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 [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours]

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Cosmic

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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours]   [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours] - Page 2 EmptyVen 17 Avr - 18:05

Chapitre Quinze

Pendant que les domestiques l’aidaient à s’habiller, Rose laissait ses pensées errer librement dans son esprit. Thomas Doley avait vu juste, comme à son habitude. La nouvelle annonçant qu’elle se retirerait dans la cathédrale afin de prier pour le salut des âmes des défunts qui avaient perdu la vie dans l’incendie fut merveilleusement bien accueillie. Car en plus de donner l’image d’une femme d’Etat impliquée, elle s’affichait alors concernée par la vie spirituelle du royaume. Toutefois, elle aurait préféré se rendre sur les lieux plutôt que d’aller prier pour préserver les apparences. Parfois, elle en venait à se demander si elle était vraiment utile. En deux mois depuis qu’elle était sur le trône, elle n’avait rien accompli de vraiment probant à ses yeux. Elle avait commencé quelques projets qui étaient toujours en cours, rencontré une multitude de gens dont elle s’était efforcée de retenir les noms, elle avait passé beaucoup de temps dans la bibliothèque royale à rattraper tout le savoir qu’elle aurait dû acquérir pendant son enfance et adolescence. La curiosité était loin de lui faire défaut mais il lui arrivait quelques fois de trop en faire et de se retrouver épuisée physiquement comme psychiquement. Mais en tant que reine, elle estimait qu’elle devait se montrer forte, dissimuler ses failles. Rose ne laissait que quelques personnes la voir dans ses moments de faiblesse et de doute, et leur présence était un véritable réconfort pour elle.

Une fois qu’elle fut complètement habillée, elle observa son reflet dans le miroir. Elle avait pensé que du noir aurait été de rigueur en ces circonstances mais on lui avait attesté que le blanc aurait un bien meilleur effet. Rose haussa les sourcils en contemplant sa robe garnie de dentelle et de perles. Elle se demandait s’il était nécessaire qu’elle ait l’air d’une sainte. C’était du moins ce à quoi elle avait l’impression de ressembler. Avec son teint très clair, elle ne s’aimait pas beaucoup en blanc ; elle préférait porter des couleurs sombres, ou chatoyantes selon la nuance choisie. Elle trouvait qu’en contraste avec le tissu blanc et sa peau laiteuse, ses yeux noisette et ses cheveux châtains apparaissaient ternes en comparaison. Toutefois, elle avait réussi à négocier pour porter une robe qui soit plus modeste que celle qui lui avait été proposée à l’origine. Il semblait que la mode était aux robes compliquées en ce moment en Sion. Et ce n’était pas du tout du goût de Rose. Elle entretenait d’ailleurs l’ambition secrète que la simplicité de ses goûts seraient suivis par les autres dames de la cour et que cette mode qu’elle estimait ridicule s’en retrouverait étouffée. Ainsi, elle pourrait porter ce qui lui plaisait le plus sans craindre d’être dénigrée pour ne pas apparaître à la hauteur de son rang.

En revanche, elle refusa tout bijou à l’exception d’une paire de petites boucles d’oreilles en diamant. Elle n’avait pas besoin de faire étalage de ses richesses alors qu’elle allait prier dans la cathédrale. En sortant de ses appartements, cinq membres de sa garde personnelle la suivirent dans sa longue marche à travers les couloirs du palais. Tous ceux qu’elle croisait savaient où elle se rendait. L’information avait effectivement très bien circulé et elle entendit même certaines personnes prier que le Créateur la bénisse.

A l’extérieur, dans la cour du château, Rose s’en voulut d’avoir refusé de porter la cape qu’on lui avait proposée. L’air était sec mais frais, elle en avait la chair de poule bien que de marcher la réchauffait tout de même un peu. De toute façon, elle n’aurait pas à marcher dehors bien longtemps puisque la cathédrale n’était qu’à une minute ou deux de marche. En avançant, elle leva les yeux vers le ciel. Un épais voile de nuages le rendait presque immaculé et le couvrait d’une teinte terne. C’était le ciel d’un jour de neige. Lorsqu’elle se remit à regarder devant elle, elle aperçut Le Borgne et Haakon du coin des yeux et fit signe aux gardes de s’arrêter. Elle se tourna vers les deux Nordiques, les voyant avancer de concert d’un pas rapide. Alors qu’ils approchaient dans sa direction, elle remarqua l’air grave sur leurs visages. Rose n’eut même pas le temps de leur demander ce qui leur arrivait alors qu’ils venaient d’atteindre sa hauteur et que Le Borgne empoignait son bras en ordonnant aux gardes d’entrer dans l’édifice religieux avec eux et de bloquer les portes derrière eux. Ils ne cherchèrent pas plus loin et se barricadèrent après l’entrée de la reine dans la cathédrale. Comme elle l’avait demandé, il n’y avait personne à l’intérieur, pas même un prêtre.

Sentant la main du Borgne compresser douloureusement son bras, Rose se dégagea de son emprise et se frotta la peau en le dardant du regard.

« Que se passe-t-il ? demanda-t-elle en observant alternativement les deux Nordiques en espérant avoir la réponse de l’un d’eux.
- Vous êtes en danger, répondit Le Borgne en vérifiant que la porte serait assez solide. J’ai vu des visages familiers en ville et il semble que c’est pour vous qu’ils sont venus.
- De qui parlez-vous ?
- D’ennemis de Brynhildr. Ils sont en petits groupes mais nous avons reconnu certains d’entre eux que nous connaissons très bien.
- Pourquoi voudraient-ils me tuer ? C’est absurde.
- Vous n’aurez qu’à leur poser la question lorsque nous les rencontrerons.
- Pardon ? »

La discussion s’interrompit lorsqu’un bruit résonna dans l’immense cathédrale. Les gardes se mirent en position autour de la reine, et Haakon et Le Borgne se mirent devant eux. Puis l’écho de plusieurs pas résonna et un groupe d’une dizaine d’hommes jusque-là tapis dans l’ombre apparut de l’autre côté de la nef. Ils étaient vêtus de cuir et de fourrures pour la plupart, et portaient quelques éléments de protection en métal comme des gantelets ou des spalières. L’un d’eux s’annonça clairement comme le chef du groupe : il marchait devant les autres, arborait un air confiant et avait une lueur intense dans le regard. Il était blond comme les blés, ses cheveux étaient longs et plaqués en arrière, et certaines de ses mèches étaient tressées entre elles par des fils de cuir. Ses yeux d’un bleu très clair fixaient Rose tel un prédateur qui fixait sa proie. Haakon maintint sa position mais Le Borgne avança de deux pas lorsque le groupe d’hommes s’arrêta à distance raisonnable. Un espace de plusieurs mètres les séparait du narthex où se trouvait la reine qui observait la scène avec attention et appréhension.

« Vous n’êtes pas les bienvenus ici, annonça Le Borgne.
- Ooh, et c’est un vieillard comme toi qui est censé nous arrêter ? le narguait le chef du groupe dans un sionois avec un fort accent tandis que ses hommes riaient en se dispersant en longueur derrière lui. C’est toi que ce perdant de Siegfried a envoyé pour négocier avec Sion, n’est-ce pas ?
- Négocier ? Te voilà mal informé, Fenrik de Llodan.
- Je vois que tu sais qui je suis, inutile de faire les présentations dans ce cas puisque je suppose que tu connais aussi ma réputation. Arrêtons-nous donc de discuter et donne-moi gentiment la reine si tu veux que j’épargne ta misérable vie.
- Pff… Tout un concentré de clichés à toi tout seul, commenta le vieil homme d’un air arrogant. Décidément, tu n’as pas changé.
- Parce qu’en plus je suis censé te connaître ? »

Rose sentait son cœur tambouriner dans sa poitrine. Elle savait qu’elle était en danger. Autrement, Haakon n’aurait pas l’air aussi tendu. Il serrait les poings et se tenait prêt à agir au moindre besoin, observant attentivement les acolytes de ce fameux Fenrik qui avança seul de quelques pas, ne se sentant nullement menacé par les deux Nordiques de Brynhildr, ni par les gardes sionois qui posaient leur main sur le pommeau de leur épée. Rose avait conscience plus que jamais qu’elle ne savait pas se battre et qu’elle serait de ce fait incapable de se défendre si les autres venaient à échouer. De plus, que pourrait-elle faire contre ces hommes aguerris ?

Fenrik approcha davantage et, à deux mètres du vieil homme qui lui faisait face, il tenta de le contourner en marchant lentement, en toute confiance. Mais Le Borgne heurta avec force le sol en marbre avec sa canne et le vacarme du choc résonna dans toute la cathédrale. Fenrik se mit à rire et rebroussa chemin, de quelques pas, amusé par le regard menaçant que lui lançait cet infirme qui osait s’opposer à lui.

« Je vois que c’est chasse-gardé par là-bas, constatait-il en dégainant son glaive avec désinvolture. Mais c’est vrai que maintenant que j’y pense, j’ai la vague impression de t’avoir déjà vu quelque part.
- Qu’es-tu venu faire en Sion ?
- Obéir aux ordres, tout simplement. Llodan vient de porter un coup dur à Brynhildr, t’es pas au courant, vieillard ? Et mon roi a ordonné qu’on ne laisse pas Siegfried s’en sortir en demandant de l’aide à ce pays qui sent le chien mouillé. Il paraît qu’ils ont une bonne armée. Mais c’est du gâchis dans les mains d’une femme, si tu veux mon avis.
- Llodan gagner une guerre contre Brynhildr, ce serait nouveau ça. Toute notre armée s’est battue avec la gueule de bois ?
- On a eu un peu d’aide, c’est vrai. D’ailleurs, un proverbe de ce pays dit que les ennemis de nos ennemis sont nos amis, pas vrai ? Le clan des Gorgones vous déteste autant que nous, ça tombe bien. »

Haakon se mit soudainement à cracher sur le sol. Apparemment, l’évocation de ce nom provoquait chez lui une forte réaction. Le Borgne tourna la tête vers lui un moment, lui lançant un regard désapprobateur, puis reporta son attention vers Fenrik qui ne s’était pas senti insulté par cette réaction. Bien au contraire, il semblait même en exulter puisque cela confirmait ses dires.

« Vous avez perdu l’esprit. Les Gorgones ne vous apporteront jamais rien de bon.
- J’en ai marre de discutailler avec toi, le vieux. Ecarte-toi maintenant, qu’on en finisse.
- Il faudra me passer sur le corps, protesta-t-il calmement.
- Dans ce cas, comme tu voudras. »

Fenrik leva soudainement son glaive vers Le Borgne qui para le coup avec sa lourde canne. Ses comparses ne bougèrent pas le petit doigt, pas plus que Haakon qui observait la scène en sentant son sang bouillonner dans ses veines. C’était du moins ce qu’en déduisait Rose en le voyant lutter pour tenir en place. En revanche, les gardes de la reine avaient eux aussi dégainé leurs épées et se tenaient prêt à intervenir pour la protéger.

Fenrik tentait de blesser Le Borgne avec son glaive mais ce dernier parait ses coups à chaque fois ou les esquivait malgré son infirmité. Cela commençait d’ailleurs à agacer son adversaire qui mettait de plus en plus de force dans ses coups. Au bout d’un moment, la canne se brisa en deux morceaux, que Le Borgne se mit à tenir dans chacune de ses mains. Mais il était évident qu’il ne pourrait rien contre la jeunesse et l’acier du glaive de Fenrik. Rose redoutait le moment où il se retrouverait aculé.

Mais son adversaire ne daigna pas attendre ce moment puisqu’il profita d’un moment où Le Borgne se releva après avoir trébuché pour dégainer un poignard attaché derrière son dos et ainsi le planter dans le ventre du vieil homme qui se figea alors, dans une douleur qu’il étouffa dans un grognement et qui lui fit laisser tomber les morceaux de sa canne qu’il tenait entre ses mains. Puis Fenrik lui adressa un sourire dément en retirant le poignard avec force avant de reculer de quelques pas en riant, jubilant comme si le combat était gagné d’avance. Le Borgne se mit à tituber mais demeura tout de même debout tandis que Rose avait plaqué ses mains contre sa bouche, choquée par la tournure qu’avaient pris les évènements. Haakon s’apprêtait à riposter mais le blessé lui fit signe de ne pas intervenir.

« Cette façon de bouger… J’ai pas voulu y croire mais là, je dois t’avouer que je suis bluffé. Je ne m’attendais pas à te trouver ici, l’ami. Je me demandais d’ailleurs où t’étais passé, je trouvais ça bizarre qu’on ait pas vu ta face sur le champ de bataille.
- Ha… Sûrement pour cela que vous avez gagné d’ailleurs.
- Puis quand je t’ai reconnu, j’ai dégainé ma botte secrète, se vantait-il en brandissant le poignard avec lequel il avait blessé Le Borgne.
- L’attaque en traitre, c’est bien un truc de Llodan, ça.
- Tu n’y es pas du tout. Tu devrais pourtant commencer à le sentir, non ? »

Le Borgne mit un genou à terre, posant une main sur son ventre. Rose voulait agir, faire quelque chose, n’importe quoi. A ce train-là, cet homme allait mourir. Elle se demandait comment Haakon faisait pour parvenir à rester immobile alors qu’il avait certainement la force de faire quelque chose, de sauver son camarade.

« La lame de ce poignard est empoisonnée, jubilait Fenrik. Un cadeau des Gorgones. Mais il ne s’agit pas de n’importe quel poison, tu t’en doutes bien. Parce que ça servirait à rien autrement. Alors, qu’est-ce que tu vas faire, Guerrier Centenaire, chienchien maudit des rois de Brynhildr ? Tu vas enfin mourir, c’est un grand jour ! Allez ! Lève-toi ! »

Difficilement, Le Borgne se releva puisque Fenrik ne semblait pas décidé à frapper un homme à terre. Malgré leur apparence dure et barbare, il semblait que les Nordiques avaient une éthique concernant le combat. Mais Rose imaginait difficilement que ce soit un combat à la loyale alors que Le Borgne n’était pas armé et se retrouvait de surcroît empoisonné. Elle intima Haakon de faire quelque chose mais celui-ci lui adressa un regard qu’elle ne sut déchiffrer. Son camarade lui avait demandé de ne pas intervenir et il ne pouvait que s’y plier.


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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours]   [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours] - Page 2 EmptySam 18 Avr - 11:03

Chapitre Seize

Alors que Le Borgne levait la tête vers les hautes voûtes de la cathédrale, Fenrik échangea quelques mots avec ses comparses et tous se mirent à sortir une fiole de leur poche ou de leur ceinture pour en verser le contenu transparent sur la lame de leur glaive. Il en fit d’ailleurs de même après avoir rangé son poignard. Rose se demandait si ce liquide n’était pas le même poison qui imbibait l’arme qui avait blessé Le Borgne. D’ailleurs, il se tenait debout et regardait le plafond sans dire un mot. Comme si la situation présente n’avait aucune importance.

