendrais, tout dépend. Gardez juste à l'esprit que Chloé, mon personnage principale, est téméraire -donc il risque d'y avoir quelques bagarres- et un peu frivole. Voilà. ♪
Vous trouverez le sujet pour commenter ici. Merci de laissez un petit commentaire là bas, afin de ne pas encombrer ce sujet-ci.
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture, niih.

Prologue


 L’air est saturé de fumée de cigarette, le bruit, assourdissant. Les alcoolos du week-end sont accoudés au bar, discutant entre eux, ou avec le barman, tout en regardant d’un œil vide le petit écran plasma qui rediffusait pour la énième fois un match de foot.
 Je tapote mes ongles vernis sur la table en formica où je suis installée. Je sais, vous devez vous demander ce qu’une fille comme moi fabrique ici. Moi aussi, parfois, je me le demande.
 Martin est installé deux tables plus loin, sur ma diagonale. Il a posé son mac sur la table devant lui. Nos regards se croisent, il pince les lèvres encore plus, comme pour me dire :  Tu n’es pas censée me regarder, je rapporterai cela à Ted.
 Je soupire et regarde l’heure. Dix minutes que je poireaute ici.  S’il n’est pas là dans cinq minutes, je me casse. Et Ted pourra aller se faire brosser. J’ai posé mon portable sur la table, dans l’espoir de voir s’allumer l’écran, lorsque je recevrais un SMS. Je sais que c’est peine perdu. Le seul susceptible de m’en envoyer est celui que j’attends. Je jette un discret coup d’œil à Martin. Il s’est commandé une bière. Je note cette information dans un coin de ma tête. S’il me balance à Ted, ça peux faire une monnaie d’échange. Même si je sais qu’il ne va pas y toucher, à sa bière.
 Enfin, la porte s’ouvre. Je me redresse légèrement sur ma chaise en apercevant la silhouette massive qui se découpe dans l’embrasure. Je sais que Martin a fait de même. On ne devrait pas, mais c’est dans la nature humaine.  L’homme qui vient d’entrer, t-shirt blanc - sale, cela va de soi- qui laisse apercevoir un bras recouvert de tatouage, se dirige vers ma table, et s’assoie en face de moi.
 -Salut ma belle, fait-il d’une voix qui se veut sensuelle.
 Pitié, épargner moi ça
-Bonjour, Joe, je réponds en grommelant.
 Le serveur s’approche prudemment de notre table en fixant le mastodonte qui vient d’entrer.
 -Voulez-vous boire quelque chose ?
 -Deux chopes de bière.
 Joe n’a même pas tourné la tête, il continue de me fixer. J’attends que le serveur reparte avant d’embrayer :
 -Bon, Joe, tu sais pourquoi je suis là ?
-Oui, et je maintiens que les jolies donzelles ne sont pas faites pour manier les armes, me dit-il, avec un clin d’œil.
 Surtout, ne le baffe pas, Chloé, retiens–toi.
 Je lui souris. Cet homme me dégoûte.
 -Je m’en fous, je veux les armes que j’ai commandées, dis-je en me forçant à conserver mon joli sourire de cruche. Et tu sais que tu peux me faire confiance.
-Là-dessus, pas de problème, chérie.
 Je souris intérieurement. Il s’est appuyé sur le dossier de sa chaise, signe qu’il est détendu. Je peux peut-être l’aiguiller sur des sujets plus sensibles. Et puis, j’ai des arguments. Arguments qu’il ne se gêne pas pour regarder, d’ailleurs. En temps normal, les mecs comme ça, je leur aurais foutu une baffe, et je serais partie. Mais Ted a bien insisté, ça fait trois mois qu’on planche dessus, pas question de faire tout capoter avec mon tempérament volcanique. Tempérament volcanique, moi ?
 Bref, je m’appelle Chloé Smith, j’ai vingt ans, et je suis actuellement en mission d’infiltration.

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Jafas

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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Chloé Smith [En cours]   Sam 18 Avr - 13:38

Bon, voilà la suite.
Je ne sais pas si c'est assez long. Et je ne sais pas si c'est assez bien. *meurt* Mais je vous laisse le découvrir. cute:

Chapitre 1

Je lève les yeux au ciel. Ted se tient debout, penché sur moi, appuyé sur son bureau. Martin, lui se tient droit, dans un coin de la pièce, près de la baie vitrée qui donne sur la ville. La journée touche à sa fin, et on peut voir le ciel se teinter petit à petit de rouge. Nous étions rentrés en catastrophe, après que Joe soit parti. Plutôt furieux, je dois avouer. Une fois de plus, j'avais tout fait capoter. Mais j'étais trop fière pour l’admettre, et même si Ted était en colère à cet instant, je sais qu'il ne me renverra pas. Je lui suis bien trop indispensable pour ça... Non ?
-C’est bon, Ted, j’ai son numéro, je peux toujours le rappeler. Il ne m’en voudra pas si je lui donne... Les bons arguments.
-Mon nom, c’est Théodore, pas Ted. Et j’aimerais que tu aies la décence de m’appeler patron.
Je ne voyais pas Martin de là où j’étais, mais je suis sûre qu’il souriait, à cet instant. Si je pouvais lui refaire le portrait, à ce fils à papa. Ted frappe son bureau de son poing, ce qui a le mérite de me faire sursauter.
-Bon sang, Chloé, qu’est ce qui t’as pris de lui coller une baffe ?
-Il avait les mains un peu trop baladeuse à mon goût.
Martin s’avance, avec son petit air supérieur :
-Je t’avais prévenue de ne pas mettre un décolleté si plongeant
Ted se tourne vers lui, et aboie :
-Martin, on t’as pas sonné. Cela faisais partie du plan.
Ce dernier devient livide, et je savoure cette vision avant de prendre la parole :
-Ted, s’il te plaît, je peux rectifier la situation. Donne-moi une chance. Et puis, les enregistrements qu’on a faits ne suffisent pas à le coller en taule ?
Ted soupir, passe la main sur son visage. Quoi ? Ah oui, je l’ai encore appelé Ted.
-Bien sûr que si. Mais tu l’as baffé juste quand il allait avouer avoir trempé dans le trafique de drogue. Et on aurait pu enfin savoir où il planquait sa cochonnerie.
Je baisse les épaules, la tête. C’est le moment de ranger ma fierté dans son tiroir et d’accepter le sermon. Ted soupire de nouveau.
Je veux bien te laisser une chance, mais c’est bien parce que c’est toi, Chloé Smith.
Je relève la tête d’un coup, et je pense qu’on peut lire la gratitude et l’espoir dans mes yeux. Je jette un coup d’œil à Martin. Il a la mâchoire qui pend par terre, tellement il est stupéfait par cette grâce divine qui me tombe du ciel. Je lui adresse un clin d’œil provocateur, accompagné de mon sourire le plus sournois. J'aurais bien tiré la langue en prime, mais ma conscience m’interdit de le faire dans le bureau de Ted.
-En revanche...
Je me fige. La mine de Ted est sombre, ne présage rien de bon. Mon ventre se noue, j’attends la sentence qui ne devrait pas tarder.
-En revanche, Martin sera ton supérieur de mission.