« Je vais devoir t’attendre encore longtemps ? s’impatientait Fenrik. Je ne vois pas de sang s’écouler de ta blessure. Seulement du sable. Je sais que j’ai atteint ta chair mais je me doutais qu’il en faudrait plus pour te mettre à terre. Viens te battre ! »

Rose ne comprenait pas ce qu’il se passait devant elle. De quel sable parlait-t-il ? C’est alors qu’elle baissa les yeux vers le sol. Un petit monticule de sable était effectivement en train de se former aux pieds du Borgne. Toutefois, ses gardes décidèrent qu’il était temps d’arrêter de jouer. Ils s’éloignèrent de la reine et avancèrent lentement vers Fenrik en brandissant leurs épées. Rose tenta de les en empêcher, ayant un mauvais pressentiment. En réaction, cinq des acolytes de Fenrik sortirent du rang en retrait pour croiser le fer avec eux.

« Vos soldats vont mourir, Madame, la narguait leur chef. C’est dommage.
- Je ne comprends pas vos motivations, clama-t-elle d’une petite voix. Sion n’a rien à voir avec vos guerres en territoire nordique.
- Allons, dîtes ça à d’autres. Jamais Siegfried ne vous aurait envoyé celui-là si c’était pour un motif moins important. »

La jeune femme demeurait perplexe. Les évènements la dépassaient. Dire qu’elle était seulement venue dans la cathédrale pour faire semblant de prier afin de préserver les apparences. A présent, elle avait l’impression de se retrouver au cœur d’un conflit qui ne la concernait pas. Lorsque le premier de ses gardes tomba inerte sur le sol, Rose poussa un hoquet de stupeur. Les hommes de Fenrik apparaissaient bien plus expérimentés, et plus violent. Dans le Grand Nord, on se battait bien différemment que dans le reste du continent. Leur style était brutal et sans pitié. Un autre garde tomba, puis encore un autre. Tout ce qu’ils pouvaient faire, c’était à peine blesser les Nordiques alors qu’eux perdaient la vie. Lorsque le dernier garde tomba sur le marbre froid, Rose sentit les larmes lui monter aux yeux. C’était la première fois qu’elle voyait des hommes se faire tuer. Le sang avait été versé dans un lieu sacré. Beaucoup de sang. Bien trop.

Le Borgne claqua la langue dans sa bouche, agacé par toute cette situation. Puis il tourna la tête vers Haakon, un air grave dans son œil bleu. Et s’adressa à son compagnon d’une voix différente, celle que Rose avait l’habitude d’entendre lorsqu’ils discutaient dans leur langue maternelle.

« Haakon, protège la reine. Coûte que coûte. C’est un ordre. »

Le grand Nordique se rapprocha alors de la jeune femme, se plaçant devant elle pour faire bouclier si besoin, et sortit de son manteau une hachette dont Rose n’aurait jamais soupçonné l’existence. Elle se demandait d’ailleurs si cette arme avait toujours été là. Le Borgne fit quant à lui un pas en avant, mettant ses mains derrière son dos, semblant chercher quelque chose.

« Tu tiens donc vraiment que nous nous battions, Fenrik, constatait-il. C’est toi qui l’auras voulu. Tu m’as mis d’une méchante humeur. Alors aujourd’hui, je ne ferai pas de prisonniers. Ce sera toi et tes hommes contre moi seul.
- Tu es un gars très drôle. Tu crois honnêtement faire le poids contre nous alors que nous avons ce qu’il faut pour te tuer ?
- Je n’exulterais pas si j’étais à ta place. Cela fait un moment que je ne me suis pas battu et je dois dire que cela commençait à me démanger dans les poings. Ton destin prend fin maintenant, Fenrik de Llodan. Puisse le Cosmos te réserver un meilleur destin dans ton existence prochaine.
- Et c’est en infirme que tu comptes tous nous tuer, le raillait son adversaire.
- Certainement pas. J’ai besoin de lâcher du lest. »

Sur ce, Le Borgne dénoua une ceinture placée sous ses vêtements, la brandit à bout de bras, faisant s’écouler devant lui le sable qu’elle contenait en masse à l’intérieur, et la laissa tomber lourdement sur le sol. Puis il fit de même avec une nouvelle ceinture de sable qui avait formé la bosse dans son dos et qui tomba elle aussi lourdement à terre. Rose suivit des yeux la chute des deux ceintures qui ressemblaient plutôt à des sacs de sable munis de sangles de cuir. Puis son regard se leva vers la silhouette désormais très différente du Borgne. Qui n’avait plus rien d’un bossu. Ensuite, il retira l’épais manteau de fourrure et le jeta sur le côté. Il réserva d’ailleurs le même sort au gilet qu’il portait en dessous. Sans toutes ces épaisseurs, la silhouette de l’homme que Rose avait connu pendant ces quatre derniers mois était totalement différente, voire méconnaissable. En réalité, il n’avait aucun embonpoint, pas de dos courbé par la force de l’âge. Pas même de barbe ou de moustache puisqu’il se débarrassa également d’un postiche collé à sa peau. A mesure qu’il retirait chacun des artifices qui avaient contribué à dissimuler sa véritable apparence, Fenrik roulait des épaules en riant doucement. Apparemment, tout cela était très divertissant pour lui. Puis Le Borgne retira ce qui faisait de lui un borgne : son cache-œil en cuir qu’il envoya s’envoler d’un geste sec vers son épais manteau. Enfin vint le tour de ses longs cheveux crépus de couleur poivre et sel qui se révélèrent n’être qu’une perruque sous une chevelure d’un noir de jais dans laquelle il passa sa main pour lui donner plus de forme.

Rose ne le voyait que de dos mais elle avait l’impression d’avoir un inconnu sous ses yeux. Elle leva alors les yeux vers Haakon mais rien ne transparaissait de son visage figé par la tension.

« Tu en avais de l’attirail, commenta Fenrik. C’est bon, t’as fini ?
- Pas tout à fait, répondit-il en retirant ses bottes pour les balancer plus loin. Ai-je au moins le droit de prendre une épée ?
- Dépêche-toi alors. Tu me fais vraiment trop attendre.
- Tu changeras vite de discours, tu verras. »

Alors que leur propriétaire se déplaça pieds nus vers l’un des gardes qui avait péri, Rose remarqua que l’une des bottes avait contenu une sorte de talon en bois qui s’était alors échappé lorsque elles avaient était jetées au sol. Et à en voir la démarche habile de celui qu’elle ne reconnaissait plus, elle déduisait que cette pièce de bois avait certainement servi à le faire boiter. Elle le vit ensuite s’accroupir devant le garde et baisser respectueusement la tête en lui refermant les paupières avant de se relever avec l’épée du malheureux en main.

« Je suis prêt maintenant, signala-t-il. Ouvre bien les yeux, je me sens incroyablement léger maintenant que je n’ai plus tout cela sur le dos.
- Arrête d’ouvrir ta grande gueule et viens crever ! »

La seconde d’après, Fenrik se ruait déjà vers lui en brandissant son glaive, suivi de deux de ses hommes qui se mirent aussi à l’attaquer. Les gestes du Borgne, ou peu importe son nom, étaient effectivement rapides et précis et le choc métallique des lames résonnait puissamment sous la voûte de la cathédrale. L’homme qui n’apparaissait désormais plus comme un vieillard semblait n’avoir que la trentaine, peut-être un peu moins. C’était difficile à estimer pour Rose de là où elle se trouvait et avec la vélocité des mouvements de cet homme. Sur sa chemise blanche, une tache pourpre indiquait l’endroit où le poignard avait transpercé sa peau mais il ne saignait pas assez pour risquer de se vider de son sang.

Malgré son agilité, il se faisait blesser aussi. Aux bras, aux jambes, dans le dos. Les lames des glaives de ses adversaires ne le blessaient que superficiellement mais la quantité de ses blessures faisait qu’il perdait de plus en plus de sang. A chaque coupure, sa chemise s’imbibait de rouge mais il demeurait debout et continuait à se battre avec détermination. Toutefois, bien qu’il se retrouvait blessé, ses adversaires tombaient les uns après les autres, leur sang était bien davantage versé que le sien. Fenrik perdait ses hommes mais cela ne semblait pas le perturber, son envie de tuer cet homme avec lequel il semblait entretenir une longue rivalité ne s’en trouvait en aucun cas diminuée. Lorsqu’ils furent les seuls à rester debout, ils s’arrêtèrent l’espace d’un instant. Fenrik en profita pour reprendre son souffle tandis que son opposant essuyait la sueur de son front du revers de sa manche. Cette fois-ci, Rose pouvait mieux voir son visage et ne pouvait qu’admettre qu’elle ne le reconnaissait vraiment pas. A part à la couleur de ses yeux d’un bleu céruléen qui décelaient encore plus d’intensité que lorsqu’il n’en avait dévoilé qu’un seul.

« Alors, tu te sens faiblir, n’est-ce pas ? devinait Fenrik. Toutes ses blessures, t’as pas l’habitude. Je suis sûr que tu ressens déjà des picotements dans tes doigts, que ta vue n’est plus très claire, que tes jambes ont du mal à te porter. Je t’ai senti un peu moins rapide là.
- Et après c’est moi qui parle trop… »

Puis ils se mirent à croiser à nouveau le fer et Rose plaqua à nouveau ses mains contre sa bouche lorsque l’homme aux cheveux de jais tomba au sol. Mais la frayeur ne dura pas longtemps lorsqu’il empala Fenrik avec son épée alors que ce dernier projetait de l’achever. Lentement, il se releva en tenant son adversaire par son épée qu’il enfonça jusqu’à la garde en lui faisant ses adieux avant de le projeter au sol. Puis, se tenant debout à l’aide de sa lame ensanglantée, il approcha du corps de Fenrik pour vérifier qu’il était bien mort. Haakon sembla alors se détendre mais ce fut de courte durée puisque son camarade tourna péniblement la tête vers Rose et lui avant de s’écrouler à son tour sur le sol. L’instant suivant, les portes de la cathédrale s’ouvrirent derrière la jeune femme qui s’agrippa au bras de Haakon, craignant qu’il ne s’agissait d’une nouvelle attaque, mais il lui fit rapidement signe que tout allait bien lorsqu’il reconnut les personnes qui entrèrent, toutes vêtues de pourpre et de plastrons de cuir. A l’exception d’un homme svelte aux yeux verts et aux longs cheveux blonds platine surmontés de ce qui ressemblait à une couronne de bois et de métal et qui portait une longue tunique vert pastel brodée de fils d’argent. Rose n’avait même pas besoin de poser la question pour savoir qu’il s’agissait du roi Siegfried.

« Oh non, si seulement nous étions arrivés plus tôt, murmura-t-il en voyant l’homme qui venait de tomber à terre et dont le sang commençait à former une mare autour de lui. Sven ! Il est blessé, dépêche-toi avant qu’il ne perde tout le sang qu’il lui reste !
- Yorik s’est démit l’épaule en défonçant la porte, lui indiqua un autre homme vêtu de noir qui se hâta de pénétrer à son tour dans l’édifice et de rejoindre l’homme à terre. Par les glaces du Grand Nord, ne me dîtes pas qu’ils avaient cette cochonnerie de poison avec eux. Il est dans un sale état. »

Rose vit avec la plus grande perplexité tous ces inconnus fouler le sol de la cathédrale avec la diligence de fourmis au travail, chacun sachant ce qu’il avait à faire. Des hommes portèrent ceux de Fenrik par les jambes et les bras pour les évacuer du bâtiment tandis que les gardes de la reine étaient allongés sur le marbre les uns à côté des autres avec leurs épées sur eux, leurs doigts croisés sur le pommeau. La jeune femme perçut ce geste comme une forme de respect, une tentative de leur rendre leur dignité dans la mort. Pendant ce temps, l’homme prénommé Sven, qui apparaissait être un médecin, s’occupait des plaies de l’homme aux cheveux de jais qui gisait sur le sol, inconscient et pâle comme un linge. Le roi Siegfried commença par observer chaque geste effectué par Sven mais ce dernier le chassa, prétextant que le roi le gênait dans son travail. Il haussa alors les épaules et se dirigea alors vers Rose et Haakon, qui avait posé sa grande main sur celle de la jeune femme qui ne lâchait pas son bras afin de la rassurer.

« Votre Majesté, s’adressa-t-il à Rose d’une voix douce, je suis navré que notre rencontre se fasse en ces circonstances. Tous ceux qui vous ont attaqué se trouvaient allongés sur le sol, aucun n’a pris la fuite ?
- N-non, articula-t-elle encore choquée. Il… il les a tous tués.
- Avez-vous été blessée ?
- Pas du tout… Que… que se passe-t-il ? Je ne comprends pas. »

Lorsque Thomas Doley entra dans la cathédrale, Rose le fixa avec de grands yeux ébahis. Il avait les joues rouges et ses boucles dorées étaient en désordre. Il semblait avoir couru. La jeune femme libéra enfin le bras de Haakon et elle saisit les mains que le marquis de Grand-Sion lui tendait.

« Est-ce que vous allez bien, Votre Majesté ? s’inquiétait-il.
- Tout va bien, je ne suis pas blessée.
- Bien. Monsieur, merci d’être intervenu.
- Ce n’est pas moi, lui assura Siegfried avec le sourire aux lèvres. Ils étaient tous morts lorsque nous sommes parvenus à entrer. Votre Majesté, disposeriez-vous d’une salle libre à nous prêter pour que nous puissions mieux nous occuper de notre blessé ?
- Euh… Monsieur Doley… ? hésitait-elle, l’esprit encore trop perturbé pour réfléchir.
- Dans l’aile ouest, les appartements bleus. Vous y serez tranquilles bien que ce ne soit pas le plus près. Je vais demander à ce qu’on vous y conduise.
- Je vous remercie, répondit-il en s’inclinant poliment avant de s’adresser à ses hommes qui attendaient ses ordres tout en jetant quelques coups d’œil inquiets vers le patient du médecin. Messieurs, soulevez notre camarade, doucement. Nous nous déplaçons. »

Abasourdie, Rose les observa œuvrer de concert avec discipline, admirant leur formidable travail d’équipe. Tout le groupe, accompagné d’Haakon, suivit le roi qui était guidé par un page auquel le marquis avait donné des ordres. Après leur départ, des soldats de Sion entrèrent à leur tour pour découvrir les corps alignés de leurs confrères, entourés par le désordre et du sang partout sur le sol et sur les bancs qui avaient étés poussés dans le feu de la bataille. La reine quitta la cathédrale à son tour en compagnie de Thomas Doley. Malgré le combat à mort qui avait eu lieu en sa présence, sa robe était d’un blanc immaculé. Pas une goutte de sang n’était venue gâcher la splendeur de ce vêtement dont elle avait pourtant hâte de se débarrasser.


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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours]   [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours] - Page 2 EmptyLun 20 Avr - 20:58

Chapitre Dix-Sept

Après être retournée à ses appartements, Rose fit annuler tout son emploi du temps de la journée et demanda à ce qu’on la laisse seule dans sa chambre, jugeant ne pas avoir besoin de domestiques pour l’aider à se changer. Elle eut toutefois grand peine à retirer cette somptueuse robe blanche dans laquelle elle se sentait à présent étouffer, puis demeura un long moment assise sur son lit en camisole de soie et en jupons de coton. Encore choquée par les évènements, la jeune femme ne disait rien, la chambre était plongée dans le silence alors que dernière la porte se trouvait une vingtaine de gardes qui se tenaient en faction, en prévision de toute attaque éventuelle sur sa personne. Mais ce qui l’accablait le plus n’était pas le danger. C’était le fait que des hommes étaient morts pour la protéger. Le fait que, comme Le Borgne le lui avait dit, elle ne le connaissait pas aussi bien qu’elle le pensait. D’ailleurs, elle ne comprenait pas pourquoi toute cette mascarade, ce mensonge. A aucun moment elle ne s’était imaginé qu’il portait un déguisement. Tout ce poids pour déformer sa silhouette, l’épaisseur de ce manteau pour dissimuler la tromperie, cette barbe et cette perruque, ce talon de bois dans la botte, ce bandeau sur l’œil… Comment un homme pouvait-il s’infliger cela pour camoufler sa véritable apparence ? Allant même jusqu’à modifier sa voix pour s’accorder au reste ?

Lorsqu’elle commença à avoir froid, Rose se leva du lit et choisit dans son armoire une robe bien plus simple que la précédente, de couleur rouge foncé, et qu’elle pouvait mettre seule sans problème. Les domestiques qui l’habillaient habituellement ne lui auraient probablement pas laissée la mettre en d’autres circonstances car, même si elle n’avait pas l’air d’une paysanne, elle n’avait pas l’air d’une reine non plus avec cette robe. Toutefois, puisqu’elle avait suspendu ses affaires officielles pour la journée, personne ne trouverait rien à redire, surtout de crainte de la froisser alors qu’elle avait été suffisamment éprouvée.

Alors qu’elle défaisait le chignon qui attachait sévèrement ses cheveux, on toqua à la porte. Thomas Doley entra et la trouva avec surprise devant sa coiffeuse, changée et s’occupant seule de sa chevelure. Lorsqu’il lui demanda où étaient ses domestiques, elle répondit qu’elle les avait congédiées, souhaitant être seule pour réfléchir.

« Etiez-vous au courant de tout ceci, Monsieur Doley ? l’interrogea-t-elle en laissant tomber ses cheveux en cascade sur ses épaules. Enfin, j’entends par là le déguisement de Monsieur Le Borgne. Ou quelle que soit son identité.
- Absolument pas, Votre Majesté. Si je l’avais su, je vous en aurais fait part. Cela dit, j’avais donc effectivement des raisons d’avoir des doutes à son sujet…
- Et qu’en est-il de l’arrivée du roi Siegfried ?
- Je l’ai rencontré ce matin alors que vous veniez de partir pour la cathédrale. Il s’est présenté et s’est excusé de sa visite impromptue, justifiant cependant qu’il venait pour un motif urgent et qu’il avait besoin de voir son général.
- Son général ?
-Je lui ai posé exactement la même question. Puis deux de ses soldats ont accouru vers nous, informant le roi qu’ils avaient entendu des bruits de bataille dans la cathédrale et qu’ils l’avaient escaladé pour voir ce qu’il se passait.
- Et ils y ont vu leurs ennemis qui nous attaquaient.
-Exactement. Et comme je savais que vous étiez là-bas aussi, je leur ai demandé de vous aider le temps que j’aille chercher du renfort. Mais lorsqu’ils sont arrivés, il semble que les assaillants étaient tous morts, d’après ce que vous m’avez dit. »

Le marquis s’inquiétait pour Rose, sachant comme cette épreuve avait dû être terrifiante, lorsqu’on toqua à nouveau à la porte. Il partit ouvrir afin de voir de qui il s’agissait tandis que Rose achevait d’attacher une partie de sa chevelure en tresse. Haakon entra mais demeura tout près de la porte. Rose se leva soudainement et lâcha ses cheveux qui reprirent alors leur forme initiale. Le cœur battant, elle attendait qu’il dise quelque chose. Elle craignait plus que tout qu’il ne soit venu lui annoncer la mort de son camarade. Il ne dit rien pendant quelques longues secondes puis il ouvrit finalement la bouche au grand étonnement de Thomas Doley.

« Le roi souhaiterait s’entretenir avec vous en fin d’après-midi afin de répondre à vos question, déclara-t-il. Pour l’instant, il espère que vous comprenez qu’il préfère rester auprès de Sven, notre médecin.
- Bien-sûr. Vous pouvez lui assurer que j’ai une multitude de questions, répondit Rose avec calme. Et… comment va-t-il ?
- Vous ne devriez pas vous inquiéter. Je l’ai vu subir bien pire. »

Puis Haakon repartit, laissant un marquis fort surpris de l’avoir entendu parler sionois et une reine qui reprit place devant le miroir pour terminer d’arranger ses cheveux. Rose avait l’air serein mais ce n’était qu’une façade. Beaucoup de questions la taraudaient. Et les heures qui la séparaient de leurs réponses s’annonçait déjà comme interminables.

Afin de s’occuper l’esprit, Rose demanda à ce qu’on lui apporte de quoi travailler puisque l’incendie dans le quartier commerçant de la capitale et les préparations de sa visite à la cathédrale lui avaient fait remettre à plus tard des affaires en souffrance. Travailler lui ferait penser à autre chose. C’était du moins le résultat qu’elle escomptait mais elle n’était pas prête à parier là-dessus, connaissant sa nature curieuse.




Lorsqu’on vint la chercher alors que le soleil descendait vers l’horizon, Rose était plongée dans un recueil de compatibilité qu’elle trouvait suspect. Certains chiffres n’étaient pas cohérents et les notes qu’elle avait couchées sur une feuille de papier lui laissaient à penser qu’il y avait des gens malhonnêtes au sein de son gouvernement. Elle était si absorbée par sa trouvaille qu’elle ne remarqua pas le soldat vêtu de pourpre qui était venu pour l’escorter jusqu’aux appartements occupés par le roi Siegfried. Il se racla finalement la gorge pour attirer son attention. Avec succès, car elle leva enfin les yeux de son travail et l’observa, surprise de le trouver là. Alors qu’il lui annonçait qu’on lui avait demandé d’escorter la reine, celle-ci laissa tomber le cahier de comptes sur le bureau et bondit de sa chaise, puis attrapa un châle qu’elle mit sur ses épaules en le rejoignant. Elle était plus que prête et trépignait d’impatience.

Dans le couloir, Rose marchait derrière le soldat et observait sa façon de se déplacer. Elle avait remarqué qu’Haakon avait la même. Des pas silencieux, une démarche régulière, un militaire à n’en pas douter. La jeune femme se souvenait d’ailleurs que Le Borgne lui avait dit que tous les hommes de Brynhildr étaient des soldats. Certains plus que d’autres, avait-il ajouté.

Les appartements bleus étaient situés dans l’aile ouest, tout comme les appartements de la reine, ce qui faisait que le trajet serait court. Elle supposait que le marquis de Grand-Sion avait fait exprès de les installer là afin de pouvoir bloquer toute l’aile pour des raisons de sécurité et de lui permettre librement de rendre visite au roi Siegfried comme elle s’apprêtait à le faire. Arrivés à destination, le soldat lui ouvrit la porte et la laissa passer la première. Après avoir parcouru une petite antichambre, ils pénétrèrent dans le salon où était installé le roi, entouré de quelques un de ses soldats. Lorsqu’il aperçut Rose, il se leva du fauteuil sur lequel il avait pris place. Ils se serrèrent la main, à l’initiative de Siegfried qui prit celle de Rose dans ses deux mains. Elle trouva cela curieux mais leurs cultures étaient différentes après tout. Toutefois, elle eut l’impression de déceler une expression perplexe traverser le visage du monarque pendant l’espace d’une seconde. Puis il lui lâcha la main et l’invita à s’asseoir avec lui afin de discuter. Rose ne se fit pas prier, il y avait beaucoup de choses qu’elle souhaitait savoir.

« C’est la guerre qui m’a emmené ici, Votre Majesté, expliqua-t-il en prenant sa couronne sur ses genoux. Mon pays n’est pas perdu, ne vous en faîtes pas. Mais j’ai besoin de mon général un peu plus tôt que prévu. Si je lui avais envoyé une lettre, il l’aurait considérée factice, comme je le lui avais ordonné.
- Votre général, monsieur ? reprit-elle.
- Ah, j’oubliais. C’est moi qui lui avait demandé de se grimer afin d’avoir l’air moins menaçant et ainsi éviter toute suspicion de la part de votre oncle. J’ai d’ailleurs été surpris d’apprendre la nouvelle de sa mort. Toutefois, Haakon m’a expliqué qu’il avait gardé le déguisement alors que ce n’était plus nécessaire. Mais quand j’ai demandé à Felix pourquoi, il a refusé de me répondre. »

Rose écoutait attentivement le récit du roi. A chacune de ses explications, c’était comme si tout s’imbriquait avec évidence. Il lui apprit que l’homme qui s’était jusque-là fait appeler Le Borgne s’appelait en réalité Felix Pierce et qu’en plus d’être un général avec une position assez particulière dont il ne donna pas de précision, il était aussi la personne en qui Siegfried avait le plus confiance. Felix Pierce. Rose trouvait que cela sonnait plus sionois que nordique, et ce prénom était d’ailleurs tombé en désuétude en Sion. De plus, elle avait remarqué qu’aucun des soldats présents dans la pièce n’avait de cheveux aussi noirs. La plupart de la population nordique avait les cheveux blonds, roux ou châtain clair.

« Et pourquoi l’avez-vous envoyé jusqu’à moi en Sion ? demanda-t-elle finalement. Je ne vous aurais servi à rien si Leopold était encore en vie.
- Je préfèrerais vous l’expliquer un peu plus tard, hésitait-il.
- Pourquoi ? insista la jeune femme qui percevait cette esquive comme suspecte.
- Ah mais qu’est-ce qu’il est têtu ! se mit à râler le médecin en sortant de la chambre attenante au salon et interrompant ainsi la conversation. Siegfried, va falloir que tu expliques à cette tête de mule qu’il doit se tenir tranquille !
- Et le poison ? s’enquit son souverain.
- Il a commencé à l’éliminer bien sûr, à quoi tu t’attendais, hein ? Mais il n’a pas l’habitude de se faire soigner alors il refuse de m’écouter. »

Sven, le médecin, semblait de mauvaise humeur mais Rose vit que Siegfried se contentait de sourire légèrement à mesure qu’il se plaignait. Puis lorsqu’il partit voir un des soldats qui portait son bras en écharpe, le roi se pencha vers la jeune femme.

« Vous devriez parler à Felix, lui suggéra-t-il à voix basse.
- Mais je…
- Parlez-lui, Votre Majesté. »

Puis Siegfried se leva et s’installa au bureau autour duquel s’étaient rassemblés plusieurs de ses hommes pour discuter de ce qui semblait être de la stratégie militaire ou quelque chose qui s’y apparentait. Rose demeurait assise sur son fauteuil et hésitait. Le roi lui avait conseillé de parler avec cet homme qu’elle avait l’impression de ne pas connaître du tout. Incertaine, elle se demandait si c’était vraiment une bonne idée. Toutefois, sa curiosité la poussa à se lever et à se diriger vers la porte de laquelle Sven était sorti. L’anxiété faisait battre son cœur très fort dans sa poitrine. Elle ne savait même pas ce qu’elle allait dire, ou même si elle allait parvenir à ouvrir la bouche. Il n’était pourtant pas un inconnu. Ou peut-être bien que si. Mais la seule façon d’en avoir le cœur net était d’ouvrir cette porte.

Et, finalement, c’est bien ce qu’elle fit. Là, elle découvrit un homme vêtu du même pourpre que ses camarades et qui se tenait devant la fenêtre en s’appuyant contre le montant. Puis il tourna la tête vers elle et Rose croisa alors son regard d’un bleu intense, mais il détourna rapidement les yeux et se déplaça lentement vers le lit pour s’y asseoir. Pour quelqu’un qui avait perdu beaucoup de sang, elle estimait qu’il ne se portait pas si mal.

Puisqu’il n’ouvrait pas la bouche, Rose décida de s’imposer et prit place sur une chaise à côté du lit sans même attendre d’y être invitée. Puis elle se mit à l’observer avec insistance, attendant que ce soit lui qui rompe le silence car elle ne savait même pas par où commencer. Il lui avait pourtant semblait si âgé encore le matin-même, elle devait admettre qu’elle était surprise de constater qu’il devait avoir à peu près le même âge que le roi. Pourtant, son discours avait souvent été empreint de sagesse, même s’il était vrai qu’il semblait l’éviter ces derniers temps.

« Je suis désolé, commença-t-il enfin dans cette voix qu’elle n’avait pas encore vraiment l’habitude de lui entendre. J’aurais dû me séparer ce costume de vieux boiteux plus tôt mais… je ne savais pas comment amener le sujet. Haakon a tenté de me persuader de le faire mais nous étions en désaccord. Et à cette occasion, j’ai été dur avec vous, je le regrette.
- Alors m’avez-vous menti pendant tout ce temps ?
- Pas du tout. C’est juste qu’il y a des choses que je n’ai pas dites.
- Comme quoi ?
-Vous tenez vraiment à tout savoir ? Siegfried vous a-t-il dit pourquoi il m’avait envoyé en Sion ?
- Non, il a esquivé le sujet.
- Voilà qui ne me surprend pas. Il ne m’a pas dit non plus pourquoi il était venu de Brynhildr jusqu’ici. La perte d’une guerre, ce n’est pas un motif suffisant. Soyez vigilante avec lui, c’est une véritable anguille, il ment encore mieux que vous.
- Ne l’appréciez-vous pas ?
- Bien sûr que si. C’est quelqu’un de bien… qui ne se comporte pas toujours comme tel. »

Le jeune homme aux cheveux de jais prit le couteau qui était posé sur la table de chevet et qui lui servait à tailler du bois pour passer le temps, il sembla hésiter un instant puis leva les yeux vers Rose qui se demandait ce qu’il comptait faire avec.

« Vous souvenez-vous comment Fenrik m’a appelé ?
- Il ne vous a pas nommé. C’est le roi qui m’a appris votre véritable nom, indiqua-t-elle.
- Je parlais de ce surnom qu’il a évoqué. Guerrier Centenaire. Siegfried n’était encore qu’un enfant lorsqu’on me l’a donné. La plupart des Nordiques, ou plutôt tous ceux qui suivent les préceptes du Cosmos en fait, considèrent que je suis maudit car mon existence va à l’encontre de ses lois. Ne paniquez pas, je vais vous montrer. »

Rose n’eut pas le temps de demander pourquoi il disait cela qu’il s’entailla la paume de la main juste sous ses yeux avec le couteau qu’il tenait dans l’autre. Alors qu’elle cherchait de quoi couvrir la plaie, il lui demanda une nouvelle fois de ne pas paniquer et d’observer. Puis, au bout de quelques secondes, la plaie se referma d’elle-même et le sang qui s’en était écoulé disparut. La jeune femme demeura perplexe un moment, c’était la première fois qu’elle voyait un tel phénomène. C’était même complètement insensé. Puis son regard passa de la main de Felix à ses yeux bleus.