Non. J’ai bien entendu ? Martin ? Mon supérieur de mission ? OK, je dois me préparer à vivre l’enfer. Et je ne serais pas en assez bonne posture avec Ted pour rendre la monnaie de sa pièce à ce petit prétentieux.
-D’accord, pas de problème.
Je réponds, mais cela sonne faux. Horriblement faux. J’espère qu’aucun des deux ne va s’en apercevoir. Ted hoche la tête, puis fait un geste avec son bras.
-Allez, tout les deux, débarrassez-moi le plancher. Je vous ouvre un bureau pour que vous puissiez paramétrer la mission.
Je me lève, lentement. Martin salue Ted de la tête quand il passe devant lui. Je le détaille. Avec ses cheveux blonds, toujours bien coiffés, son teint pâle et ses yeux bleus, il pourrait peut-être être sexy, si on lui enlevait les chemises trop strictes et les chaussures toujours bien cirées qu’il mettait. Martin, sexy ? Mais qu’est ce que je raconte ? Il est grand temps que je me trouve un mec, ça m’évitera de divaguer de la sorte. Je lui emboîte le pas. Lorsqu’il passe le pas de la porte, j’hésite à lui faire un croche-patte. C’est Ted qui me rappelle à l’ordre :
-Et tâchez de ne pas vous chamailler comme des enfants... Parfois, vous êtes pire que mes gosses.
Je lui tourne le dos, mais je sais qu’il a un sourire amusé. Ted ne nous en veux jamais longtemps.
Dans le couloir, je marche au côté de ce qui sera désormais, mon supérieur. Il s’arrête devant la machine à café, glisse une pièce dedans, et attend devant la machine qui ronronne. Je fais de mon mieux pour marquer mon impatience. Il me jette un regard. Rapide, méprisant.
-Tu peux en prendre un, si tu veux.
Quoi ? J’ai besoin de son autorisation pour prendre un café ? Martin s’empare du gobelet fumant et le porte à ses lèvres, avant de se diriger dans le bureau A2. Je le suis dans la pièce exiguë. Six tables sont disposées en rond, et au fond de la pièce, un projecteur et un tableau blanc. L’unique fenêtre donne sur la cour, où vole quelque emballage de barre chocolaté dans l’air d’autonome. Martin pose son café sur une des tables et me fait signe de m’asseoir. Je m’exécute, en posant mes pieds sur la table. Il me regarde, mi-stupéfait, mi-agacé. Je sourie. Un point pour moi. Dommage qu’on n’a pas le droit de fumer dans les locaux, sinon, je me serais pas gêné.
Martin me tourne le dos, en m’ignorant royalement et allume le pc posé dans un coin.
-Je vais te faire écouter ce que j’ai enregistré lors du rendez-vous au café.
Il double clique, et le son emplit la pièce.
-Bonjour, Joe.
Bon sang, ma voix est horrible. Je me demande un instant si c’est à cause de la cigarette. Puis, je me concentre sur la suite.
-Et, Joe, toi qui as beaucoup de contacts... Tu ne saurais pas où me procurer...Hum... de la coke.
Je me rappelle lui avoir fait un petit sourire en coin. Un qui fait fondre la détermination de tous les hommes. Et là... J’avais regretté.
Martin arrête la bande et me regarde sévèrement.
-C’est moi ton supérieur de mission, maintenant. Donc, plus de bourde comme ça.
Non, mais il me prend pour quoi ?
-Je suis pas une débutante, c’est bon, je grommelle.
Il boit une gorgée de son café en me fixant d’un air dédaigneux. Ah, qu’est ce que j’aimerais effacer cet air sérieux qu’il affiche en permanence. Pas vous ?
-Et donc, quel est ton plan, boss.
J’avais appuyé sur le dernier mot pour voir sa réaction. Il touille son café. Avec un calme olympien. Pas de réaction, donc. Super. Je sens que la semaine va être longue. Je jette un coup d’œil à l'horloge murale. Il est bientôt vingt heures. Martin suit mon regard, soupire.
-Ok, alors voilà ce qu'on va faire, Chloé.
Il s'assoit au bureau, boit une gorgée de café. J’attends. Il reprend enfin :
-Tu vas retourner à l'appartement qu'on a loué. Je t'y amène.
Il se lève, je fais de même.
-Je peux y aller seule, j'ai le permis, je te rappelle, protesté-je.
Il ne répond pas, se contente de me fixer. Ok, j'ai compris, on y va. Il finit son café d'un trait, le jette dans la poubelle en passant la porte. Je lui emboîte le pas et nous descendons au sous-sol. Ma petite twingo rouge nous y attend bien sagement. Martin se dirige vers sa voiture, je le suis. L'habitacle sent le cuir, l’intérieur est impeccable. Ça ne m'étonne pas de lui. Le trajet se déroule dans le silence. Je regarde les barres d'immeubles défilées, jusqu'à ce que le paysage change et qu'on arrive à la périphérie de la ville, aux abords d'usine désaffectées, et d'immeubles décrépit. C'est dans l'un d'eux que Joe habite. Et c'est dans l'un deux aussi qu'on m'oblige à vivre, le temps de la mission. Pour ma couverture vous comprenez. Martin gare la voiture le long du trottoir, à deux rues de mon appartement. Je le regarde, effarée.
-Quoi ? Je vais pas marcher jusque-là. Il fait froid et en plus...
Devant son regard appuyé, je capitule.
-Bon, ok. je grommelle en me laissant retombée sur le siège. C'est quoi la suite du plan?
Martin sourit. Enfin. C'est un peu flippant quand même comme sourire. Je ne suis pas sûre que s'en soit vraiment un, en fait. Il me glisse un regard dans le rétroviseur.
-Tu as son numéro, il me semble. Débrouille-toi, mais je veux que tu ailles chez lui demain.
Puis, je descends, regarde la voiture s'en aller vers le centre-ville. Je frissonne. Le réverbère à côté de moi crépite en s'allumant. Home sweet home, Chloé. Je me mets à marcher, les bras croisés pour me tenir chaud. Un jour, je me vengerais. Mais en attendant, j'ai un coup de fil à passer.


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Jafas

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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Chloé Smith [En cours]   Dim 26 Avr - 11:46

Chapitre 2


Je pousse la porte vermoulue du minuscule appartement, les joues rougies par le froid. La petite cuisine qui fait aussi office de salon est plongée dans le noir. J'allume donc et me laisse tomber dans le canapé. Pffiou. Je fixe le mur sale en fasse de moi. Je ne veux pas m'éterniser ici. Avec un soupire, je me lève donc et me dirige en traînant des pieds vers la minuscule salle de bain, en priant pour qu'il y ait de l'eau chaude. En passant, je récupère mon pyjama qui traînent sur mon lit. Puis, j'enjambe la cuvette des toilettes pour pouvoir accéder à la douche. Tout un sport. J'ouvre l'eau. Glacée. Sup-er. Je me déshabille en fixant le jet, les yeux plissés. Ridicule, je sais. Mais j'avais besoin de ça pour me persuader de rentrer dedans. Je crois que je ne m'étais jamais lavé aussi vite de ma vie.
Je fixe le plafond blanc, le téléphone dans la main. Allez. Visiblement, ma méthode pour m'auto-persuader ne marche pas des masses. Cela fait une heure que je suis allongée sur le lit, à fixer le place moisi du plafond. Je tourne la tête. Le mur à tout aussi blanc que le plafond, c'est à dire plus tellement. La fenêtre donne sur la rue, détrempée de pluie. Cet appartement me répugne. Vivement que la mission se termine. Mais pour ça...
J'appuie sur le petit téléphone vert et colle le smartphone à mon oreille. Une sonnerie, deux.
-Allez, Joe, je murmure pour moi-même.
Au bout de la quatrième, il décroche.
-Salut, c'est moi.
-Ouais
, grogne t-il d'une voix pâteuse. Il vient de se réveiller. Ou plutôt, je viens de le réveiller.
Je tourne la tête une seconde fois pour voir l'heure. Onze heure quarante. Tant pis, il n'a qu'à être plus matinal. J’enchaîne :
-Je... je tenais à m'excuser. Pour hier. Le coup est parti tout seul. Je suis vraiment, vraiment désolée.
Mon dieu, qu'est ce que je raconte, moi ? Désolée ? Je m’efforce de continuer :
-C'est que je n'ai pas l'habitude, et... Enfin, ça m'a un peu surpris, quoi.
Joe, qui était resté silencieux jusque là, marmotte:
-Pourtant, une jolie fille comme toi...
Oui, sur le coup il n'a pas tord. J'attends la suite qui ne vient pas. Je joue donc de nouveau de mes talents -Eh oui- d'actrice :
-Joe, je sais vraiment pas quoi faire pour m'excuser, je force ma voix, qui devient sanglotante.
Après un petit silence, pendant lequel Joe réfléchit, ce dernier fini par proposer :
-Passe chez moi demain soir. On pourra dîner ensemble.
Je souris. C'est pile la phrase que j'attendais. Ted peux être fier de moi. J'accepte et raccroche, avant de composer le numéro de Martin :
-Allô ?
-Hey, Martin. Devine qui s'est fait inviter demain soir à dîner ?

A l'autre bout du fil, je l'entend qui tape sur l'ordi. Je m'attend à des félicitations, ou une manifestation de joie, mais Martin déclare de son sérieux habituel :
-Bien. Tu pourra te débrouiller pour fouiller un peu ? Prendre des photos...
J'émets un petit rire :
- A mon avis, il va me coller pendant toute la soirée. Ça risque d'être difficile.
Un petit silence, où je n'entends que le bruit des touches du clavier. Puis :
-Je vais te filer des somnifères. Débrouille-toi pour en mettre dans sa boisson. Tu saurais faire ça ?
Je lève les yeux au ciel.
-Bien sûr que oui, répliquais-je d'un ton acerbe.
Je lui raccroche au nez, m'étire et ri de ma réussite. Puis, mon sourire de victoire s'efface en songeant à la perceptible de passer la soirée à écouter les propos machistes et les allusions maladroite de ce criminel. Je m'étire et me lève enfin, pour me diriger vers la cuisine. J'ouvre le frigo. Il est presque vide. Avec une soupire, je claque la porte et attrape le dernier paquet de chips, posé sur le plan de travaille en formica. Il est vingt-trois heures, avec un peu de chance, les films viennent de commencer à la télé. Je m'installe donc sur le canapé, ouvre mon paquet avant de piocher dedans et d'allumer la télé. Après avoir tenté vainement de mettre Canal plus je me rappelle que la télé ne dispose que de dix-huit chaînes, les principales. Après avoir chercher un programme intéressant, je finis par me résigner à regarder l'épisode des Simpsons que j'avais dû voir deux fois au moins.
Je sursaute quand on frappe à la porte. Qui ça peut être à cette heure ci?
-Ouais, c'est qui? je crie.
On frappe une deuxième fois et une voix étouffée me répond :
-C'est le père Noël. Ouvre, bon sang.
Je fronce les sourcils, pose mon paquet de chips sur la table basse et j'attrape la batte de base-ball posée contre le mur. Je défais le verrou, et ouvre en brandissant mon arme de fortune. Le jeune homme devant moi recule de quelques pas.
-Chloé, sérieux, qu'est ce que tu fous?
Là, je reconnais la voix de Martin. Je baisse mon arme. La batte tape le carrelage dans un bruit sourd. Il rentre et referme la porte derrière lui. Là, il enlève enfin la capuche de son Sweet et je peux voir son visage trop sérieux.
-Ma... Martin? je balbutie, Mais qu'est ce que tu fous là?
Il balaye mon interrogation d'un revers de la main.
-Je m'appelle Kevin, ok?
-Quoi?
Martin lève un sourcil et me fixe. Je comprend que je ne suis pas en position de discuter.
-Ok,ok, j'abdique, puis j'ajoute en désignant son Sweet et son jogging. Mais sérieux, c'est quoi ces habits ? Je ne t'avais pas reconnu.
Martin fait un tour sur lui même, avec un petit rire. Je ne sais pas si c'est dû à ma remarque ou à la découverte de l'endroit que j'occupe : le paquet de chips à moitié plein encore, celui vide qui traîne sous la table basse, mon pull en vrac sur le canapé, et Homer mangeant un donuts à la télé. Peut être qu'il riait des deux, finalement.
-Je pense que les gens m'auraient davantage remarqué si Kevin avait débarqué ici en costard-cravate, finit-il par répondre.Chouette baraque.
C'est à mon tour de laisser échapper un petit rire.
-Kevin ? T'aurais pas pu trouver encore plus cliché?
Il soupire, lève les yeux au ciel et me tend une petite boite.
-Quand tu auras finis de t'amuser, tu pourras prendre cette boite de somnifère ? Il suffit d'un cachet. Ça peut se diluer avec de l'eau.
J'attrape le paquet et je vais le ranger dans un des placards de la cuisine. Quand je me relève, c'est une pub pour un parfum à la télé. Je m'absorbe dans la contemplation du torse du figurant, écoutant distraitement ce que me dit Martin :
-Donc, tu te débrouille pour lui faire avaler le cachet, ok? Chloé, tu m'écoutes?
C'est à ce moment là que la télé, ainsi que la lumière choisissent pour s'éteindre. Je cligne des yeux. Panne de courant. Je me dirige non sans peine jusqu'à la fenêtre, en me cognant au passage dans le plan de travail.
-Aïe!
Dans la rue, tout est éteint et aucune lumière dans l'immeuble d'en face. C'est pas vrai! Je me tourne vers l'endroit où je vois l'ombre de Martin. Je sourie.
-T'as de la chance Kevin, c'est le noir complet. Tu vas pouvoir repartir discrètement.