« D’habitude, je guéris plus vite mais mon corps n’a pas encore éliminé tout le poison. Il a la propriété de neutraliser mon pouvoir.
- Votre pouvoir ? Mais Maître Ilan a dit que vous n’étiez pas un mage.
- Il a raison. Et ce pouvoir fait qu’il est impossible de me tuer, mon corps se régénère instantanément, expliqua-t-il en reposant le couteau. Mais cela m’empêche aussi de vieillir. Je suis incapable de mourir.
- Mais… c’est impossible.
- Je suis pourtant devenu immortel il y a une centaine d’années. Et depuis, je suis demeuré le même. Haakon n’était qu’un gosse qui chapardait sur les étals quand je l’ai connu. J’ai servi plusieurs rois de Brynhildr et j’ai même vu naître Siegfried.
- Comment … ?
- C’est le Cosmos qui a fait de moi ce que je suis. Il n’y a rien que je puisse faire. Il m’a choisi pour accomplir quelque chose qui dépasse mon entendement pour le moment. Mais d’après Siegfried, c’est pour bientôt. Lui aussi a été choisi mais son pouvoir n’est pas le même. Je suppose que c’est cela que le mage a senti chez nous. Les mages sont sensibles aux forces du Cosmos, qu’ils y croient ou non. »

Rose lisait la vérité dans son regard mais ne disait rien. Elle ne savait même pas quoi répondre à cela à part balbutier ou tenter de nier que ce qu’il disait était possible. Elle était sans voix. Comme elle l’avait imaginé lorsqu’elle s’était retrouvée dans la cathédrale où le sang avait coulé pour un conflit qui ne la concernait pas, tout cela la dépassait à un point qu’elle n’aurait jamais pu envisager. Ne pouvant plus rester en place, elle se leva et se posta devant la fenêtre, exactement là où elle avait trouvé Felix en ouvrant la porte. Elle avait besoin de rassembler les informations et de les relier entre elles.

Derrière elle, Rose entendit l’homme qui n’avait finalement de jeune que son apparence se lever du lit pour la rejoindre près de la fenêtre. Il se tenait le côté en grimaçant légèrement.

« Vous devriez vous reposer si vous ne voulez pas que votre médecin soit contrarié, conseilla-t-elle en osant à peine le regarder.
- Sven ? Il a toujours eu un caractère de cochon. Je me suis d’ailleurs inspiré de lui pour incarner mon personnage.
- Oh, t’as dû être une vraie perle alors, persifla le médecin d’un ton acerbe à l’entrée de la chambre. Ce devait être amusant de pouvoir faire ton vieux rabat-joie.
- Je ne suis pas rabat-joie.
- Je repasserai plus tard, t’as intérêt à être allongé quand je reviens. »

Sven ferma la porte plus doucement que Rose l’aurait imaginé, pensant qu’il était en colère mais Felix lui assura le contraire, il avait simplement une personnalité corrosive. Il expliqua d’ailleurs que de s’être inspiré du médecin ne lui avait pas facilité les choses finalement car il n’avait pas du tout le même caractère, et encore moins la même façon de parler.

La jeune femme décida ensuite de le laisser se reposer car l’immortalité ne semblait pas l’épargner de la douleur. De plus, Rose était quelque peu effrayée par ce médecin qui avait l’air perpétuellement en colère. Puis elle sentait la fatigue la gagner, la journée avait été fort riche en émotion et elle espérait pouvoir trouver le sommeil rapidement. Elle avait encore des questions mais ses invités nordiques ne se volatiliseraient pas soudainement. Elle comptait bien leur rendre visite jusqu’à ce que sa curiosité soit entièrement satisfaite.


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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours]   [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours] - Page 2 EmptyJeu 18 Juin - 0:01

Chapitre Dix-Huit

Après le départ de Rose, Felix poussa un soupir en posant le front contre la fenêtre. La visite de la jeune femme l’avait quelque peu rendu nerveux. Il s’était attendu à ce qu’elle se mette en colère pour lui avoir dissimulé la vérité alors qu’il était évident qu’elle avait eu une grande confiance en lui. Il avait même redouté de lui faire peur en lui révélant qu’il n’était pas comme n’importe quel être humain lambda. En général, cela avait pour habitude de rebuter les gens.

« Peut-être n’aurais-je pas dû lui dire autant de choses d’un coup, bredouilla-t-il en se grattant la tête.
- Elle n’avait pas l’air de trop mal le prendre en partant, déclara une voix à l’entrée de la chambre. Mais ce n’était probablement qu’une façade… »

Felix tourna la tête vers Siegfried qui prenait librement place au pied du lit en arborant sur ses lèvres fines ce sourire malicieux qu’il adoptait toujours lorsqu’il se mettait à taquiner son ami. Il était toujours aussi insolent que lorsqu’il était enfant. Mais aucun des rois de Brynhildr qui s’étaient succédé au court de la longue existence de Felix n’avait eu la moitié de l’intelligence de cet homme qui n’avait en revanche rien du physique de ses prédécesseurs. Contrairement à eux, Siegfried avait une silhouette élancée, portait d’ailleurs des vêtements qui soulignaient cet aspect, et ses longs cheveux blonds étaient lisses et soyeux. A vrai dire, il serait facile pour lui de se faire passer pour autre chose qu’un Nordique puisqu’il ne collait pas du tout à l’idée qu’on s’en faisait. Surtout dans le Sud, comme les Nordiques avaient l’habitude d’appeler tout le reste du continent.

« Pourquoi es-tu venu jusqu’ici, Siegfried ? demanda-t-il finalement en se retournant pour s’adosser à la fenêtre. Et ne dis pas que c’est la guerre.
- Hmm… j’étais curieux de rencontrer la reine.
- Menteur.
- Mais j’ai été déçu. Je n’ai rien senti quand je lui ai serré la main. Me serais-je trompé ?
- Ce serait bien la première fois. »

Si la particularité principale du pouvoir de Felix était l’immortalité, il en était autrement pour Siegfried. Son pouvoir consistait à ressentir les perturbations du Cosmos et à prédire l’ascension d’un nouvel élu. Jusque-là, à chaque fois qu’il avait vu une personne devenir l’une des leurs en rêve, cela s’était toujours produit. Il ne pouvait avoir fait erreur. D’autant plus que le rêve dans lequel Siegfried avait vu Rose avait été encore plus vivace que les autres. Il avait interprété cela comme un signe du Cosmos, comme si le moment qu’ils attendaient tous approchait. Felix n’avait pu que le croire, le roi n’était pas du genre à plaisanter avec ces choses-là. Il prenait son rôle d’élu très au sérieux malgré l’apparence qu’il donnait.

« C’est peut-être encore trop tôt, en conclut Siegfried en haussant les épaules. Elle va être plutôt surprise lorsque cela arrivera, n’est-ce pas ?
- Rose vient d’un pays avec une religion différente. Evidemment que cela risque d’être difficile pour elle. J’avais commencé à lui parler du Cosmos mais lorsqu’elle est devenue reine, les choses sont devenues plus… compliquées.
- Compliquées comme toi qui refusait d’ôter ce costume ridicule.
- J’ai déjà dit que je ne voulais pas en parler. N’as-tu donc aucun respect pour tes aînés ?
- Et voilà que tu te réfugies encore derrière le privilège que te donne ton grand âge… Tu sais bien que je n’en ai cure, narguait Siegfried en se levant du lit. Cela dit, même le fait que tu esquives le sujet est intéressant.
- Je ne vois pas en quoi.
- Ce n’est pas ton genre de garder des secrets. Encore moins de mentir. Sauf si c’est une question de survie ou pour une mission bien sûr.
- Cesse de chercher à me percer à jour, lui intima Felix avec agacement. C’est inutile. Je n’ai tout simplement pas envie d’en parler. Maintenant, rejoins les autres, je dois me reposer avant que Sven ne fasse irruption pour vociférer tous les noms d’oiseaux qui lui viendront à l’esprit.
- Je comprends, je te laisse tranquille. Cependant… je suis fort content de te revoir, Felix.
- Hmm, moi aussi. »

Aussitôt Siegfried eut quitté la chambre et refermé la porte derrière lui, Felix se laissa tomber sur le lit avant d’étouffer un grognement de douleur, regrettant de ne pas y être allé doucement. Il lui tardait que son corps ait achevé d’éliminer le poison qui ralentissait considérablement son processus de guérison. Pour montrer un aspect de son pouvoir à Rose, il avait à peine entaillé sa peau, juste assez pour que le sang apparaisse dans sa paume, et il lui avait fallu attendre de longues secondes avant que la coupure ne disparaisse. Alors de là à ce que guérissent les blessures qu’il avait reçu pendant la bataille… S’il n’avait pas été immortel, il serait probablement mort à l’heure qu’il était.

Felix ferma les yeux et se mit à revivre les évènements de la cathédrale dans son esprit. Même s’il avait été du genre à combattre de façon déloyale, Fenrik de Llodan n’avait pas été un mauvais soldat. Ses hommes non plus n’avaient pas été des débutants. Autrement, Felix n’aurait pas été autant blessé. Quiconque les avaient envoyés en Sion avait fortement désiré la réussite de cette mission. Que serait-il donc advenu de Rose s’il n’avait pas été là ? Fenrik avait parlé d’une alliance avec les Gorgones. La situation était donc vraiment alarmante au goût de Felix car il savait ce dont ils étaient capables. Ils étaient pires que la peste.

Soudain pris d’un doute qu’il souhaitait éclaircir, le jeune homme se leva péniblement du lit et rejoignit la pièce voisine, en titubant et se tenant aux murs ou au mobilier, où se trouvaient le roi et ses hommes. Tout le monde l’observa avec surprise, non pas parce qu’il avait réussi à se lever malgré ses blessures mais parce qu’ils n’avaient pas l’habitude de le voir dans cet état. Alors que Sven allait pester contre lui, il n’eut qu’à lever la main afin de réduire celui-ci au silence et le faire retourner à ses occupations. Le médecin n’était pas du genre à accepter aussi facilement de se taire mais il connaissait suffisamment Felix pour savoir quand il valait mieux ne pas le déranger.

« Haakon, il faut que nous vérifions quelque chose, déclara-t-il en prenant la hallebarde d’un des gardes du roi afin de s’en servir d’appui pour marcher. Les corps de ces hommes de Llodan…
- Felix ? Dans ton état ? insista toutefois Siegfried qui leva le nez de la carte de la région qu’il consultait avec quelques-uns de ses hommes.
- Ce n’est pas comme si j’allais mourir de toute façon. Par contre, toi, tu ne quittes pas ces appartements, compris ?
- Comme tu voudras ~ »

Rejoint par Haakon, à qui il refusa son aide pour marcher, Felix traversa les couloirs du château où des dizaines de gardes étaient postés en faction, sur le qui-vive. Personne ne le reconnaissait puisque c’était la première fois qu’il errait dans le palais en montrant son vrai visage mais la présence d’Haakon permettait aux gardes de ne pas les percevoir comme une menace éventuelle. Ce dernier menait la marche vers le lieu où on lui avait dit que les corps des soldats ennemis seraient entreposés avant de procéder à leurs funérailles. Felix ne s’était jamais aventuré dans cette zone du château, les deux hommes s’étant souvent séparés afin d’explorer toute la zone plus efficacement.

Au sommet d’un escalier désert dont il leur fallait descendre les marches, ils marquèrent une pause à cause de la douleur provoquée par les blessures de Felix qui grimaçait à l’idée de descendre toutes ces marches une à une.

« Je sens ton regard sur moi, Haakon, déclara-t-il en resserrant un bandage autour de ses cottes. As-tu envie de dire quelque chose ?
- J’ai cru que tu allais mourir à cause de ce poison.
- Je serais bien contrarié d’avoir été tué par un idiot comme Fenrik. Mais il faudra bien que je meure un jour. Ce n’est pas parce que je suis comme je suis qu’il est impossible que je meure avant toi. Fais-toi à l’idée.
- Je n’ai rien dit de tel.
- Je me souviens encore à quel point tu pleurais quand tu as vraiment cru que mon heure était venue.
- Je n’étais qu’un enfant, justifia-t-il en lissant nerveusement sa moustache.
- Pour moi, tu en seras toujours un. Même si tu as l’air plus vieux que moi.
- Ahem… continuons notre chemin, nous y sommes presque. »

Felix esquissa un sourire, amusé par la réaction de Haakon. Et il garda ce sourire même lorsqu’il descendit douloureusement les marches de l’escalier. Le couloir dans lequel ils arrivèrent était frais et les rares rayons de soleil qui y pénétraient passaient par de très fines encoches dans les murs, encore plus étroites que les meurtrières d’un fort. L’architecture indiquait clairement l’antériorité de cette zone du château par rapport au reste qui avait certainement était rénové et modifié au fil du temps.

Dans l’unique salle qui se trouvait au fond du couloir, un puit de lumière au plafond illuminait la grande salle pavée de pierre sur le sol, les murs et le plafond. Au centre trônaient de grands blocs de marbre blanc qui servaient de tables pour allonger les défunts en attendant leurs funérailles. La morgue du château apparaissait bien dépouillée par rapport à tout ce que Felix en avait exploré. Et devant l’un des corps se tenait le mage de la cour qui affichait une expression perplexe sur son visage perpétuellement fatigué.

« Maître Ilan.
- Oh, fit ce dernier en levant les yeux vers eux. Quel changement… Je savais bien que je vous avais senti approcher. Ou plutôt cette sorte de magie qui émane de vous. J’observais justement un des hommes que vous avez tué et quelque chose m’inquiète.
- C’est justement ce que je venais vérifier. Vous percevez le même mal qui touche les mages de votre pays, n’est-ce pas ? »

Le maître d’arcanes acquiesça tandis que Felix approchait du corps devant lequel il se tenait et entreprenait de défaire la tunique du défunt pour révéler la nudité de son torse parcouru de sombres lignes sinueuses qui partaient du cœur noirci et s’étendaient jusqu’à s’estomper au niveau du cou, des épaules et de l’abdomen. Prudent, Ilan recula d’un pas à la découverte de ce qu’il redoutait. Haakon était quand à lui resté en retrait et tenait la hallebarde dont son camarade s’était servi d’appui pour marcher jusqu’à la morgue.

« Voilà ce qui arrive lorsqu’un non-mage est infecté, expliqua Felix trop habitué à voir cela pour en être perturbé. La souillure prend naissance dans leur cœur pour se répandre dans le corps tout entier. Le processus est plus lent que pour un mage mais l’issue en est la même. Vous brûlez les mages infectés, n’est-ce pas ?
- En effet. Nous ne pouvons les enterrer, l’église ne le permettrait pas de toute façon.
- C’est ce qu’il y a de mieux à faire. A propos de la corruption, j’entends. Et eux aussi, il faut les brûler. De toute façon, nos rites funéraires impliquent la crémation. Le Grand Nord est divisé en divers pays mais nos coutumes sont plus ou moins les mêmes. Et il vaut mieux procéder à leurs funérailles au plus vite, on n’est jamais trop prudent.
- Et si vous m’expliquiez tout ce que vous savez à propos de cela ? proposait le mage avec sincérité. Si je peux trouver un moyen d’empêcher la corruption… ou bien de la guérir…
- Beaucoup ont essayé. Et cela a coûté la vie à certains.
- Je suis déterminé.
- Si vous y tenez… »



Au milieu de la nuit, alors que la plupart de ses confrères dormaient à même le sol dans les beaux appartements qui leur avaient été prêtés, Felix ouvrit les yeux et poussa un soupir en se frottant le visage. Il était allongé sur un canapé puisqu’il avait cédé le lit à Siegfried et qu’il n’y aurait pas dormi longtemps de toute façon. Depuis que le temps s’était arrêté pour lui, Felix ne dormait plus que quelques heures par nuit, son corps récupérant plus rapidement que toute autre personne. Il avait appris à occuper ses nuits de diverses façons mais au bout d’un siècle, les occupations se retrouvaient bien réduites.