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Jafas

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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Chloé Smith [En cours]   Dim 3 Mai - 16:04

Chapitre 3


 Je ferme la porte de l'appartement à clé, jetant un dernier coup d’œil à la cuisine exiguë, me jurant que la prochaine fois, je ne partirais pas en mission si on me loue un appartement aussi pourrit. Même si je sais que je suis incapable de résister lorsque je vois un contrat. Je lève les yeux vers le ciel. La nuit tombe doucement, enveloppant la barre des immeubles miteux dans l'air du soir. Je frissonne, les mains dans les poches de mon blazer gris. Il fait froid.
 Je marche, en évitant les nids-de poules. Joe n'habite pas loin. C'est la première fois qu'un doute m'envahit. J'ai peur de refaire une gaffe, que mon caractère volcanique l'emporte, et que je fasse tout foirer. Encore une fois. Je m'arrête devant un bloc de béton, monte au deuxième étage. Numéro 3, c'est là.  Allez, ma petite Chloé. Sonne à cette fichue porte.
 Je tends mon index, souffle une fois et appuie longuement sur le bouton. J'entends bouger derrière et Joe ouvre la porte. Il est torse nu, laissant voir ses muscles -c'est à peu près tout ce qui a de positif chez lui- et des tatouages que je n'avais pas encore eu l'occasion de voir. Et j'aurais préféré ne pas les voir. Il s'efface pour me laisser entrer.
-J'ai commandé des pizzas, fait-il
Trop gentil, vraiment.
 Je découvre donc l'appartement de monsieur. La télé est allumée, diffusant un épisode des Simpsons. Et sur la table basse, calée entre la télé et le canapé défoncé, Joe a déposé un carton de pizza et deux bières. J'essaye d’enregistrer le maximum de détails, aussi insignifiants soient t-ils. Le Cactus, à côté de la fenêtre, le rideau, entrouvert, qui laisse passer la lumière des réverbères, le coin cuisine. Et surtout le bureau où est posé l'ordinateur. Joe m’interrompt dans mon analyse.
-Tu peux enlever ton blazer, et t’asseoir.
 Je hoche la tête et obéit. Je suis nerveuse. Non pas parce que je suis inquiète pour la mission. Non. Mais parce que Joe à complètement changé de comportement. Je vois qu'il a fait un effort de rangement aussi. Je le vois parce que la partie salon est nette, et que le fond de la pièce, le bureau, surtout, est lui encombrer de divers objets hétéroclites, comme si on avait voulu les faire disparaître, et ne sachant pas où les mettre, on les avait posés sur le bureau. Je sursaute quand il étend la télé. Je lève les yeux vers lui. Il s'est rasé. Ça se voit. Il me sourit, et s'assied sur le canapé, à mes côtés. Bordel, y a un truc qui cloche. Je suis de plus en plus nerveuse. Je crois qu'il l'a remarqué, aussi rompt-il le silence pesant qui s'est installé.
-T'inquiète, je t'ai pardonné, tu sais.
-Ah... Merci, je murmure.
 Il tend la main, s'empare de sa bière, me fait signe de faire de même. Je réalise soudain que la bière est le seul moyen de lui faire avaler le somnifère que Martin m'a donné. Je me ressaisis, cherche un stratagème.
-C'est gentil, de...Euh, m'avoir invité.
 Je gagne du temps. Il boit une gorgée. Me sourit.
-J'ai des armes à te vendre.
 Je sourie, à mon tour. Il aborde lui-même le sujet, voilà qui me facilitera la tâche.
-Et puis... Je suis sûr qu'on peut s'amuser, toi et moi.
 Bien, qu'est ce que je disais. Chassez le naturel , il revient au galop. Et aussitôt, je sens mon visage s’empourprer légèrement. Oh, pas de honte, non. De colère. Je sens que s'il rajoute un truc ma main atterrira une fois de plus dans sa figue. Non, pas deux fois la même erreur. J'esquive, donc :
-Je... On verra.
 Son sourire affaisse quelque peu, devant mon esquive pitoyable. Cette andouille s'étire ensuite, fier de lui. Il repose ensuite sa main derrière mes épaule. Oui. Je soupire, exaspérée. Forcément, pourquoi je lui ai dit « on verra », moi ? Crétine. Je me force à sourire, et me décale légèrement. Il boit une autre gorgée. Bon sang, il faut que je l'éloigne avant qu'il ne la siffle. J'examine les objets posés sur la table basse. La télécommande, nos deux bières -je n'ai toujours pas touché à la mienne, soit dit en passant- et la pizza. Voilà. La pizza.
-Pour l'instant, je mangerais bien de la pizza.
 Il se lève néanmoins de mauvaise grâce et me lance, en changeant de pièce :
-Je vais chercher un couteau.
 Bien. Qu'il aille. Ça me fera des vacances. Je saute bien sûr sur l'occasion, trop belle, de glisser le somnifère dans sa bouteille de bière. Je ne sais pas combien de temps il va prendre. Normalement, pas longtemps. Ce n'est qu'un couteau, il suffit d'ouvrir tiroir.
 Deux choix s'offrent donc à moi, soit verser le contenu dans la bouteille sans bouger la dernière de place, soit l’amener devant moi pour la remplir. Je choisis la deuxième, car devant soit, c'est plus pratique pour ne pas en mettre à côté. Je repère l'endroit où je reposerais la boisson après et entreprend de casser un cachet en deux. Le goulot étant trop étroit pour le mettre en entier. Forcément.  Après quelque seconde d'effort, je parviens à mes fins, et Je secoue un peu pour diluer.
Merde. J'en ai mis sur mon pouce. Mon premier réflexe est de me le lécher, mais je m'interrompe aussitôt. J'ai oublié de demander à Martin la puissance du somnifère. Il se pourrait que je puisse m'endormir, rien qu'avec quelques gouttes ? Je n'en sais rien, et je préfère éviter.
 Je cherche donc des yeux de quoi essuyer mon pouce. Voyons. Le canapé ? Pourquoi pas, après tout. Ce n'est que lorsque mon rythme cardiaque redescend que je me rends compte à quel point mon cœur battait vite. La porte de la cuisine s'ouvre, et Joe en sort, un couteau dans la main. Je lui souris, de mon air le plus innocent, et contente de moi.
-Ça va toujours, chérie.
 Et, pour une fois, je n'ai pas trop besoin de mentir. Je ne tiens même pas compte du surnom qu'il m’affuble, encore une fois.
-Nickel.
 Je replace une mèche de cheveux châtains derrière mon oreille gauche. Dans quelques heures, tout ça sera de l'histoire ancienne. Je reporte mon attention sur Joe, qui lance le couteau en l'air, le fait tournoyer, et le rattrape, en me lançant un clin d’œil. Il se penche ensuite sur la table basse pour couper cette fameuse pizza.
 C'est là que je capte.
 Je suis vraiment idiote, parfois.

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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Chloé Smith [En cours]   Dim 10 Mai - 16:16