Lorsqu’il se leva du canapé, Sven leva la tête des parchemins qu’il était en train de griffonner à la plume de son écriture hâtive. Il avait tenu à demeurer éveillé cette nuit pour surveiller l’état de son camarade et d’un des soldats qui s’était démis l’épaule dans la journée en défonçant les portes de la cathédrale. Même s’il s’exprimait toujours d’un ton acerbe, il n’en demeurait pas moins un médecin attentionné, aussi surprenant que cela puisse paraître pour les gens qui ne le connaissaient pas.

« Où vas-tu ? lui demanda-t-il.
- Je vais faire un tour, j’ai besoin de me dégourdir les jambes.
- Et le poison ?
- Dissipé.
- Tes blessures ?
- Complètement guéries, répondit Felix en défaisant la ceinture de sa tunique pour retirer le bandage autour de son torse qui le serrait beaucoup trop.
- Fais pas trop le malin. Parce que t’avais pas fière allure quand on t’a transporté ce matin. »

Felix se contenta de rire doucement à la tentative d’attaque verbale de Sven et jeta le bandage désormais inutile sur une table basse. Avec tout ce monde dans la même pièce, il faisait trop chaud pour le Nordique qu’il était et il comptait bien savourer un peu de fraîcheur maintenant qu’il était débarrassé de ce déguisement qui l’avait fait suer au cours de ces derniers mois. Pieds nus, il s’aventura dans le couloir où régnait un silence absolu. Comme il l’avait espéré, la fraîcheur de l’hiver envahissait les couloirs déserts du château. Et puisqu’il n’allait probablement croiser personne, il ne prit pas la peine de bien refermer sa tunique, préférant profiter d’un peu de solitude et d’air frais pour se changer un peu les idées.

Il repensait encore à l’expression qu’il avait observée sur le visage de Rose lorsqu’il lui avait parlé de sa condition. Il avait également remarqué qu’elle l’avait observé elle aussi. Le voir ainsi sous sa véritable apparence avait dû la déstabiliser. Qu’en serait-il donc lorsqu’elle apprendrait la raison de la venue de Felix en Sion ? Curieusement, il redoutait fortement sa réaction.


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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours]   [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours] - Page 2 EmptyJeu 18 Juin - 0:06

Chapitre Dix-Neuf

Rose ne cessait de se tourner et se retourner dans son lit confortable, au chaud sous sa couverture. Elle avait l’impression de ne pas avoir fermé l’œil de la nuit mais elle avait en réalité alterné périodes de sommeil et de semi-éveil. Sa journée avait été riche en émotions. L’attaque dans la cathédrale. La vérité sur Le Borgne… ou plutôt sur Felix Pierce. Toutes ces questions en suspens. Elle avait pensé obtenir des réponses en s’entretenant avec lui et le roi Siegfried mais elle était finalement repartie avec encore plus de questions.

Agacée par toutes ces interrogations, Rose se redressa, attacha grossièrement ses longs cheveux châtains avec un ruban et se couvrit d’une robe de chambre en soie dont elle ne trouva pas la ceinture dans l’obscurité. En se levant, elle entendit comme le son d’une cloche au loin. Elle trouva cela curieux car celle de la cathédrale ne produisait pas le même son. Puis elle sonna à nouveau. Se sentant subitement nauséeuse, la jeune femme posa maladroitement sa main sur la table de chevet pour se tenir debout et fit tomber la plupart des objets qui s’y trouvaient. Le son de cette cloche inconnue gronda à nouveau. Elle résonnait de plus en plus fort à ses oreilles, comme si elle se rapprochait. Puis Rose sentit sa respiration se faire plus difficile, comme si sa cage thoracique était enfermée dans un corset qu’on serrait sans se soucier de la résistance de ses côtes et une chaleur intense se répandit dans sa poitrine tandis que ses membres devenaient glacés.

La tête légère, la vision trouble et le souffle court, Rose tenta de sortir pour ne serait-ce que chercher de l’air pour respirer ou espérer qu’on lui vienne en aide mais elle était si engourdie et déboussolée qu’elle se heurta au mobilier de sa chambre avant d’atteindre finalement la porte de sa chambre. Alors qu’elle imaginait avoir été empoisonnée, le lourd son de cloche était devenu si fort qu’elle avait l’impression d’en être elle-même le battant. C’était si assourdissant qu’elle n’entendait même pas la détresse de sa respiration. Il lui fallut s’y reprendre à plusieurs fois avant d’arriver à poser la main sur la poignée alors que des points blancs se multipliaient devant ses yeux.

L’air frais du couloir n’arrangea pas son malaise et personne ne semblait se trouver dans les environs pour lui porter secours. D’autant plus qu’elle essaya d’appeler à l’aide mais aucun son ne sortit de sa bouche. C’était d’ailleurs à peine si elle percevait la faible lueur des chandeliers. En face d’elle, la rambarde du couloir ouvert fut heureusement assez grande pour l’empêcher de passer par-dessus lorsqu’elle s’y heurta. De toutes ses forces, Rose tentait de respirer, comme si elle était en train d’étouffer.

Lorsque tous les points blancs devant ses yeux formèrent un écran immaculé qui occulta sa vision, la jeune femme ressentit une vive douleur dans ses oreilles, comme si le son de cloche avait crevé ses tympans. Et une succession d’images défilèrent à grande vitesse devant ses yeux sans qu’elle n’ait le temps de reconnaitre ce qu’elle voyait. Elle se demanda si c’était ce dont on lui avait parlé une fois, cette croyance qui portait sur le fait qu’on voyait sa vie défiler devant ses yeux avant de mourir. Or, était-ce bien sa propre vie qu’elle voyait là ? Il y avait de nombreux lieux, de nombreuses personnes qu’elle ne reconnaissait pas dans toutes ces images qui se succédaient devant ses yeux.

Alors que Rose, aveuglée par cette étrange vision et titubante dans l’espoir de parvenir à respirer à nouveau, s’approchait dangereusement de l’escalier sans même le savoir, elle sentit une main puissante lui tenir le bras pour la ballotter dans l’autre sens. Quelqu’un venait de la rattraper et de la faire asseoir sur le sol glacé. Les images défilantes s’estompèrent tandis qu’elle sentit un bras lui maintenir la taille alors qu’elle tentait de se débattre faiblement et une main se poser sur sa tête pour caresser calmement ses cheveux. Contre elle, la chaleur d’un torse eut un effet rassurant. Et lorsqu’elle regagna la vue et sa respiration par la même occasion, Rose réalisa qu’elle était assise au sol, pâle comme un linge et couverte de sueur froide. Elle se cramponnait comme si sa vie en dépendait à la tunique de la personne qui était assise avec elle et la prenait dans ses bras pour la réconforter. De temps à autre, quelques images défilaient faiblement à nouveau devant ses yeux. Et elle entendait encore l’écho des sons de cloche qui hantait son esprit comme pour l’avertir de quelque chose. A moins que ce ne soit pour la menacer.

Des pas résonnèrent dans le couloir. Rose reconnut le roi Siegfried qui approchait d’un pas hâtif et l’observait d’un œil inquiet. Mais ce ne fut pas à elle qu’il s’adressa, elle en aurait été incapable dans l’état léthargique dans lequel elle était plongée par cette curieuse épreuve.

« Je l’ai senti, déclara le roi, et cela m’a réveillé. Toi aussi ?
- Non, je n’ai pas ce pouvoir, répondit une voix que Rose connaissait bien. Mais je l’ai vue errer dans le couloir. Elle se serait rompu le cou si j’étais arrivé quelques secondes plus tard.
- Elle a l’air complètement dans le cirage… Etais-je dans un tel état lorsque cela m’est arrivé ?
- Chaque ascension est différente. Toi, tu étais plutôt délirant à ce moment-là… Tu devrais retourner te coucher, Sieg. Nous en discuterons demain, ce n’est pas le moment. Je vais rester avec elle au cas où. »

Rose vit alors Siegfried s’éloigner pour retourner en direction des appartements bleus occupés par ses invités nordiques. Emportée par la fatigue, la jeune femme ne se sentit même pas fermer les yeux et plonger dans un sommeil profond. Juste avant de perdre connaissance, il lui sembla toutefois qu’on était en train de la soulever pour la porter.

Ce qui ne sembla à Rose que l’instant d’après fut en réalité quelques heures plus tard, alors que les premières lueurs de l’aube perçaient timidement à travers l’horizon. En ouvrant les yeux, elle entendit un souffle bruyant mais régulier venant du pied de son lit. Un mal de tête torturait ses tempes et elle eut comme l’impression d’avoir manqué quelque chose. Peut-être avait-elle fait un cauchemar dont ne lui restait qu’un vague sentiment d’inconfort. Toutefois, au fil des secondes, elle se remémora ce qu’il s’était passé la veille, comment elle s’était senti si mal au point de craindre qu’elle était en train de mourir, ce son de cloche absolument tonitruant, cette myriades d’images qui n’avaient pour elle aucun sens. Puis Rose réalisa finalement qu’elle entendait bien la respiration de quelqu’un dans sa chambre. Ce n’était ni un rêve, ni une illusion. Prenant alors conscience de cet étrange son, elle se redressa et plissa les yeux vers l’origine du bruit, vers le pied de son lit. Intriguée, elle se mit alors à quatre pattes et avança suffisamment pour voir qu’un homme torse nu était en train de faire des pompes au pied de son lit et réaliser que le souffle bruyant qu’elle entendait depuis son réveil venait de l’air qu’il expirait  à chaque fois qu’il tendait ses bras. Les muscles de son dos et de ses bras roulaient sous l’effort qu’il produisait et la façon dont ils étaient sculptés tels ceux d’une statue de marbre que la jeune femme avait déjà aperçu dans une des galeries du château lui laissait présumer que cet homme se soumettait fréquemment à ce genre d’exercice. Si Rose avait été la prude jeune fille que toute Sionoise de son âge et de son rang était censée être, elle aurait poussé un cri strident à la vue d’un homme dans sa chambre, au pied même de son lit et dans une telle tenue.

Lorsque ce dernier réalisa enfin qu’elle était en train de le fixer d’un regard mêlant curiosité et indignation, il tourna finalement la tête vers elle d’un air surpris et s’excusa d’avoir été trop concentré sur ses efforts pour se rendre compte qu’elle s’était réveillée. Rose se mit alors à le fixer avec incrédulité alors qu’il était en train de se lever et de remettre sa tunique pourpre. Felix Pierce se trouvait devant elle, visiblement en pleine forme, et indubitablement dans sa chambre. Alors qu’il allait lui parler, il détourna le regard en pinçant les lèvres.

« Vous… vous détourniez aussi le regard hier, lui reprocha-t-elle. Cessez donc cela, c’est plutôt frustrant, vous savez.
- C’est juste que vous ne réalisez pas que…
- Que quoi ?
- Votre tenue.
- Pardon ? »

Rose baissa les yeux vers sa chemise de nuit dont les premiers boutons étaient défaits, probablement depuis la veille lorsqu’elle s’était sentie s’étouffer, et la position dans laquelle elle était laissait donc apercevoir plus qu’il n’était convenable de montrer. Aussitôt, la jeune femme plaqua ses bras sur sa poitrine pour rabattre le tissu contre sa peau et se maudit de ne pouvoir empêcher ses joues de s’empourprer d’embarras.

« Mais vos blessures, réalisa-t-elle soudain alors qu’elle refermait les boutons de sa chemise de nuit, elles ont disparues. Vous n’avez plus rien.
- C’est mon pouvoir, répondit-il en se tournant enfin vers elle. Je vous l’ai dit hier. Lorsque le poison s’est dissipé, mon corps s’est guéri instantanément.
- Et vous êtes donc vraiment immortel ?
- Hélas.
- Hélas ? Beaucoup vous envieraient cela.
- Pas vous ?
- Vous m’avez dit hier qu’il en était ainsi depuis un siècle. Je ne peux qu’imaginer la solitude que l’on peut ressentir en sachant que ses proches disparaîtront infailliblement avant soi. »

Felix ne répondit pas et se contenta d’arranger sa tenue. Rose avait beau le regarder, elle n’en revenait toujours pas que ce jeune homme et Le Borgne ne soient qu’une seule et même personne. Pourtant, le bleu céruléen de ses yeux ne faisait aucun doute. Elle ne connaissait qu’une seule personne avec un regard comme celui-ci et c’était bien lui. La jeune femme se leva ensuite du lit et s’enveloppa dans sa robe de chambre. Il lui semblait pourtant l’avoir mise pendant la nuit, elle trouva donc curieux que le vêtement soit posé proprement sur la chaise. Ce fut à ce moment-là qu’elle réalisa qu’elle n’était pas retournée dans sa chambre par ses propres moyens. Et Felix avait très certainement une réponse à cela puisqu’il était dans sa chambre, là où il n’était pas censé se trouver.

Lorsqu’elle demanda pourquoi il ne portait d’ailleurs pas de chaussures, il répondit qu’il était en train de se promener dans le couloir pour prendre l’air lorsqu’il l’avait aperçue, suffocante et titubante, sur le point de tomber dans les escaliers. Il l’avait alors rattrapée de justesse et l’avait transportée dans sa chambre pour la recoucher. Il était demeuré à ses côtés toute la nuit afin de s’assurer de son état. Fouillant dans sa mémoire, Rose se rappela également avoir vu le roi Siegfried pendant un court instant mais elle ne se souvint pas de la discussion entre les deux hommes, seul le bruit assourdissant de cette étrange cloche subsistait. En se remémorant cette nuit, elle avait même la désagréable impression de l’entendre encore sonner. Alors qu’elle posait le bout de ses doigts sur le pavillon de son oreille, Rose remarqua que Felix était en train de la regarder fixement.

« Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle un peu nerveusement. Ai-je quelque chose sur le visage ?
- Vous ne savez pas ce qu’il s’est passé hier soir.
- Que… voulez-vous dire ? M’avez-vous fait quelque chose d’étrange ?!
- Vous n’avez pas besoin d’être sur la défensive, ne put-il s’empêcher de rire manifestement amusé par l’air indigné de la jeune femme. Même si je comprends que vous vous méfiez de moi ; je vous ai dissimulé mon identité après tout.
- Et vous êtes curieusement dans ma chambre.
- Si vous êtes en quête de réponses, nous nous ferons un plaisir de vous répondre tout-à-l’heure, lorsque vous serez prête à nous recevoir dans votre bureau. Toutefois, je suis rassuré de savoir que vous allez bien mieux. »

Rose aurait voulu lui poser ses questions sur le champ mais Felix se dirigeait déjà vers la porte, certainement pour regagner les appartements voisins afin de rejoindre son souverain. Seule dans sa chambre, elle fulminait de la façon dont ces Nordiques avaient le chic pour la faire tourner en bourrique. Elle avait l’impression de n’être qu’une poupée entre leurs mains et qu’ils manipulaient comme bon leur semblait. De plus, elle trouvait qu’ils faisaient un bien grand mystère de leurs petites cachotteries et en venait à se demander si on pouvait vraiment évoquer la différence culturelle pour justifier tout cela.

Décidant qu’il était temps de se préparer, la jeune femme sonna les domestiques en tirant sur la corde près de la porte de sa chambre afin qu’on vienne l’aider à s’habiller. Elle l’aurait bien fait elle-même mais, avec la visite d’un roi étranger, elle se devrait de soigner son apparence, d’avoir l’air d’une reine. D’autant plus que les apparences étaient quelque chose de très important en Sion. En attendant les domestiques qui ne tarderaient pas à arriver, Rose s’assit devant sa coiffeuse et observa son reflet dans le miroir. Elle se trouva un peu pâle mais rien d’autre ne laissait apparaître sur ses traits des traces de l’éprouvante nuit qu’elle venait de passer. Elle pensa qu’elle n’avait même pas songé à remercier Felix puisque, d’après ce qu’il lui avait relaté, il l’avait sauvée d’une vilaine chute dans les escaliers qui aurait bien pu lui coûter la vie. Ce torse chaud contre lequel elle avait reposé sa tête alors que cette mystérieuse crise l’avait vidée de ses forces était donc certainement le sien. Tout comme la main qui avait lentement caressé ses cheveux d’un rythme régulier, rassurant.

En se remémorant le rire qui s’était échappé de la gorge du jeune homme peu alors que Rose s’était montrée sur ses gardes, cette dernière piqua un fard qui redonna des couleurs à son teint blafard. Elle se demanda d’ailleurs bien pourquoi et ne trouva comme réponse que l’agacement qu’elle éprouvait à l’idée qu’il se moque d’elle.


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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours]   [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours] - Page 2 EmptyJeu 18 Juin - 0:07

Chapitre Vingt

Au lieu de leur donner rendez-vous dans son bureau comme il le lui avait proposé, Rose avait plutôt opté pour un joli kiosque en marbre blanc et recouvert de lierre situé dans les jardins du palais. Et cela contraria Felix car elle avait tout de même échappé à une tentative d’assassinat moins de vingt-quatre heures plus tôt. Il trouvait cette attitude plutôt imprudente. Mais il avait hélas l’habitude de devoir céder aux fantaisies d’une tête couronnée puisque Siegfried n’était pas non plus du genre à lui accorder du répit. Toutefois, dans le cas du roi de Brynhildr, c’était seulement parce que ce dernier semblait prendre un malin plaisir à faire l’exact contraire ce qu’il lui conseillait en matière de sécurité. Felix lui accordait néanmoins qu’il maîtrisait avec adresse l’image qu’il donnait autant à ses alliés qu’à ses ennemis. Pour Siegfried, se mettre à découvert était une façon de montrer à ses alliés qu’il était entouré de personnes qui étaient immanquablement capables d’assurer sa sécurité. Et c’était aussi une façon de narguer ses ennemis et de les pousser à commettre la faute de tenter de l’attaquer. En clair, il jouait volontiers les appâts. Felix se demandait donc si Rose n’avait pas eu en tête le même objectif en leur donnant rendez-vous dans un lieu aussi exposé. Cependant, la jeune femme n’était pas le versatile Siegfried. Il lui était difficile d’associer un esprit aussi tortueux avec le caractère affirmé de cette reine encore débutante, et ce même si elle faisait parfois preuve d’un cynisme assez déconcertant pour une demoiselle de Sion. En effet, les Sionois étaient plutôt réputés pour la rigueur de leurs conventions sociales, notamment au sein des classes supérieures, et l’importance qu’ils accordaient aux apparences. Or, il se trouvait que Rose ne semblait se soucier ni de l’un, ni de l’autre. Ou du moins jusqu’à une certaine limite que Felix n’était pas encore en mesure d’estimer. Si elle n’avait pas passé presque la totalité de sa vie à l’écart du monde, certainement aurait-elle une personnalité bien différente, plus en phase avec ce qu’on attendait d’elle. Au lieu de cela, Rose s’affichait clairement comme un esprit libre, du moins en privé puisque les sujets de sa cour n’étaient pas prêts à la voir se moquer des conventions. Felix se souvenait très bien du scandale que cela avait provoqué lorsqu’elle n’avait dansé qu’avec lui, déguisé en vieil homme infirme, au soir de son couronnement. Il avait pourtant tenté de l’en empêcher mais il n’avait finalement pas su lui dire non.

« Elle est en retard, déclara Siegfried qui était assis confortablement sur l’un des bancs de pierre dont la forme arrondie suivait la structure du kiosque sous lequel ils se trouvaient. Penses-tu qu’elle viendra vraiment ?
- Les sionoises sont souvent en retard. Différence culturelle. Il va falloir t’y faire.
- Crois-tu vraiment ce que tu dis ?
- Si cela ne tenait qu’à Rose, je suppose qu’elle serait déjà là.
- Oh, tu l’appelles donc Rose…
- C’est elle qui me l’a demandé, justifia-t-il d’un air absent en se tenant debout appuyé contre l’une des colonnes du kiosque et tourna le dos à son souverain. Et je peux t’assurer qu’elle viendra.
- Felix. J’ai l’impression que quelque chose te contrarie.
- Ce n’est rien. Cela me passera. Comme toujours.
- Tu n’y peux rien si le Cosmos l’a choisie elle aussi.
- C’est un fardeau difficile à porter. Comme si elle n’avait pas déjà assez à faire… J’aurais préféré que tu te sois trompé.
- Il faut toujours que tu t’attaches trop vite aux gens… Comment as-tu pu ne pas t’endurcir de ce côté-là en plus d’un siècle, hmm ? Tu ne cesses jamais de m’épater, Felix Pierce.
- Arrête de dire des bêtises, elle arrive. »

Siegfried se leva du banc et remis sur sa tête la couronne de bois et de métal qu’il avait posé à côté de lui en attendant la reine. Alors que cette dernière avançait dans leur direction, suivie de gardes et domestiques qui se tenaient à bonne distance, Felix descendit les quelques marches du kiosque pour s’éloigner dans une autre direction afin de donner des directives muettes aux hommes du roi qui se tenaient à des positions stratégiques pour protéger leur monarque. Lorsqu’il revint vers ce dernier, Rose les atteignit en même temps, faisant signe à sa suite de ne pas rester trop près, elle ne tenait pas à ce qu’ils épient leur conversation. Coiffée d’une tiare et dotée d’une parure étincelante de rubis et de diamants, elle se tenait en reine devant eux, pour le bien des apparences puisque tout le monde pouvait les observer de là où ils étaient. Pour se protéger du froid de l’hiver, Rose portait une épaisse cape de couleur bordeaux sur sa robe rouge dont on ne voyait qu’un ourlet fort étudié traîner au sol sur quelques centimètres.

Siegfried la complimenta car elle était fort jolie dans cette tenue. Elle se mit à rougir, peu habituée à ce qu’on lui fasse de compliments. Felix ne prononça pas un mot, parler était davantage le travail de Siegfried. De plus, il n’avait non pas une personne à protéger en cas de danger mais deux. Il préférait donc se concentrer sur ce qu’il savait faire de mieux. Les deux souverains montèrent les marches du kiosque et s’installèrent chacun sur un banc de pierre. Felix les suivit mais demeura debout entre leurs deux bancs. Tout comme eux, il avait choisi de refléter son rang par sa tenue en portant un plastron de cuir recouvert d’une fine couche d’argent et frappé du blason de Brynhildr sous une tunique noire qui n’était clairement pas de facture sionoise. Felix avait toutefois choisi de ne porter aucune arme sur lui pour ne pas s’attirer la méfiance des gardes de la reine. De toute façon, il n’avait pas besoin d’arme pour être dangereux.

Rose n’interrompit pas Siegfried lorsqu’il lui expliqua que son pouvoir, contrairement à celui de Felix, n’était pas l’immortalité mais relevait plutôt de la perception du flux du Cosmos. Il concéda toutefois que c’était plutôt difficile à expliquer puisqu’il s’agissait d’un pouvoir qu’on ne pouvait voir ou toucher. Il parla également des rêves qu’il faisait quelques fois. Il expliqua à la jeune femme qu’il avait envoyé Felix en Sion parce qu’il l’avait vue dans un de ces rêves, et que s’il avait fait ce rêve, c’était parce que le Cosmos l’avait choisie. Rose plissa les yeux, elle ne voyait pas trop où il voulait en venir. Sentant sa réticence, Siegfried commença à lui conter que lorsque le monde partait à la dérive, le Cosmos choisissait des élus pour rétablir l’ordre et empêcher le monde de se détruire lui-même et de menacer l’existence-même du Cosmos. Rose se souvenait que Felix avait déjà évoqué le sujet avec elle, alors qu’il était encore déguisé en vieillard et qu’elle était prisonnière en exil. Toutefois, il ne s’était pas étendu plus loin.

« Et donc quoi ? demanda-t-elle sur un ton de défi. Vous dîtes que votre Cosmos m’a choisie pour réparer ce qui a échappé à son contrôle ?
- C’est le destin, c’était écrit, déclara Siegfried sans se sentir offensé par son scepticisme. Et vous n’êtes pas la seule. Felix et moi le sommes aussi, et nous en connaissons quelques-uns de par le monde. Mais la difficulté de notre mission fait que nos effectifs se voient peu à peu diminués.
- Je ne crois pas au destin, monsieur.
- Mais ce –
- Cette nuit, l’interrompit Felix qui s’adressa à Rose alors qu’il avait songé ne pas s’en mêler, vous l’avez entendue n’est-ce pas ? La cloche. »

La jeune femme leva les yeux vers lui et son teint devint blême. Elle n’avait pas besoin de le confirmer, c’était évident à la tête qu’elle faisait qu’elle avait bel et bien entendu ce son de cloche si puissant qu’il vous donnait l’impression de vous fendre le crâne. Felix ne pouvait l’oublier, il avait même parfois encore l’impression de l’entendre, même après un siècle. Jamais il n’oublierait le jour où il était devenu immortel. Alors que ses pensées s’égaraient, il revint à la réalité lorsque Siegfried reprit la parole.

« Cette cloche représente l’appel du Cosmos, expliqua-t-il. Il vous a choisi, vous a donné un pouvoir pour vous permettre d’accomplir notre mission.
- Tout ceci est ridicule, vos explications sont bien trop vagues, déclara Rose en se levant du banc. Comment voulez-vous que je vous croie sur la simple base de votre bonne foi ? Ne pensez pas que j’ai dans l’idée de vous insulter, monsieur, mais tout ce que vous dîtes n’a aucun sens. Je ne crois déjà pas en ma propre religion. Comment puis-je donc croire en la vôtre ? »

Alors qu’elle redescendait les marches du kiosque en soulevant légèrement sa robe, Rose se figea soudainement lorsqu’un pot de fleur tomba d’une fenêtre du deuxième étage du château pour s’écraser avec grand fracas en contrebas, sur une allée pavée qui faisait tout le tour de l’édifice. Puis elle se mit à avancer d’un pas hâtif en direction des restes de ce pot en terre cuite, suivie de Felix et Siegfried qui se demandaient quelle mouche avait bien pu la piquer. Devant les débris, la jeune femme leva les yeux vers l’origine de la chute, d’où une domestique s’excusait en craignant la punition que la reine pourrait décider de lui donner pour sa maladresse. Puis, sans vraiment s’en soucier, Rose baissa à nouveau les yeux vers le pot brisé et les fleurs étalées au sol. Felix se demandait pourquoi elle avait l’air aussi tendue alors qu’elle n’avait jusque-là jamais semblé se soucier de quelque fleur que ce soit. Elle se baissa ensuite et pris un morceau de débris entre ses doigts, mais elle le laissa aussitôt retomber au sol alors que du sang perlait au bout de son index. Rose en apparut tout aussi bouleversée et Siegfried lui tendit un mouchoir d’un blanc immaculé pour stopper le saignement. Elle l’accepta en se relevant et remercia le roi dans un murmure étranglé. Ce dernier en profita d’ailleurs pour prendre la main de la jeune femme entre les siennes, échangeant un regard avec Felix pour lui signifier qu’il sentait bien ce pouvoir en elle et dont elle refusait de croire l’existence.

Rose sembla vouloir dire quelque chose mais elle y renonça et prit soudainement congés, s’éloignant des deux hommes avec sa suite les gardes et domestiques qui l’avaient suivi de loin. Siegfried allait la suivre lui aussi mais Felix l’en empêcha en saisissant son avant-bras.

« Mais que fais-tu, Felix ? s’impatienta le monarque. Elle est une des nôtres, j’ai pu le vérifier, je l’ai senti.
- Je sais. Donne-lui juste un peu de temps…
- Nous devons lui faire entendre raison. Nous avons besoin d’elle.
- Comment peux-tu en être aussi sûr ? doutait Felix. Nous ne savons même pas quel genre de pouvoir elle possède.
- Ce n’est pas de la surprise que j’ai vu dans son regard, à l’instant. C’était de la peur. Comme si elle savait qu’elle allait se couper, et que c’était justement cela qui lui faisait peur. Ecoute, toi, tu sais te battre. Moi, je sais lire dans le cœur des gens.
- Donne-lui juste un peu de temps.
- Tu l’as déjà dit.
- Et j’insiste. »

Siegfried abdiqua devant l’insistance de Felix et fit signe à ses hommes qui se tenaient çà et là de le suivre afin qu’il puisse regagner les appartements qu’il occupait au château de Sion. Pendant ce temps, Felix s’accroupit devant les fleurs qui s’étaient écrasées au sol et attrapa leurs tiges dans une de ses mains et saisit le bout de terre cuite avec lequel Rose s’était coupée dans l’autre. Il mit celui-ci dans une de ses poches et coupa les racines des fleurs avec le couteau qu’il gardait toujours sur lui pour sculpter le bois. Puis il se mit en route vers l’entrée du château afin de rejoindre son roi et tenter une nouvelle fois de l’enjoindre à la patience.

Mais au détour d’un couloir, on lui attrapa soudainement le bras pour l’emmener dans une pièce. Instinctivement, Felix leva le bras pour saisir son agresseur mais il ne s’agissait que de la reine qui le poussa dans un petit salon avant de refermer la porte derrière eux. Il ne dit rien et la laissa faire, elle avait l’air visiblement paniquée. Son regard était inquiet, ses gestes désordonnés. A chaque fois qu’elle tentait de parler, elle y renonçait dans un soupir exaspéré. Au bout d’un moment, Felix se dit qu’il valait mieux qu’il parle le premier afin de lancer la conversation puisque les choses pouvaient durer longtemps de cette façon.