Chapitre 4


Mais alors, vraiment idiote.
 J'avais laissé la bière. Sa bière, avec du somnifère, devant moi. Ce qui, naturellement suggérait que c'était la mienne. Mon cœur rata un battement. Mais comment j'avais pu être aussi idiote, et la laisser devant moi ? Et naturellement, ne pensant pas boire -Ted était ferme sur ce sujet, pas d'alcool pendant les missions- j'avais posé la mienne assez loin de moi. D'ailleurs, Joe en bu une gorgée, avant de commencer à couper la pizza en parts égales.
 Joe me tendit une généreuse part de pizza. Je la pris, encore dans un état second, sous le choque de ma connerie. Car, oui, c'était bel et bien ça. Un énorme connerie. Est-ce que je vais être obligé de la boire ?
 Je commence à paniquer. Mes yeux fouillent la pièce du regard à la recherche d'une solution. En vain. Bon, chaque choses en son temps. D'abord, ne pas perdre la face devant Joe. Ensuite, réfléchir et agir. Je mord dans ma part, alors qu'il découpe la sienne. C'est pas mauvais. Plutôt bon même. Je le regarde s'asseoir. Comme ça, il paraissait presque normal. Je veux dire pas trop moche, si peut-être on enlève le tatouage en forme de tête de mort sur sa peau hâlée.  Et qu'il se refait une petite coupe. Ça peut-être pas mal. Je le détaille, découvrant une autre personne. Je n'avais, par exemple, jamais remarqué la petite cicatrice, légère qui coupait son sourcil brun en deux, ni que l'arrête de son nez était si droite. Je découvre donc un millions de petits détails, qui peuvent changer une personne. Sa voix rauque me rappelle à l'ordre.
-Et, donc. Je sais que ça me regarde pas, mais... Tu comptes faire quoi, avec les armes ?
 Voyant ma tête ahurie, il s'empresse d'ajouter :
-Enfin, tu fais ce que tu veux. Je demande pas ça, d'habitude.
 Je souris, me rapproche de lui. Quoi ? Non, je ne profite pas, je travaille. Cette méthode sert à obtenir des informations essentielles. Essayez, vous verrez. Mon bras nu est collé à son torse, je sens la chaleur qui émane de lui. Et je me décale légèrement. Faut pas abuser, non plus.
-Non, ne t'inquiète pas. En fait, c'est pas pour moi.
 C'était sorti tout seul, mais je trouvais que c'était un beau mensonge. J'étais assez fier de moi.  Jusqu'à ce qu'il lève un sourcil interrogateur. Mince. Vive mes mensonges.
-C'est... Mon frère.
 Il hoche la tête.
-Tu pourras me le présenter ? J'aime bien voir la tête du client.
 Oui. Faut toujours qu'il y est un truc, forcément. Je commence à croire que je suis maudite.
-Euh. Oui. Si tu veux. Plus tard. Il s'appelle. Kevin.
 Tiens, prends ça, Martin. Je sourie.
 Bon. Danger écarté. Pour l'instant. Je verrais ça plus tard. Je repositionne ma pince dans mes cheveux. Dedans, j'y ai caché un micro. Astucieux, n'est-il pas ? Je continue :
-Et bien, dans ce cas, juste pour savoir. Ça fait longtemps que tu es dans le trafic d'arme ?
 Il plisse le nez, un demi-sourire en coin.
-Moins longtemps que dans celui de coke. Mais assez pour connaître toute les ficelles, ne t'inquiète pas, rajoute t-il, avec un clin d’œil.
 Moi, avec mes yeux, je louche toujours sur la bouteille de bière.
-Et moi, juste pour savoir... t'as couché avec combien de mec ?
 Je manquais de m'étouffer. Si, là, je ne le giflais pas, cela releva du miracle. Et d'une certaine détermination à ne pas faillir une deuxième fois dans ma mission. Mais, peut-être que... Oui, il y a sûrement moyen de se servir de cette question comme tremplin. Rappelons que mon objectif prioritaire étant de réparer immense bêtise que j'avais commise. Je souris donc à Joe.
-Humf. On va dire que j'ai pas à me plaindre.
 Surtout, rester évasive. La phrase que j'allais prononcée était complètement nulle. Il fallait donc que j'y mette les formes. Les formes, pour Joe, c'était se coller à lui. Ce que je fis. Et ne croyez pas que ça m'enchantait. Ça aurais pu. Si je n'étais pas en train de calculer pour réparer ma bourde et si je n'avais pas sus qu'il était un trafiquant d'arme et de stupéfiants. Bref, ça fait beaucoup de si. Je me préparais mentalement, me demandant si ça allait marcher. Oui, parce que je n'étais sur de rien. C'est ça le pire. Bon, quand faut y aller... Faut y aller.
-Joe.
-Hm ?
 Je lorgnais toujours discrètement la bouteille.
-On peux échanger nos bouteilles ?
Ca y est. Je l'ai dit. Décernez moi la palme du pire rattrapage de l'histoire. Joe fronce les sourcils en me regardant. Je tâche de soutenir son regard, tente même un sourire. Ne pas perdre la face, surtout. Faire comme si c'était normal.
-Hein ?
 Il fixe sa bouteille, cherchant à comprendre. Je vois, je vais devoir sortir le grand jeu. Donc. Je me redresse en m'appuyant sur le coude, approche mon visage de son oreille et murmure :
-S'il te plait.
 Pendant ce temps là, mon cerveau tournait à plein régime, cherchant une excuse, un prétexte plausible. Joe rit.
-D'accord.
Quoi ? C'est si facile que ça ? Ma conscience effectue le « v » de la victoire. Elle allait d'ailleurs enchaîner avec la danse de la joie, quand il ajouta :
-Mais faut que tu m'embrasses avant.
 C'est pas possible. Pourquoi y a que à moi que ça arrive ? Je n'ai pas trop le temps de réfléchir, il se penche déjà sur moi. Bon, après tout, ce n'est qu'un mauvais moment à passer... Non ?
 Je me dégage de lui avant qu'il ne passe la main dans mes cheveux. Il faut pas abuser non plus. Il attrape donc la bouteille, tout en me regardant d'un œil pétillant. Je ne préfère pas cherche ce que cela veut dire. Je le fixe donc lorsqu'il descend la bouteille. Il la repose sur la table, en désignant la sienne, qui était en fait la mienne à la base, et qui redevient maintenant la mienne. Enfin, bref.
-A toi, minaude t-il.
 Bien. Je suppose que je n'ai pas trop le choix. J’attrape la bière de mauvaise grâce, la porte à mes lèvres. J'espère juste que Ted comprendra. Maintenant toute mon attention est fixée sur Joe, que j'espère voir s'effondrer comme une masse, rejoignant le pays des rêves. Mais non, monsieur reste éveiller et me regarde. N'aurais-je pas mis assez de cachet ? Pourtant, Martin m'en avait donner qu'un seul. Je finis de boire, repose la bouteille.
-Je reprendrais bien une autre part de pizza.
 Joe sourit, attrape le couteau et se penche de nouveau pour couper ce qui reste en deux. Il me lance, ensuite, en me tendant ma part :
-Après, je te fais visi...
 Ses yeux papillonnèrent un moment, puis il s'écroule sur moi, tâchant au passage ma robe de sauce tomate.
 Enfin, c'est pas trop tôt.
 Je regarde la tache rouge sur mon ventre, là où la pizza est tombée. Il aurait pu faire attention, quand même, cet idiot. Je le pousse légèrement pour pouvoir sortir du canapé, sort mon téléphone et compose le numéro de Martin.
-Allô ?
 Super, sa voix m'énerve déjà. Restons professionnelle.
-Voilà, le gros lard ronfle. Y en a pour combien de temps ?
 Martin soupire. Je jette un coup d'oeil derrière moi. Joe dort à poings fermés. Comme un bébé. Je m'approche du bureau, alors que Martin me répond, une pointe d'agacement dans la voix :
-Je te l'ai dit, tu as trois heures devant toi. C'est amplement suffisant.
 Je hoche la tête, puis, me rendant compte qu'il ne peux pas me voir, je confirme à haute voix. J'allais raccrocher,  quand Martin enchaîna :
-Au fait, Chloé... Je sais pas ce que tu as trafiqué. Je me suis arrêté au « embrasse-moi avant ».
 QUOI ? Il a écouté ? Mais, en plus, qu'est ce qu'il insinue ? Je ne laisserais pas passer ça. J'avais calé le téléphone contre mon oreille pour pouvoir fouiller plus aisément. Je le reprends dans ma main gauche.
-Martin, c'est pas du tout ce que tu crois.
-Mais oui, c'est ça. J'ai l'enregistrement, tu sais.
 Attendez, ça veux dire quoi, ça ? Qu'il va le montrer à Ted ? J'enchaîne immédiatement, afin de rétablir la vérité :
-C'est parce que c'était la seul solution pour échanger les deux bouteilles de bière.
-Tu te fiches de moi ?
 Oh, combien j'aimerais lui répondre oui. Oui, je me fiche toujours de toi, Martin, avec ton air trop sérieux, ton air rigide et tes lèvres pincées. Je me fiche de toi quand tu essaye -piètrement- de faire bonne figure devant Ted, quand tu renverse ton café, et que tu fais des heures sup'.
Je ne le fis pas.
-C'est parce que le somnifère était dans la bouteille devant moi. Et que quand je lui est proposé de l'échanger, il m'a posé cette condition.
 Pendant ce temps, je fouillais dans le bureau, lisais les notes, prenant en photo parfois certain trucs, comme une série de chiffre, pour être sûre de ne pas l'oublier. Tout ça en plaidant ma cause auprès de Martin. Autant vous dire que je galérais. Après un moment de réflexion, il fini par répondre :
-Pourquoi ne pas l'avoir fait sortir de la pièce ? En lui disant d'aller chercher, je ne sais pas moi, un verre de jus d'orange.
  Le faire sortir de la pièce ?
 Bon sang, je suis une abrutie.  Martin enfonce le clou, déclarant, avec un petit rire :
-La vérité Chloé, c'est que tu es incapable de te retenir en présence d'un mec.
 Je me stoppe net. Je n'avais pas écouté. A cet instant précis, je me fichais pas mal de ce que Martin pensais. Je posais le téléphone à mes côtés, sortit le dossier du tiroir. Les mains tremblante, je l'ouvris.
 Ce que j'y découvris me glaça le sang. Littéralement.
-Allô ?
 J'entendais à peine la voix ténue de Martin sortant des hauts-parleurs de mon téléphone.

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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Chloé Smith [En cours]   Jeu 18 Juin - 19:50

Chapitre 5

 Devant moi s’étalait plusieurs clichés. Mais pas n'importe lesquels. Non. Sur le premier, on y voyait une femme, fermant sa porte d'entrée. La photo n'était pas de très bonne qualité, mais je reconnus son visage. Les cheveux blonds, un peu fous, le teint pâle et les yeux verts surmontés de petites lunettes rondes. Oui, son visage me disait quelque chose. En effet, il était passé un mois plutôt sur toutes les chaînes télés . Anna Oxford, portée disparue.
 La police en avait conclu à un meurtre, lorsqu'on l'avait retrouvée. Dans un sale état, si j'ose dire.
 J'avais besoin de m'asseoir. Vite. Tremblante, assise sur la chaise de bureau, j'étudiais les photos, les notes. Il y en avait un paquet. Numéro de téléphone, adresse. Et des photos. Anna à la boulangerie, Anna lisant un livre dans son salon. C'en était affolant.
-Chloé, tout va bien ?
 Je sursautais. Me retournais. Joe étais encore endormi. Je mis un moment à réaliser que c'était Martin, que j'avais planté à l'autre bout du fils. Je repris le téléphone, et, m’efforçant de maîtriser ma voix, je le rassurai avant de raccrocher :
-Tout va bien, je te rappelle si j'ai du nouveau.
 Pourquoi ne pas avoir prévenu Martin ? Peut-être pour me laisser le temps, à moi, de digérer la nouvelle. Parce que la découverte de l'éventuel -je dis éventuel, ne tirons pas de conclusions trop hâtive- assassin d'Anna Oxford n'était rien. Trois fois rien en comparaison des autres clichés.
 Des clichés de moi.
 Moi, Chloé Smith.
 C'est pas vrai. Comment c'est possible. J'approche le cliché de mon visage. C'est bien moi, assise sur mon lit, à fixer le plafond. Je fouille encore dans le dossier, trouve la fiche me concernant. Voyons.
 Chloé Smith
 Bon, ça c'est bon. Mon âge aussi. L'adresse est celle de l'appartement que l'agence loue. Rien à craindre de ce côté-là, donc. Mon numéro de téléphone. C'est normal, je le lui  ai donné. Ce qui m'inquiète le plus est ce qui vient ensuite.
 Pratique le karaté.
 Bon sang, comment est-il au courant ? Je n'ai pas remis les pieds sur un tatami depuis un an, déjà, date de recrutement dans l'agence. La case métier est vide, c'est déjà ça.
 Je prends ma tête entre mes mains, résistant à l'envie de partir en courant. Mon portable vibre. Je le regarde d'un œil vide. C'est marqué Martin. Je crois. Je n'ai plus la force de rien. Je regarde une seconde fois les photos. Anna et moi.
 Je ne veux pas finir comme ça.
 Je me lève, enfile mon blazer et sort de l'appartement. Je descends les escaliers et soudain, l'air frais de la nuit m'enveloppe. Je me rends compte que je pleure. Ça trace un sillon de glace sur mes joues. Je les essuie d'un geste rageur. Comment j'ai pu être aussi conne ? Me faire avoir de la sorte ? Je n'avais rien remarqué. Et pourtant...
 Pour la première fois de ma vie, j'ai peur. Ça me serre le ventre, me fait trembler. C'est une sensation plutôt étrange. Je lève les yeux. La lumière, à la fenêtre semble flotter sur le ciel, parmi les étoiles.
***
 Quand j'ouvris mes yeux, rougis d'avoir trop pleurés, la pièce m'était totalement inconnue. Le tissu du drap sous mes doigts, était doux, agréable. De la porte entrouverte s'échappait une délicieuse odeur de pancakes et de sirop d'érable. J'étudiais la pièce. En face du lit, un grand miroir renvoyait mon image, les traits tirés, les cheveux en bataille. Mon maquillage barbouillait ma figure. Horrible. Je détournais les yeux de cette image peu valorisante, me concentrant sur le reste de la chambre. Un bureau, dans le coin de la pièce, où s’entassait des piles de document, et la table de chevet. Un bouquet de roses, jaunes et roses trônait sur le bord, le réveil indiquait onze heures. A quelle heure avais-je quitté l'appartement de Joe ? Aucune idée. Je ne me rappelais rien. Mon cerveau avait effacé les dernières heures. J'étais incapable d'aligner deux pensées cohérentes, aussi je ne me posais même pas la question de savoir où j'étais. Peut-être étais-je morte ? Si c'était ça, le paradis me semble bien agréable. Je m’assis sur le bord du lit, mes pieds nus effleurent la moquette bleu pâle. Les rideaux, pourtant tirés, laissaient filtrer un petit rayon de soleil, qui faisait des taches plus claire sur les murs blancs.
 Je sursaute quand j'entends miauler. Un chat roux tigré passe sa tête entre le battant de la porte.
-Bonjour, toi.
 Il s'avance timidement vers moi, reniflant l'air puis vient se frotter contre mes jambes en miaulant de plus belle. Puis, je sentis une présence autre que celle du chat, sursautant sur le qui-vive.
 Martin me faisait face, une assiette remplie de pancakes dans la main gauche. Ses cheveux blonds étaient plus décoiffés qu'à l'ordinaire, un début de barbe mangeait ses joues et des cernes violet soulignaient ses yeux bleus.
-Tu as faim ? me demande t-il.
 Je ne réponds pas. Ma mâchoire s'était décrochée. Qu'est ce que Martin faisait là ? Il me tend l'assiette. Je ne la prends pas. Il la pose donc maladroitement sur la table de chevet, puis prenant le chat dans ses bras, il le caresse pensivement.
-Myru est venu te voir, à ce que je vois.
 Un petit rire gêné sortit de sa gorge. Il l'était autant que moi. Myru ? C'est quoi ce nom débile ? J'essayais désespérément de mettre un peu d'ordre dans mes cheveux. Cela ne lui échappa pas.
-Je suis dans le même état que toi, Chloé, j'ai très peu dormi cette nuit. Personne d'autre que moi ne te verra mal coiffée.
 Dans le même état que moi ? Il se fiche de moi, là ? Ok, il n'était pas coiffé comme d'habitude, pas rasé, mais ça lui allait bien. C'était un peu comme s'il était une autre personne. Alors que moi. J'étais tout simplement horrible. Après un silence, qui dura près de dix minutes, il désigna de nouveau l'assiette.
-Mange.
 Bon, j'avais super faim. Je ne me fis pas prier.
 Les pancakes étaient bons. Délicieux, même. Je les dévorais, sous l’œil attentif de Martin. D'ailleurs, pourquoi restais t-il ?
-Chloé.
 Je relève la tête.
-Je veux juste que tu m'expliques ce qui s'est passé hier soir.
 Mon sourire se fige. Soudain, je n'ai plus faim. Je repose l'assiette. Ma gorge se noue et je sens mes yeux se mouillés. Je baisse la tête pour qu'il ne me voit pas et je sers les mâchoires. Martin reste un instant interdit. Je crois qu'il panique un peu. Puis il se ressaisit et tend sa main vers moi.
-Chloé...
 Je relève la tête vers Martin et repousse brutalement sa main. Il reste là, hébété. Je lui fait vraiment de la peine. Ça se voit dans ses yeux . Pour la première fois, j'éprouve de la sympathie envers lui. Exit le lèche-bottes, avec sa tête de premier de classe. Je sais que je l'ai déjà dit, mais on dirait vraiment une autre personne. C'est Martin.C'est ce que je me dis depuis tout à l'heure. Aussi, je lui lance, d'un ton acerbe :
-Laisse-moi. Laisse-moi tranquille.
 Mes paroles semblent le désarçonner. Il pince les lèvres, et je retrouve un peu du vrai Martin. Aussi, ce détail me donne la force d'ajouter :
-J'ai pas besoin de toi. Dégage.
 Comme il ne bougeait toujours pas, j'ajoute en criant avec force :
-Fous-moi la paix, Martin!
 Il hoche la tête. Doucement. Se lève, le chat sur ses talons.
-Très bien. Si tu as besoin de moi, je suis dans la cuisine.
 Il ferme la porte, et je tire la langue. Puis, j'explose en sanglots et me roule en boule sous les draps, mouillant l'oreiller de mes larmes.

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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Chloé Smith [En cours]   Sam 8 Aoû - 10:56

Chapitre 6

 Quand je me réveille une deuxième fois, il est dix-neuf heures. J'ai mal à la tête. Mal au cœur, surtout. Je me lève encore chancelante. Je remarque que Martin a déposé une nouvelle assiette de petits gâteaux, sur la table de chevet. Mais je n'ai pas faim. Ma gorge est nouée. Je renifle, passe ma tête dans l'encadrement de la porte. C'est un couloir, plongé dans la pénombre. Sans faire de bruit, je sors de la chambre. Si je trouve les toilettes, ça peux être pas mal. Sur ma droite, il y a une autre porte. Je l’entrouvre. Les volets sont tirés, mais j'arrive à voir la masse sombre d'un lit. Les draps sont un peu froissés, mais on voit qu'il a été soigneusement refait. La pièce est plus petite que celle d'où je viens, et juste une armoire et un lit -deux places, quand même.- l'occupe. La chambre de Martin ? Si j'étais dans un meilleur état, je serais bien aller fouiner. Juste pour voir. Je ferme la porte et fais demi-tour, parcourant le couloir dans l'autre sens. A l'autre bout, on débouche dans un vestibule. Un peu avant, on a une porte qui donne sur une minuscule cuisine. Où est la salle de bain, bon sang ?
 Le vestibule donne lui même sur le salon. Je me fige. J'entends la voix de Martin. Il parle. Sûrement au téléphone :
-Oui, Théodore, elle est chez moi... Non... Bien sûr. Je ne sais pas... Oui. J'essaye... Peut-être... Oui, c'est ça, une autre personne. Moi, elle refuse... Je comprends.
 Il parle à Ted. J'écoute attentivement, comprenant que je suis le sujet de la conversation. Après un long silence, Martin reprend :
-Je suis claqué. Je me suis couché à une heure du mat... Oui, elle était dans la rue, quand je l'ai trouvée... Je ne sais pas, je te dis. OK... Oui, on fait comme ça.
 Dans la rue ? J'essaye de me rappeler, j'ai de vagues souvenirs. Mais rien de précis, et tout ça se mélange. Martin raccroche. Il se tient la tête en soupirant. Il a vraiment pas l'air bien. Quand il relève la tête, nos regards se croisent. Il m'a vu, ça y est. Il est déstabilisé un instant, puis il s'efforce de me sourire. Ça ressemble plus à une grimace.
-Tu veux quelque chose ? Boire, manger ?
 Je lui rend son sourire.
-Juste aller aux toilettes, en fait.
Martin cligne des yeux, hoche la tête.
-Oui, bien sûr. Je... Je me suis permis d'aller chez toi pour récupérer quelques affaires.
 Oh... Et bien, il a dû avoir un choc. Parce que mon appartement est nettement moins bien rangé que le sien. A vrai dire, il n'y est même pas du tout. Bref.
-Merci. C'est gentil.
 Je suis Martin dans sa salle de bain. Là m'attend mon jean diesel et un t-shirt. Et mon smartphone. Tiens. J'avais même pas remarqué que je l'avais pas. Martin suis mon regard.
-Je l'ai récupéré chez Joe, avant qu'il se réveille.
 Je frissonne. Je me rappelle, vaguement. J'avais tout rangé, et j'étais partie. Sans mon portable visiblement. Et après... Martin avait bien dit m'avoir trouvé dans la rue. Oui, je me rappelle avoir marché. Longtemps.
 Je me tourne vers Martin.
-Merci.
 Ma voix n'était qu'un murmure. Et à cet instant, j'étais sincère. J'avais besoin de quelqu'un. Martin était là. Si on m'avait dit ça quelques jours plus tôt, j'aurais ri. Mais là, maintenant, j'avais vraiment besoin qu'il soit là. Et de prendre une douche, aussi. Martin sourit, d'un sourire crispé. Puis il parti, hésitant. Me laissant seule.
 Je ferme la porte à clé et me tourne vers le miroir. Outre mon apparence je fais vraiment peur. Je veux dire, j'ai le teint livide, des cernes sous mes yeux. Yeux qui d'ailleurs ne reflètent aucune émotion. Même s'ils sont humides par les larmes qui menacent à tout moment de coulées. Je m'appuie contre le mur, m'assied. J'ai mon portable dans la main. Ça me rassure. Un peu. Dessus, il n'y a que deux numéros : celui de Martin et celui de Joe. Mon autre carte sim, je l'ai enlevée et elle est restée chez moi. Par contre, j'ai toujours mes jeux et ma musique. Je cherche dans ma playlist quelque chose qui me conviendrais. Un truc triste. Parce que je suis triste.
 Asleep, des Smiths
 Je l'avais téléchargée parce que je l'avais entendue, je ne sais plus où et que j'avais trouvé ça marrant. Je veux dire, le nom du groupe, c'est le même que mon nom de famille. Parce que la chanson, elle, elle est pas très marrante justement. Mais c'est de celle là que j'ai besoin. Elle me convient parfaitement.
 Je pose l'appareil sur la machine à laver, à côté de mes autres affaires. Les premiers accords résonnent dans la pièce.
 Sing me to sleep
 Oui, c'est ça. Je veux qu'on chante jusqu'à ce que je m'endorme.
 L'eau chaude -un peu trop chaude, d'ailleurs- ma brûle. Mais je m'en fous. C'est agréable. Et la voix de Morrissey, douce, m'enveloppe. Et je me sens bien.
 Je ne sais pas combien de temps je reste comme ça. Un éternité. La chanson à le temps de passée cinq fois, je crois. Peut-être six. J'ai perdu le fil.
 Quand je décide enfin de me bouger, je remarque que Martin n'a pas pris mon shampoing. Je prend donc le sien. Il ne m'en voudra pas. Je crois.
 Je sors, je me sèche. M'habille, aussi. C'est des gestes mécaniques. Et pendant ce temps là, le chanteur répète qu'il faut lui chanter une berceuse. Avant qu'il parte.
 J'ai un niveau d'anglais assez médiocre -ce n'est sûrement pas pour ça que Ted m'a recruté. Mais je comprends un peu. C'est quelqu'un qui va mourir. Et il demande qu'on lui chante une berceuse, puis qu'on le laisse.
I will feel so glad to go.
 Moi aussi, je veux partir.
 J’éteins la lumière de la salle de bain. Et la musique aussi. Je ne veux pas que Martin sache que j'écoute The Smiths.
 Je le retrouve d'ailleurs dans la cuisine. Je crois qu'il aime cuisiner, parce que à chaque fois, c'est là que je le vois. Je le regarde un moment s'activer, sans rien dire. Lui aussi il écoute de la musique. C'est beaucoup plus joyeux que la mienne. Je ne connais pas le morceau. C'est en anglais aussi. Et il y a du violon, il me semble.
 Il remarque enfin ma présence, et sans trop lever la tête, il me demande, pour la énième fois de la journée :
-Tu as faim ?
 Je crois que j'ai souris.