« Pourquoi sommes-nous ici ?
- Je ne voulais pas que l’on nous voie. Ou plutôt que l’on nous entende.
- Et de quoi souhaitez-vous parler ?
- Vous… Croyez-vous vraiment que je suis… comme vous et le roi Siegfried ? demanda-t-elle, la voix hésitante.
- Comme nous ?
- Pensez-vous vraiment que je sois dotée d’un pouvoir ?
- Vous ne feriez pas cette tête si vous étiez convaincue du contraire, en conclut-il.
- Je ne sais que penser. A vrai dire, ce matin, j’ai vu comme des images défiler devant mes yeux. Le pot de fleurs brisé, la couleur de ces fleurs, l’entaille sur mon doigt. Hier soir, j’ai vu plein d’images aussi, pendant que je suffoquais, mais c’était différent. »

Rose semblait terriblement anxieuse, probablement autant qu’avant la première réunion avant ses conseillers, peu après son arrivée au château en tant que reine. D’après ce qu’elle lui avait raconté, Felix n’avait pas eu grand mal à deviner quel était son pouvoir et il savait déjà à quel point cela enchanterait Siegfried. Rose le serait probablement bien moins, surtout en sachant que cela entrerait en conflit avec ses propres croyances.

« Votre pouvoir consiste à voir l’avenir.
- Euh… Non ? dénia-t-elle sans conviction.
- Bien-sûr que si, confirma-t-il en pouffant légèrement.
- Mais je ne suis même pas mage !
- Pas plus que moi ou bien Siegfried.
- Pourquoi moi ?
- Alors ça, c’est exactement la même question que je me pose depuis plus de cent ans. Je vous ferai signe lorsque j’en aurai enfin la réponse.
- Et cette mission dont parlait le roi… ?
- Nous n’en connaissons pas exactement les détails. Les vestiges que nous avons retrouvés à ce sujet sont très peu nombreux. Siegfried est convaincu que le Destin nous guidera bientôt vers la bonne direction. Il l’a senti dans le rêve où il vous a vue.
- Je ne crois –
- Je sais, l’interrompit-il. Mais votre pouvoir consiste à être témoin du fil tracé par le Destin. Plutôt ironique, ne trouvez-vous pas ? »

Felix s’approcha de Rose en lui tendant les fleurs qu’il tenait dans sa main. Troublée, elle accepta le bouquet sans dire un mot et le regarda quitter le salon. Dans le couloir, Felix fit signe à un garde de rejoindre la reine, elle devait être protégée, même au sein de son propre palais. Quant à lui, il ne se dirigea pas tout de suite vers les appartements bleus. Il avait envie de marcher pour tenter de se changer les idées. Il se concentra alors sur la sécurité au sein du château et conseilla quelques gardes sur son chemin afin d’optimiser leur efficacité.

Et même s’il essayait de penser à autre chose, Felix ne pouvait s’empêcher de songer qu’alors que la vie de Rose avait été en train de s’améliorer, le Destin semblait s’obstiner à la tourmenter. En tant d’Elue du Cosmos, elle ne pourrait jamais se défaire de ce pouvoir qui pourrait lui faire voir des choses bien plus bouleversantes qu’un pot de fleurs qui tombait. Sans compter les Gorgones qui prenaient un malin plaisir à éliminer tous ceux que le Cosmos avait choisi. Parmi tous les élus que Felix avait rencontrés au cours de son existence, il n’en restait plus qu’une poignée. Le combat avait l’air perdu d’avance. Alors que Felix s’était souvent mis à douter au cours de ces dernières années, Siegfried conservait quant à lui l’espoir de pouvoir en sortir vainqueur. Il le sentait. Felix voulait donc croire en son optimisme.


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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours]   [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours] - Page 2 EmptyVen 6 Mai - 13:37

Chapitre Vingt-Et-Un

Plutôt que de ressasser dans son esprit toutes ces choses dont elle n’était pas encore prête à croire, Rose quitta le château dans l’après-midi pour une visite officielle totalement improvisée des lieux de l’incendie dans la capitale et qui avait été la raison de son excursion à la cathédrale. Du moins jusqu’à ce qu’elle se fasse attaquer. Et que Le Borgne se révèle être quelqu’un d’autre. Et que le roi de Brynhildr se présente devant elle. Et qu’elle devienne dotée de ce pouvoir dont elle ne pouvait encore reconnaître l’existence.

Plus elle voulait chasser ces pensées de son esprit, plus elles y occupaient une place importante. Au cours de sa visite, elle rencontra les hommes qui avaient lutté contre l’incendie, les habitants qui avaient tout perdu à cette occasion, désespérés ou en colère, d’autres personnes qui se plaignaient qu’on ne se souciait des petites gens qu’une fois qu’il était trop tard. En les écoutant, Rose se sentit honteuse d’être aussi préoccupée par ses propres problèmes qui n’étaient rien à côté des leurs. Aussi elle exigea qu’on trouve un hébergement à tous ces gens avant la nuit et qu’ils aient de quoi manger ; les nuits hivernales en Sion n’étaient guère agréables.

Le soir, après avoir pris un bain bien chaud pour se détendre après sa sortie dans la capitale, Rose s’installa devant le miroir de sa coiffeuse pour se brosser les cheveux en passant en revue ce qu’elle aurait à faire le lendemain pour rattraper les deux jours qui venaient de s’écouler et pendant lesquels elle avait été trop préoccupée pour travailler aux affaires du royaume. Quelle reine irresponsable elle faisait ! Dans le reflet du miroir, la jeune femme riva les yeux vers le vase qui contenait les fleurs violettes que Felix lui avait donné au cours de leur dernier entretien, celles du pot brisé qu’elle avait vu dans sa vision. Et si tout ce qu’il disait était vrai ? Si c’était le cas, Rose ne savait pas ce qu’elle déciderait de faire, ni même ce qu’on lui demanderait de faire.



Au cours des jours qui suivirent, Rose se consacra à son devoir de reine avec une assiduité certaine, bien que ses motivations ne fussent pas aussi louables qu’elles l’auraient dû. La jeune femme cherchait surtout à s’occuper l’esprit, ne pas demeurer inactive, ni laisser ses pensées s’égarer vers ce qui la touchait directement. En tant que souveraine, ses devoirs étaient nombreux, et ce même si elle était jeune et inexpérimentée. Elle n’avait pas recroisé ses invités nordiques depuis ce jour étrange où ils avaient déclaré qu’elle était l’une des leurs, une élue du Cosmos. Parfois, elle apercevait de la fenêtre de son bureau quelques soldats du roi faisant une ronde dans les jardins.

Alors qu’elle s’était sentie épuisée quelques jours plus tôt, avant l’attaque de la Cathédrale, Rose était plus que jamais déterminée à accomplir ses obligations avec sérieux. Si bien que lorsqu’elle retournait dans ses appartements après le souper, elle changeait directement de tenue et s’endormait presque instantanément. Pendant la journée, il lui arrivait une fois ou deux d’avoir une vision. La plupart du temps, elle ne comprenait pas ce qu’elle voyait. Ses visions étaient constituées de successions d’images fugaces, aux couleurs tantôt surannées, tantôt vivaces. Lorsque cela arrivait alors qu’elle était seule, Rose prenait le temps de s’asseoir et de respirer calmement car elle avait encore la sensation de manquer d’air à chaque fois que cela se produisait, bien qu’elle en venait à se demander si la sensation de suffocation n’était pas que dans sa tête. Mais quand elle était accompagnée, elle prétextait un mal de tête ou accusait son corset d’avoir été trop serré.

Pour l’instant, elle avait choisi de n’en parler à personne. Pas même à M. Doley à qui elle ne cachait que peu de choses, sachant pourtant qu’il emporterait ses secrets dans la tombe. Elle avait d’abord songé en faire part à Maître Ilan mais on lui avait dit qu’il était très occupé récemment : il travaillait sur le mal qui touchait les mages dernièrement. De plus, sachant qu’il était capable de distinguer quelque chose de différent chez Siegfried et Felix, elle craignait qu’il ne perçoive désormais la même chose chez elle et ne confirme l’étrange vérité qu’elle n’était pas encore prête à reconnaître.

Un après-midi, alors qu’elle recevait des ambassadeurs venus de nations voisines pour lui présenter un portrait de leurs maîtres et leurs vanter leurs mérites afin de discuter de perspectives de mariage, Rose n’écoutait que d’une oreille en pensant avec amertume que quelques mois auparavant, personne en ce royaume ni dans les voisins n’aurait souhaité l’épouser. Elle n’avait que faire de leurs propositions mais elle savait qu’il était plus sage d’éviter de froisser le dirigeant d’un territoire limitrophe possédant une armée qu’il pourrait faire marcher sur ses terres sous le seul prétexte que son honneur d’homme viril avait été insulté. Toutefois, au bout d’un moment, elle en eut assez et décida de réagir aux paroles d’un des ambassadeurs qui prétendait qu’on avait vanté sa beauté au prince qu’il représentait et que ce dernier souhaitait ardemment la rencontrer.

« Pourquoi n’est-il pas venu vérifier par lui-même dans ce cas ? demanda Rose, la voix claire. Se contenter de on dit n’est pas ce que j’appellerais la preuve irréfutable de son engagement.
- Votre Majesté, mon maître préfèrerait recevoir votre invitation plutôt que de provoquer le scandale en venant vous rendre visite sans y être invité, justifia-t-il dans une révérence exagérée.
- Les portes du château sont pourtant ouvertes à tout le monde. Même au plus pauvre des paysans. Que lui a-t-on raconté d’autre sur moi pour motiver son désir d’être invité à ma cour ? Ma naissance ne le gêne-t-elle pas ?
- Pas le moins du monde, Votre Majesté. Cela n’a pas été un obstacle pour votre montée sur le trône.
- Ah le trône… C’est donc cela.
- Madame… ?
- Votre prince sait-il que celui qui sera mon époux ne portera jamais le titre de roi de Sion et que c’est moi seule qui continuerai de gouverner ce pays, et ce même après mon mariage éventuel ?
- C’est évident, Votre Majesté.
- Dans ce cas – »

Les yeux de Rose se mirent à papillonner et elle les cacha alors derrière sa main tandis qu’une nouvelle vision arrivait vraiment au plus mauvais moment. Inquiet, un garde qui se tenait à côté d’elle lui demanda si elle allait bien. Tous les regards étaient tournés vers elle, intrigués et dévorants de curiosité. La jeune femme s’employa d’abord à maîtriser sa respiration et à faire fi des réminiscences de tintements lointains de la cloche qui ne la quittait jamais véritablement. Les images qui défilèrent devant ses yeux la firent soupirer après coup et elle prétexta un mal de tête afin de quitter la salle du trône et la foule d’ambassadeurs dont elle n’avait eu de cesse de vouloir se débarrasser.

Suivie de sa suite habituelle de gardes et de domestiques, Rose prit la direction de ses appartements. En chemin, elle se mit à réfléchir à ce qu’elle allait dire ou faire mais elle n’en avait pas la moindre idée. Toutefois, si ce qu’elle avait vu se produisait réellement, elle finirait par croire à ces histoires d’élus du Cosmos et accepterait d’écouter ce que le roi Siegfried avait à dire à ce sujet. De ce fait, elle misait tout sur une seule vision.

Arrivée devant ses appartements, Rose ne s’y arrêta pas et continua d’avancer dans le couloir d’un rythme soutenu. Toutefois, elle s’arrêta subitement à une dizaine de mètres de sa destination, et sa suite en fit de même en la fixant d’un regard interrogateur. D’un geste de la main, elle se contenta de leur faire signe de la laisser seule. Le plus gradé des gardes qui la suivaient allait ouvrir la bouche pour protester mais la jeune femme ne lui en laissa pas l’occasion, le réduisant au silence en levant un index autoritaire avant de poursuivre son chemin.

La double-porte des appartements bleus était entrouverte et Rose entendait les voix de deux personnes de façon plutôt indistincte. La politesse aurait voulu qu’elle frappe à la porte et attende qu’on l’autorise à entrer mais d’un autre côté, elle se disait qu’il s’agissait de son palais après tout. Aussi décida-t-elle de pénétrer dans le salon qui avait été bondé la dernière fois qu’elle y avait mis les pieds. Aujourd’hui, il était vide. Après quelques pas silencieux, elle parvint à mieux distinguer les voix qui venaient d’un balcon attenant au salon et dont la fenêtre était ouverte. Rose reconnaissait les voix de Siegfried et de Felix. Curieuse, elle décida d’épier la conversation avant de révéler sa présence.

« … pas ce que tu veux dire, narguait la voix du roi de Brynhildr. Tu sais bien que je suis un parangon de vertu.
- Je ne te le dirai pas deux fois, Sieg.
- Ce que tu peux être rabat-joie quand tu t’y mets.
- Je ne suis pas rabat-joie, persista l’autre voix.
- D’ailleurs, maintenant qu’on en parle, j’ai demandé quelques détails à Haakon à propos de votre séjour en Sion. Le pauvre, cela a été une torture pour lui. Partagé entre son devoir envers son roi et sa loyauté envers celui qui l’a pratiquement élevé. J’ai l’impression qu’il ne m’a pas vraiment tout révélé parce qu’il savait qu’il y avait des choses que tu ne voudrais pas qu’il me dise. C’est tellement évident quand il prend cet air stoïque, regardant droit devant lui et ne donnant que pour seule réponse qu’il ne sait pas ou ne s’en souvient pas.
- Il est vrai qu’il ment très mal. Et tu as dû lui demander un tas de choses inutiles.
- Pas du tout. Je lui ai posé des questions sur la reine.
- Quel genre de questions ? »

Intéressée par la tournure que prenait la discussion parce que les deux hommes parlaient justement d’elle, Rose fit quelques pas pour s’approcher davantage afin de mieux entendre la conversation mais le dernier de ses pas provoqua un bruissement ; elle venait de marcher sur une feuille qui glissa légèrement entre son pied et le marbre du sol.

Alerté par ce bruit soudain et inattendu, Felix sortit d’un geste fluide son épée de son fourreau et l’abattit en direction de l’intruse. Toutefois, le mouvement vif de son bras s’arrêta net lorsqu’il remarqua qu’il s’agissait de Rose, ne stoppant la chute meurtrière de sa lame qu’à une dizaine de centimètres du front de la jeune femme. Cette dernière était quant à elle restée immobile, ses grands yeux rivés vers l’homme qui tenait l’épée et la regardait avec une intensité qu’elle ne savait déchiffrer. Alors qu’ils se fixaient toujours l’un l’autre, Siegfried demanda à Felix de ranger son arme d’un ton rassurant, conciliant. Ce dernier détourna enfin le regard et remit son épée dans le fourreau qui pendait à sa ceinture. Rose poussa un soupir de soulagement en se frottant les mains nerveusement.