**

 La nuit, je ne dormi presque pas. Je me réveillais toutes les heures en sursaut. Je crois qu'une fois, j'ai dû crier dans mon sommeil parce que Martin est arrivé en courant, en caleçon, dans ma chambre. Et ça m'a fait tout drôle de le voir comme ça, le cœur battant, les cheveux ébouriffés, sa silhouette se découpant dans la lumière du couloir.
 Le matin, à sept heure, n'y tenant plus , je m'étais levée. J'avais trouvé Myru, le chat, endormi roulé en boule à l'autre bout de mon lit. Je m'étais habillé, et puis j'étais allé dans la cuisine.
 Là, Martin prenait son petit déjeuné. Il avait retrouvé sa coiffure et ses habits trop sérieux. Et ça m'a fait souffrir de voir ça. Je ne sais pas. Je pensais qu'il avait changé. Qu'on allait mieux s'entendre. Il posa son bol dans l'évier, me montrant le frigo.
-Je reviens vers 14 heure, je passe à l'agence. Si tu as faim, n'hésites pas.
 Lui, par contre, il paru hésiter. Hésiter à rajouter un truc. Mais il se détourna et disparu dans le vestibule. Cinq minutes plus tard, j'entendais la porte claquer. Je m'étais assise sur la chaise de la cuisine, la même sur laquelle Martin s'était assit hier soir. Et j'ai pleuré.
 Je sais pas pourquoi je pleurais. Je savais que j'avais rien à craindre, pourtant. Que Ted me laisserait pas tomber. Qu'il me laissera jamais tomber.
 Au bout de quelques instant, je m'étais servi un bol de lait chaud, avec des Chocapics. Puis, j'étais allé dans le salon, devant la télé, sur la canapé. J'avais allumé la télé. Mais j'écoutais pas vraiment. Alors, j'ai mis mes écouteurs, et j'ai écouté Asleep. Et ça a été.
 Au bout d'un moment, je m'étais levé, et j'avais regardé le nom des livres, sur la bibliothèque de Martin. Tous bien rangé, dans un ordre précis, j'imagine. Mais la logique m'échappais. Il y avait des classiques : Le seigneur des anneaux, Harry Potter. Puis, des que je ne connaissais pas. Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Mémoire d'outre tombe ou encore Le meilleur des mondes. Puis, il y en avait, comme l'écume des jours que j'étais aller voir au ciné, sans savoir vraiment que c'était d'abord un livre.
 J'étais retourné me pelotonner dans le canapé.

**

 C'est dans cette position que Martin me trouve quand il rentre. J'avais toujours mon bol de Chocapic intact à la main. Le lait était froid maintenant. Et j'essayais de faire couler les céréales, en appuyant dessus avec ma cuillère. Martin secoue la tête.
-Chloé.
 Je relève la mienne, de tête. Et je remarque que Martin n'est pas seul. Il y a Ted avec lui. Et tout un coup, je me mets à pleurer. Et je sais pourquoi.
 J'avais peur que Ted me renvoie, tout simplement. Et aussi que Joe me retrouve. Sauf que si je ne disais rien à Ted, Joe allait me retrouver. Et que si je disais tout à Ted, j'allais me faire virer.
 Du moins, c'est ce de ce que j'étais persuadée.
Ted s'agenouille près de moi. Et j'entends ses genoux qui craquent. Il me prend les mains.
-Chloé. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Tu n'es pas obligée de me le dire. Mais je veux que tu le dise à quelqu'un. D'accord ?
-D'accord.
 Ma voix n'était qu'un filet, nouée par le chagrin. Et Ted me sourit :
-Merci, Chloé.
 Martin est revenu avec trois tasses de café fumant. Je crois que la présence de Ted dans son appartement le rendait nerveux. Extrêmement nerveux. On a bu nos tasses, ça ma fait du bien. Ted et Martin se sont mis à parler littérature.
 Je captais rien de ce qu'ils disaient. Mais j'essayais de ne pas perdre le fil.
 Et je me sentais revivre.
 Je me sentais en sécurité.
 J'ai même repris des biscuits.
 Chloé, c'est mauvais pour ta ligne.
 Et j'ai ri.

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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Chloé Smith [En cours]   Dim 16 Aoû - 21:39

Chapitre 7


 Le jour suivant, Martin m'a emmené à l'agence. Je devais aller voir Ella. Ella est la psychologue de l'agence. C'est elle qui fait passer les tests d’aptitudes, mais aussi qui porte une oreille attentive sur les quelques agents actifs. Je ne l'avais vu qu'une seule fois, lors de mon recrutement, pour passer le test d'aptitude, justement.
 Quand j'entre dans son bureau, elle est penchée sur ses notes. Elle relève la tête et me sourit.
-Un peu de présence féminine ne fait pas de mal, de temps en temps, fait-elle en désignant la chaise, devant moi.
 Je m'assied donc, intimidée. Les psychologues m'ont toujours rendue nerveuse. Ça me rappelle trop de mauvais souvenir.
-Comment ça ? je demande.
 Elle rit.
-A part toi et moi, il n'y a que des hommes, dans cette agence.
 Je hausse un sourcil. Je ne savais pas. En même temps, je suis la plus part du temps avec Martin. Ou avec les jumeaux, des fois. Ella ouvre mon dossier, qui est posé devant elle, et l'examine un peu.
-Ca fait onze mois qu'on ne s'était pas vu.
 Je hoche la tête. Depuis mon recrutement, en fait. Onze mois, déjà. Elle croise les doigts, sous son menton et me fixe.
-Et jusque là, ça allait.
 Je confirme. Les services secrets me convenait. La solitude ne me faisais pas peur. Et je me sentais dans mon élément, à courir après les méchants, à chaque fois que l'adrénaline montait dans mes veines, je savais que j'étais faite pour ce métier. Pour ça. C'était toute ma vie, en quelque sorte, mais cela ne me dérangeait nullement. Donc, oui. Cela me convenait parfaitement. C'est ce que j'expliquais à Ella. Et pendant tout ce temps, elle hoche la tête.
-Tu veux me dire ce qui te traquasse ?
 Cette fois, ma réponse est négative. J'avais trouvé une personnes à qui me confier. Les jumeaux. Ils étaient sûrement rentré de Californie. Je m'autorisais même un sourire.
-Est-ce que Antoine et Lucas sont là ?
 Ella fouille de nouveaux dans ses papiers.
-Oui, ils sont rentrés avant-hier.
 Mon cœur bondit de joie, ça fais trois mois que je ne les avaient pas vu. J’attrape mon sac et mon blazer.
-Merci, Ella.
 Elle paraît un peu surprise de mon saut d'humeur. Mais elle fini par sourire :
-Tu leur dira bonjour de ma part. Et puis, si tu as besoin, n'hésite pas à passer.
 Je hoche la tête, traverse le petit couloir en trombe et déboule sur le parking. Avant de me rappeler que c'est Martin qui m'a emmené et que ma petite Twigo n'était pas ici. Je remonte donc les marches du sous-sol quatre à quatre, à la recherche de Martin.
 Je le trouve dans la cafèt', un café à la main, justement. Il lève les yeux vers moi quand il me voit m'approcher.
-C'est déjà fini ? S'étonne t-il.
 Je hoche la tête.
-Tu veux que je te remmène chez toi ? Ou chez moi, comme tu préfères.
 Je n'avais pas réfléchis à ça. Est ce que ce soir, je me sentais prête à dormir toute seule chez moi ? On verra, pour l'instant, je voulais voir les jumeaux.
-Je sais pas, les jumeaux sont rentré de Californie. J'aimerais bien leur rendre visite.
 La mine de Martin s’assombrit, il referma son livre.
-Oh.. Je vois.
 Il se lève de mauvaise grâce. Je crois qu'il n'apprécie pas les jumeaux.
-Tu n'es pas obligé de m'accompagner, remarquai-je.
 Il se tourne vers moi, lève un sourcil.
-Et tu y va comment ? A pied ?
 Oui, c'est vrai. Il n'avait pas tord. Je descendit donc au sous-sol avec lui. Il s'installa au volant. On ne parla pas pendant tout le trajet. Je regardais les gouttes de pluie tombées sur la vitre.
 Je suis sûre qu'ils auraient plein de trucs à me raconter.

**

 Martin se gare devant la petite maison, et je m'extrais de la voiture.
-Tu m'appelles, si tu veux que je vienne te chercher, me lance t-il en démarrant la voiture.
 Je le regarde s'éloigner, remonter la route goudronnée. Puis, je me retourne sur le gravier humide et viens sonner à la porte. Elle s'ouvrit presque aussitôt. Et je fus accueillie par un grand sourire. Leurs peaux, après trois mois en Californie avait bronzée et il avaient coupé leurs cheveux châtains clairs, tout les deux la même coupe, ce qui était maintenant presque impossible de les différencier. Avant, Lucas les avaient en permanence dressé sur sa tête, et Antoine plutôt mi-long, retombant sur ses yeux. Mais là... Je mis un moment à savoir lequel des deux m'adressa la parole.
-Hey, Chloé ! Ça fait un bail !
 Le détail, infime qui peut les différencier, autre que leur façon de marcher, était un petit grain de beauté, au dessus de la lèvre. Lucas n'en avait pas.
 Je souris donc à Lucas, qui m'emmena dans le petit salon où Antoine lisait, perché sur le rebord de la fenêtre, son endroit préféré. Ce dernier relève la tête et sourit à son tour :
-Eh, mais qui voilà ?
 Je détaille la pièce qui n'a pas changé. La guitare électrique de Lucas est posée sur un trépied, dans son coin, le canapé rouge devant la table basse en verre, qui croulait sous les magasines et les romans policier d'Antoine. Il pose son livre sur le rebord de la fenêtre et vient à ma rencontre, me serrer dans ses bras. Puis, il me tient par les épaules, m'écarte de lui et m'observe, avant de lâcher, inquiet :
-T'es sûre que ça va, miss ?
 Quoi, je fais si peur que ça ? Je m'assied dans le canapé et je déballe tout. Je ne me pose même pas la question de savoir si c'est le bon moment. Je raconte. Lorsque j'ai fini, les deux garçon se regarde, et semble discuter entre eux, par ce simple regard. Ils le font tout le temps. Je crois que c'est parce qu'ils sont jumeaux. Où simplement parce qu'ils se connaissent super bien. Bref, au bout de deux secondes, Antoine s'assoie à côté de moi et déclare :
-Il faut que tu le dise au patron, Chloé.
 Et Lucas ajoute :
-T'inquiète pas, il peux pas t'en vouloir pour ça. Je parie même ce que tu veux qu'il est super inquiet pour toi.
 Je hoche la tête, pas convaincue. Antoine soupire, et me prend les mains :
-Chloé... Il y a trois ans, tu étais bien contente de le voir en prison, n'est ce pas ? Tu aurais été très en colère qu'il ne soit pas traîné en justice, non ? Pense à la famille d'Anna. Toi seule désormais peut choisir.
 Ses mots me firent mal. Mais il touchèrent juste.
-J'irais parler à Ted,répondis-je d'une voix mal assurée.
 Lucas se relève et demande :
-Tu veux des biscuits, miss ?
 Je souris.
-Ouais, je veux bien Luc'
 Il se fige, échange un regard avec son frère, et bredouille :
-Euh.. Moi c'est Antoine, en fait, hein.
 Mon sourire tombe. Merde, j'avais bien fait attention, pourtant. Je cherche désespérément une phrase de sortie. Puis les garçons éclatent de rire :
-Mais non, je rigole. C'est bien moi Lucas.
 Et Antoine ajoute :
-Tu aurais dû voir ta tête, trop marrant !
 Ahah, très drôle.
 Mais j'éclate de rire, avec eux. Et Lucas sort pour aller dans la cuisine.  Il revient, quelque minute plus tard, un bouteille de vin à la main et dans l'autre un sachet de gâteaux apéros. Il débouche la bouteille, nous sert. Puis :
-Chloé, pour une fois, je suis sérieux, va voir Ted au plus vite. Et dit lui.
 Antoine boit une gorgée et ajoute :
-On peut pas laisser ce lascar s'envoler dans la nature.
 Je les regarde tour à tour. Lucas avec sa mine grave et Antoine avec son grain de beauté. Je baisse les yeux. Je sais qu'ils ont raison.
-Tout de suite.
 C'est Lucas qui a dit ça, d'un ton autoritaire. Je lève les mains, en signe de soumission.
-Bon, j'y vais, c'est bon.
 Antoine sourit et regarde son frère. Ils ont tous les deux une petite étincelle qui brille au fond de leurs yeux bleus. Je parviens à sourire :
-Mais j'ai besoin d'un taxi.
 Lucas bondit, cours jusqu'au meuble d'entrée, manquant de trébucher sur le paillasson. Puis il revient, les clés de leur voiture dans la main, sous le regard hilare d'Antoine.
-Votre carrosse est avancé, madame, dit-il d'une voix snobe.
 Il lance les clés, les rattrape dans sa main puis enfile sa parka grise. Antoine me tend mon blaser. Je leur souri.

**

 Le trajet jusqu'à l'agence s'est bien passé. Les jumeaux m'ont raconté leur souvenirs de Californie. Ce n'est que arrivé devant le bureau de Ted que mon estomac commence à se nouer. Lucas m’attrape par les épaules et me force à plonger mon regard dans le sien.
-Tu veux qu'on y aille avec toi ? me questionne t-il.
-Non, ça va, je réponds d'une voix faible.
 Lucas hoche la tête, se détourne et me lance :
-On est à la cafèt' si tu nous cherche.
 Je les regarde s'éloigner et ce n'est seulement lorsqu'ils tournent l'angle du couloir que je frappe à la porte de Ted.
-Entrez.
 J'ouvre la porte timidement.
 Ted me tourne le dos. Il  regarde la ville et le ciel délavé par la baie vitrée. Son bureau est encombré de paperasse et sa tasse de thé est en train d'infuser. Une grande étagère prend toute la place sur le mur gauche, remplie de classeurs soigneusement triés.
-Salut Ted, m'enquis-je d'une voix timide, en m’avançant sur la moquette bleue marine.
 Il se détourne et quand il me voit, son visage ridé s'éclaire d'un sourire paternel.
-Chloé. Assied-toi, je t'en prie.
 Je m’exécute et il fait de même, en face de moi.
-Alors, quel est le motif de ta visite ?
 Il caresse sa barbe poivre et sel d'une geste machinal, qu'il fait chaque fois qu'il réfléchit.
-Je.. Je sais qui a tué Anna Oxford.



Dernière édition par Jafas le Lun 7 Sep - 9:38, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Chloé Smith [En cours]   Lun 7 Sep - 9:32

Chapitre 8

Ted suspendit son geste, se figeant littéralement. Il resta quelques secondes dans cette position, tentant d'assimiler ce que je venais de dire.
-Qu'est ce que tu viens de dire ? croasse t-il, sous le choc.
 Je hoche tristement la tête. Puis je baisse les yeux. Je ne peux pas continuer à regarder Ted. Pas pendant que je lui raconte.
 Et je lui raconte tout, comme je l'ai fait avec les jumeaux.
-Et, je suis partie. Je sais que j'aurais pas dû, Ted. fini-je.
 Je n'avais pas pleuré, ma voix n'avait pas tremblée une seule fois. Ted se lève et retourne regarder par la baie vitrée, ses mains noueuses croisées derrière son dos. Il s'absorbe dans la contemplation de la pluie qui s'était mise à tombée. Il ne dit rien, ne bouge même pas. Il semble avoir oublié ma présence. A tel point que je me demande un instant s'il n'est pas devenu sénile. Puis, il fini par se tourner enfin vers moi, et la mine sombre, il déclare :
-Je comprends que tu n'ai rien dit, Chloé, commence t-il.Seulement, le temps, dans une affaire comme celle-ci est primordial.
 Voilà, je vais encore me faire remonter les bretelles. Génial... Ted retourne s'asseoir en face de moi et me regarde dans les yeux.
-C'est pourquoi il faut organiser une expédition au plus vite.
 Il avait dit ça une lueur de malice dans les yeux, comme à chaque fois qu'il lançait une arrestation. Des fois, j'avais l'impression que Ted s'amusait comme un petit fou, à jouer le héros épris de justice. Mais cette impression fugace s'efface dès qu'il soulève le combiner du téléphone et reprend son air sérieux.
-Martin, dans mon bureau, immédiatement. ordonne t-il.
 Oh non, pas lui. Il va encore rappliquer dans la seconde, en bon petit toutou fidèle. D'ailleurs, j'ai a peine le temps de formuler cette phrase dans ma tête que la porte du bureau s'ouvre et qu'il apparaît dans le reflet de la baie vitrée.
-Vous avez besoin de moi ?
 Ted hoche la tête et désigne le siège vide, à mes côtés. Martin s'y assoie, aussi raide qu'un poteau électrique.  Et je n'exagère pas. Il est de nouveau bien coiffé, bien rasé et bien habillé. Comme si le Martin que j'avais découvert ces deux derniers jours n'avait été qu'un rêve. Ted lui explique rapidement. Tout du long Martin hoche la tête. Un peu comme les chiens qu'on met derrière les voitures. Je souris à cette pensée.
-Tu as compris, Chloé ? demande Ted, les mains jointes sous son menton.
 Mince, j'ai pas écouté.
-Euh, oui.. Oui, bien sûr, je bredouille.
 Martin se lève, et je le suis. Dans le couloir, il me tend les clés de sa voiture.
-J'appelle la police. Attends-moi côté passager.
 Sur le chemin qui mène au sous-sol, j'essaye de démêler le plan de Ted. Martin appel la police. On va donc sûrement tenter une arrestation. Je grimpe dans la voiture de Martin. Côté passager, comme il me l'a demandé.  Tout en réfléchissant, je fouille machinalement dans la boite à gant. Le pistolet de fonction de Martin tombe sur le sol. Je le replace. Puis je sors le papiers qui s'y entasse en y jetant un rapide coup d’œil. Des notes de la mission, à première vue. Puis, je me penche un peu plus pour arriver à voir au fond. Il y a son téléphone portable. Je sourie, victorieuse. Je le prend et appuie sur le bouton pour allumer l'écran. Il demande un code. Forcément. J'entends des bruits de pas, et je regarde dans le rétro. Martin arrive. Je mets le téléphone dans la poche de mon jean diesel et fourre précipitamment les papiers et le flingue là où je les ai trouvés. La curiosité est un vilain défaut. Je souris. Avec mon pied, je referme la boite à gant et me regarde dans le rétroviseur, faisant mine de me recoiffer. Martin ouvre la portière et s'assoie à l’intérieur de sa voiture, sur le siège en cuir.
-C'est bon, les renforts serons sur place, fait t-il, avant d'ajouter en me voyant. Chloé, on va arrêter Joe, pas à un bal de promo.
 Il soupire et démarre la voiture. Je sens que le trajet va être long.
 Très long.
 Et en effet, le trajet est interminable. Je suis soulagée lorsqu'on s'arrête enfin à la périphérique des immeubles délabrés. Trois voitures y étaient déjà garées. Quand on descend de notre véhicule, un homme dans la fleur de l'âge, élancé, vient à notre rencontre. Il nous tend la main qu'on lui serre tour à tour et se présente :
-Je suis le lieutenant  Petit. Enchanté.
 Puis il enchaîne, sans nous laisser le temps, à nous, de nous présenter :
-Mes hommes se sont déployé tout autour de l'immeuble en question. Nous avons un effectif de vingt.
 Je passe devant lui et lui lance :
-C'est bien, vous savez compter, lieutenant. Allons-y.
 Je sens que Martin  me fusiller du regard et le lieutenant Petit semble sous le choc. Tant mieux. Cet homme m’insupportais déjà, avec son ton autoritaire et hautain. Martin se penche dans l'habitacle de sa voiture et sort le pistolet, que j'avais vu une heure plus tôt. Il le fixe à sa ceinture et le lieutenant Petit hoche la tête avant de déclarer :
-Allons y.
 Lorsque on arrive sur les lieux, tout est calme et désert.
-Où sont vos hommes, je n'en vois aucun, fais-je remarquer.
 Il me fusille du regard et ne me répond même pas. Martin danse, d'un pied sur l'autre et adresse au lieutenant un regard d'excuse. Trop marrant.Petit se tourne vers nous :
-Nous prendrons avec nous cinq hommes. Les autres sont postés à des endroits stratégiques, si le prévenu essaye de s'enfuir.
 Martin hoche la tête, respire à fond et lance, avant d'entre dans le bâtiment :
-Allons y.
 On le suis. Dans le hall, cinq hommes en uniforme nous attendent. Ils nous emboîtent le pas et nous montons les marches quatre à quatre. Deuxième étage, numéro 3.
-C'est là? demande Petit, un pli de concentration barrant son front. Je hoche la tête, la peur, l’excitation et que sais-je encore me noue la gorge et le ventre. On peut dire que retourner dans ce lieu ne me laisse pas indifférente. Le lieutenant se tourne vers ses hommes et hoche la tête. Puis, il se tourne vers la porte défraîchie et frappe plusieurs coup en criant :
-Police, ouvrez !
 Martin m'entraîne à l'écart et me chuchote :
-Évitons qu'il te voit.
 Je déteste qu'on me donne des ordres, surtout lui. Mais il avait raison. Aussi m'appuyais-je sur la rambarde de l'escalier. Petit martelais toujours la porte. Une femme, la voisine de palier de Joe sans doute, passe la tête dans l'encadrement de la sienne. Je suis la seule à la voir. Elle porte un tablier rose délavé, et ses cheveux, autrefois blonds, sont ramenés en un chignon lâche. Elle est assez enrobée et les dures épreuves de la vie avaient laissées des traces sur ses mains caleuses et des rides sur sa peau. On se fixe un moment et elle fini par me dire :
-Monsieur Parisey n'est pas là.
 Encore un fois, je suis la seule à l'entendre. Je lui sourie et me tourne vers le lieutenant qui menace maintenant :
-Je vous préviens, si vous n'ouvrez pas la porte d'ici une minute, nous la défoncerons.
 Je ne peux m'empêcher de rire du comique de la situation. J'allume une cigarette, tire une bouffée, puis lance, à l'adresse de Petit :
-Minus, si vous écoutiez plutôt ce que cette gentille dame a à vous dire ?
 Il se tourne d'un bloc, les sourcils plissés. Martin soupire. Et la dame répète ce qu'elle vient de me dire quelque seconde plus tôt. Une veine sur le front de Petit tressaute. Il lisse son costume et se tourne une nouvelle fois vers ses hommes :
-Bien, défoncez-moi cette fichue porte, leur ordonne t-il, avant de se tourner vers moi. Vous, si vous m'appelez encore une fois Minus...
 Je ri.
-Soit, Petit. Vous êtes un bon enfant.
 Je crois que Martin manqua de faire une crise cardiaque. Il se contenta de me fusiller du regard. Pendant ce bref échange, les hommes avaient défoncé la porte. Elle pendait maintenant sur un seul gond, misérable. Petit et Martin s'avancèrent, pistolet en main au milieu de la pièce. Je restais en arrière, ne voulant pas remettre les pieds ici. Je les observe donc tourner sur eux-même de loin. La pièce semble plus vide que lorsque j'étais venu. Le canapé était toujours là, mais aucune trace de la télé. Martin me fait signe de la tête de venir. A contre cœur, je m'avance donc au milieu de ce qui fut le salon, à leurs côtés. Le sol est jonché de papiers divers, cartons de pizzas et autre. On aurait dit qu'un raz-de-marré avait tout emporté. Petit passe dans toutes les pièces et revient par la cuisine.
-Il est parti, constate t-il.
 Martin hoche la tête, frustré.
-Merci, Capitaine Obvious. lancé-je avant de passer dans la cuisine pour regarder une dernière fois.
J'ouvre un placard, puis un deuxième. Il reste quelques assiettes et verres mais c'est tout. Je repasse dans le salon. Petit est sorti, seul Martin reste, au milieu de la pièce. Il regarde une dernière fois le salon vide puis marmonne :
-On y va.
 Il rejoint le lieutenant sur le palier.
 Après que Martin ai posé quelques questions à la dame qui nous avait indiqué le départ de Joe, on retourne à la voiture, où je m'adosse contre la portière fermée et rallume une deuxième cigarette. Martin me regarde, agacé.
-Quoi ? Je demande d'un ton agressif.
 J'étais frustrée, voir très en colère que Joe ait réussi à s'envoler dans la nature. Il ouvre la portière côté conducteur, et me répond, tout aussi agressif :
-Tu aurais pu mieux te comporter, avec le lieutenant.
 J'écrase le mégot, du bout de mes talons et grimpe à mon tour dans la voiture de Martin.
-J'ai pas de compte à te rendre.
 Martin ne répond pas et démarre. Sur l'autoroute, il grogne :
-Je te ramène chez toi.
 Je hoche la tête :
-Avec plaisir.
 Ma réponse est froide, mais je m'en fiche. Il a pas à me donner d'ordres. Je croise les bras sur ma poitrine et regarde le paysage défiler par la vitre, jusqu'à ce que le véhicule s'immobilise devant mon immeuble. Je descend et claque la portière, et disparaît précipitamment dans le hall surchauffé. J’entends la voiture redémarrer derrière moi. Je monte les escaliers quatre à quatre, jusqu'au dernier étage. Il y en a quatre en tout et j'ai choisi le dernier car l'appartement y est plus grand et sans voisins de palier. Oui, on peut dire que je suis un peu associable. J'ouvre la porte de mon chez moi. Les volets de la baie vitrée sont fermés et la pièce est plongée dans le noir. J'allume et me laisse tomber dans le canapé. L'espace cuisine est intégré dans le salon. Derrière moi, une grande mezzanine où m'attend mon lit et en dessous de la mezzanine, c'est la salle de bain. Je me relève en soupirant et passe dans cette dernière. Je n'ai qu'une envie : prendre une douche et me rouler en boule dans mon lit. Sans même manger. J'ai pas faim, de toute façon.
 C'est lorsque je fais les poches de mon jeans que j'enlève mon portable. Je regarde si j'ai des messages. Aucun. Avant de me rappeler que c'est la mauvaise carte sim qui est à l’intérieur. Je changerais plus tard. Je le pose sur la machine à laver puis, je sors un deuxième objet : Le portable de Martin.
 Je l'avais oublié, celui là.
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