« N’approchez jamais d’un soldat aussi silencieusement sans prévenir de votre présence, la mit-il en garde avec une certaine contrariété.
- Tout va bien, j’avais senti sa présence, minimisa Siegfried en remettant sa couronne de bois sur la tête.
- Je savais que vous ne me feriez pas de mal, déclara Rose alors que Felix se tournait vers son roi pour le fusiller du regard. Et j’ai eu raison. »

Les deux Nordiques dirigèrent leur attention vers elle, intrigués par tant de certitude venant d’une jeune personne qui venait de manquer de se faire tuer. Siegfried arborait un sourire tandis qu’il observait alternativement Rose et Felix.

« Vous ne devriez pas m’accorder tant de crédit, renchérit ce dernier. Cela pourrait un jour vous coûter la vie.
- Je l’ai vu il y a quelques minutes à peine.
- … Vu ?
- Ces visions dont vous parliez la dernière fois. J’en ai plusieurs fois par jour. Parfois, cela ne dure qu’une ou deux secondes, d’autre fois bien plus.
- Quelles visions ? demanda Siegfried. Tu ne m’as rien dit, Felix.
- Je n’en étais pas tout à fait sûr, déclara-t-il. Et si je t’en avais parlé, tu aurais harcelé Rose jusqu’à ce qu’elle accepte de se joindre à nous. D’ailleurs, tu ne m’avais pas dit qu’elle était là. Considère donc que nous sommes quittes. »

Siegfried s’en sortit avec un haussement d’épaule plein de désinvolture et s’approcha de Rose, lui demandant de poser ses mains dans les siennes. Elle hésita quelques secondes avant de s’exécuter. Alors que leurs mains étaient jointes, le souverain ferma les yeux et prit une longue inspiration. La jeune femme tourna les yeux vers Felix, cherchant une explication à ce qu’il se passait. Celui-ci n’eut aucune réaction. Il se tenait là, immobile, les bras croisés.


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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours]   [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours] - Page 2 EmptyVen 6 Mai - 13:43

Chapitre Vingt-Deux

Ses mains dans celles du roi Siegfried, Rose s’efforçait de ne pas bouger. Il semblait être profondément concentré, elle ne voulait pas le perturber. Toutefois, la position dans laquelle elle se trouvait était plutôt délicate du point de vue de la culture sionoise car lorsqu’un homme tenait aussi longtemps les mains d’une femme, ce n’était pas vraiment un geste anodin. Rose avait beau se moquer des conventions, elle n’en était pas moins inconsciente. Aussi craignait-elle que quelqu’un du palais ne fasse irruption dans la pièce et ne soit le témoin de ce qu’il était en train de se passer.

Puisqu’elle ne s’était jamais tenue aussi près de Siegfried, la jeune femme en profita pour l’observer alors qu’il avait toujours les yeux fermés. Ce qu’elle avait vu en premier chez lui lors de leur rencontre était ses yeux verts, ainsi que ses longs cheveux blond platine repoussés en arrière. Là, elle avait l’occasion d’admirer les traits anguleux de son visage fin, la longueur de ses cils, le tracé de sa mâchoire virile. Il semblait être tout le contraire de Felix d’un point de vue physique puisque ce dernier avait les cheveux de couleur noir de jais, des yeux d’un bleu intense, des traits plus doux, des lèvres plus pleines. Même leur silhouette était différente : Siegfried était plus grand et élancé que son ami mais celui-ci semblait avoir plus de masse musculaire ; c’était un soldat après tout. D’autant plus qu’elle suspectait que Siegfried était plus âgé physiquement que Felix qui avait en réalité vécu bien plus longtemps.

Alors qu’elle poursuivait sa contemplation, Rose sentit les pouces du roi caresser le revers de ses mains, sur lesquelles elle baissa les yeux avant de les relever vers son sourire confiant. Il la fixait d’un regard amusé tandis qu’elle était un peu perdue.

« Je crois que je suis amoureux, déclara-t-il d’une voix chaude.
- Hein ? réagit-elle en retirant ses mains aussitôt d’un geste vif.
- Vous avez les mains douces, Votre Majesté. »

Rose ne savait pas s’il était sérieux ou s’il se jouait d’elle. Elle se rappelait de la mise en garde de Felix à propos de son roi. Il l’avait traité d’anguille, mais elle ne savait pas ce que cela voulait dire exactement.

« Mon objectif premier était de sonder votre pouvoir, expliqua finalement Siegfried. Comme je vous l’ai expliqué la dernière fois que nous nous sommes entretenus, mon pouvoir consiste à percevoir le flux du Cosmos. Je ressens la présence des autres élus du Cosmos grâce au pouvoir qu’ils dégagent. Il en est de même pour la magie puisqu’elle est née du Cosmos elle aussi, la différence étant qu’elle a été façonné par l’homme.
- Je ne comprends pas vraiment ce que vous êtes en train de me dire, admit Rose avec un brin de méfiance.
- Cela viendra en temps voulu. Quoi qu’il en soit, je sens que votre pouvoir possède un grand potentiel. J’en ai rarement vu d’aussi grand. Et je ne compte pas Felix bien sûr, la nature-même de son pouvoir fait que son potentiel est illimité. C’est à la fois fascinant et effrayant.
- Maintenant que tu as satisfait ta curiosité, déclara enfin Felix, tu pourrais nous dire pourquoi tu es venu jusqu’ici car ce n’était pas du tout le plan d’origine.
- En effet. Et je regrette d’avoir tardé à en parler, pour tout te dire. Vega a été capturé il y a environ un mois. Je sais qu’il est en vie parce que je sens parfois sa présence même si c’est infime… »

Rose vit le visage stoïque de Felix lentement afficher sa surprise. Il semblait inquiet par cette nouvelle. Elle ne savait pas ce que cela signifiait ni qui était ce Vega dont ils parlaient mais elle avait le sentiment que cet évènement avait son importance.

« Qui est Vega ? demanda-t-elle finalement.
- L’un des nôtres, répondit Felix en traversant la pièce pour se pencher au-dessus de la carte du continent qui était étalée sur une table et jonchée de petites figurines de bois et de métal. Federico Vega, il manipule le feu et agit comme liaison entre la cité de Dias et Brynhildr. Tu aurais dû m’en parler avant, Sieg.
- Tu aurais voulu partir tout de suite, justifia ce dernier. Nous ne pouvions pas nous permettre le luxe de laisser la reine ici. Tu sais bien que maintenant que ses pouvoirs sont révélés, elle devient une cible de premier choix. »

La jeune femme était de plus en plus perdue. Elle était mêlée à une conversation, à une situation dont elle ignorait complètement les tenants et les aboutissants. S’il y avait une chose qu’elle savait, c’était qu’ils craignaient de perdre Vega l’élu du Cosmos, et non pas Vega leur liaison avec Dias. Au cœur du commerce de tout le continent, la cité indépendante de Dias était dirigée par des familles marchandes plus puissantes que certains souverains. Son port était même plus grand que la capitale de Sion elle-même.

Cependant, ce n’était pas cela le plus important. Le roi Siegfried venait de dire qu’ils ne pouvaient pas la laisser ici. Qu’elle était devenue une cible. C’était d’elle qu’il était question mais elle semblait ne pas avoir voix au chapitre, comme à l’époque où elle n’était encore qu’une prisonnière en exil.

« Hé, attendez ! les interrompit-elle dans un excès d’agacement. Vous parlez de moi comme si je n’étais pas là. Or, regardez-moi, je me trouve juste devant vous, messieurs. Je ne comprends même pas de quoi vous parlez, ni pourquoi vous en parlez et encore moins en quoi cela me regarde. Je commence à vraiment en avoir assez de tous ces mystères et ces non-dits.
- Pour faire simple : vous devez nous accompagner, déclara Siegfried nullement intimidé. Vous êtes désormais une élue du Cosmos, vous avez une mission, tout comme nous.
- Non. Je suis la reine de Sion et ma mission est de rester ici pour gouverner mon royaume. Je ne crois pas au Cosmos et à toutes ces choses dont vous semblez convaincu. Vous me demandez de vous faire confiance et de vous suivre mais je ne vous connais même pas !
- Votre Majesté, je sais bien que cela est tout nouveau pour vous et que cette situation est difficile à accepter. Quoique, en fait, je ne peux que l’imaginer puisque j’ai été plus ou moins élevé par Felix et j’ai obtenu mon pouvoir alors que je n’étais encore qu’un adolescent. Comme vous le dîtes si bien, ce qui me semble évident ne l’est pas pour vous mais soyez sûre que cela ne m’enchante pas tant que cela de vous arracher à votre devoir, parce que je pense que vous êtes probablement la meilleure chose qui soit arrivée à ce royaume depuis longtemps. Mais vous ne pouvez rester, vous seriez en danger.
- Ça, c’est vous qui le dîtes. »

Contrariée et confuse, Rose poussa un lourd soupir d’exaspération et tourna les talons pour quitter les appartements bleus en claquant la porte, au point que le bruit résonna dans tout le couloir. Elle avançait d’un pas rapide, les poings serrés, le visage renfrogné. Sa démarche laissait présager qu’il valait mieux la laisser tranquille.

Tout cela allait bien trop vite et ni Siegfried ni Felix ne semblaient vouloir prendre le temps de tout lui expliquer. Ils voulaient planifier son futur sans même la consulter ou même se soucier de ce qu’elle voulait elle. Rose avait donc décidé d’en arriver à ce dont elle aurait préféré échapper : une occasion d’avoir le cœur net sur l’origine de ses étranges visions qui la tourmentaient depuis plusieurs jours. Et cela impliquait de se rendre dans une partie du château qu’elle n’avait jamais visité : la morgue. Elle savait qu’elle y trouverait Maître Ilan, il y passait la plupart de son temps à la recherche d’un remède pour aider les mages du royaume.

Après avoir descendu un escalier, Rose eut l’impression de se trouver dans un endroit complètement différent, l’architecture de ce nouveau couloir semblait dater de plusieurs siècles. Elle ne put qu’en conclure qu’elle se trouvait sur le bon chemin, la morgue d’un palais n’étant pas le genre de chose que l’on souhaite redécorer en général. La température était elle aussi différente, de quelques degrés plus basse que dans les autres couloirs du château. Frissonnante, la jeune femme se frotta les bras pour se réchauffer jusqu’à son arrivée devant une massive porte de bois.

Lorsqu’elle la poussa pour pénétrer dans la pièce, elle vit Maître Ilan qui se tenait au milieu de la salle, face à la porte. Il semblait l’avoir attendue. Quand il reconnut la reine, la stupéfaction pouvait se lire sur son visage. Et c’est là que Rose sut que les deux Nordiques avaient raison, qu’elle n’était plus tout à fait comme avant. En mage expérimenté, Ilan pouvait percevoir qu’il y avait quelque chose de différent en ces deux derniers, et désormais en Rose. Il ressentait cela comme un malaise, quelque chose qui le dérangeait. Rien d’aussi marqué que ce que Siegfried avait décrit à propos de son propre pouvoir cela dit.

« Que… que vous est-il arrivé, Votre Majesté ? demanda-t-il enfin en se frottant le visage, encore surpris.
- Je ne sais pas. C’est arrivé comme ça.
- C’est donc pour cela que le roi de Brynhildr avait envoyé ce général avant de venir lui-même ? Parce que vous alliez devenir comme eux ? Dîtes-moi, ils ne vous ont rien fait, n’est-ce pas ?
- Non, ne vous en faîtes pas, le rassura-t-elle. C’était il y a quelques jours, pendant la nuit.
- Oh, c’était donc cela… Quelque chose m’a empêché de dormir cette nuit-là.
- Le roi Siegfried dit que je suis une élue du Cosmos désormais. Que j’ai une mission et que je dois les suivre pour l’accomplir. Et que si je restais ici, je serais en danger. Mais je ne veux pas partir, j’ai un royaume à gouverner !
- Allons, allons, Votre Majesté. Venez vous asseoir par ici, je vais vous servir un peu de thé. »

Maître Ilan lui indiqua un siège qui se trouvait à côté d’un bureau poussé contre un mur avant de se diriger vers un poêle sur lequel était posée une bouilloire. Rose allait dans cette direction lorsqu’elle s’interrompit, sa curiosité ayant été attisée par le corps d’un homme allongé sur l’une des tables de marbre blanc. Le mage semblait avoir rapidement jeté un drap blanc sur lui, un bras du cadavre dépassait du tissu. La jeune femme s’avança vers lui et alors qu’elle allait soulever le drap pour découvrir son visage, Ilan lui saisit subitement le poignet pour l’en empêcher. Elle ne l’avait même pas entendu arriver. Il lui expliqua qu’il était en train d’autopsier ce pauvre homme quand elle était arrivée et qu’elle ne voudrait certainement pas voir cela. Lorsqu’elle se mit à imaginer la vision à laquelle elle venait d’échapper, Rose mit sa main devant sa bouche, non mécontente qu’il soit arrivé à temps pour mettre un frein à sa curiosité.

« Est-ce le corps d’un mage comme nous en avions vu un lors de notre visite à la capitale ? demanda-t-elle néanmoins.
- Oui. J’essaie de trouver d’où vient l’infection. Sans succès jusque-là.
- Avez-vous demandé à Monsieur Le Bor… Euh, à Monsieur Pierce ? Il semblait en savoir sur le sujet.
- Oh, il est descendu me voir le jour où il a été blessé, expliqua-t-il. Il n’a pas su m’en dire bien plus, il m’a surtout parlé des précautions à prendre. Comment vont ses blessures, à ce propos ?
- Toutes guéries.
- Pardon ? C’est impossible. Je me souviens à quel point il avait du mal à se déplacer, Votre Majesté. Peut-être vous a-t-il semblé aller mieux parce qu’il dissimule sa douleur.
- Je peux vous assurer qu’il est guéri. Je l’ai vu de mes yeux, ajouta-t-elle en le regrettant aussitôt car elle piqua un fard lorsqu’elle se rendit compte que c’était parce qu’elle avait pu observer son torse nu qu’elle pouvait l’attester avec autant de certitude. Ahem, il dit que son pouvoir l’a rendu immortel.
- … Immortel ? »

Alors qu’elle s’attendait à voir de la surprise ou de l’incrédulité dans le regard de Maître Ilan, Rose le vit se plonger dans une profonde réflexion avant de s’interrompre au bout de quelques secondes pour lui servir le thé qu’il lui avait promis. Elle jeta un dernier coup d’œil en direction du cadavre recouvert puis le suivit docilement.


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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours]   [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours] - Page 2 EmptyVen 6 Mai - 13:47

Chapitre Vingt-Trois

Aussitôt que Rose fit claquer la porte, Felix demanda à Siegfried de le rejoindre. Une nouvelle fois, le roi n’avait fait qu’attiser la confusion de la jeune femme. Ce n’était pourtant pas faute de l’avoir prévenu. Lorsque Siegfried fut à ses côté, il lui donna un coup sur le bras du revers de sa main, d’un geste vif et non sans force, ce qui arracha à celui-ci une protestation de douleur et une sensation de picotements douloureux dans son bras, qu’il frottait pour tenter de soulager son mal.

« Je t’avais dit d’être patient, justifia Felix. Tu t’attends toujours à ce que les gens aient la même ferveur que toi. J’ai eu du mal à lui inculquer ne serait-ce que le principe du Cosmos. En revanche, je n’ai eu aucun succès concernant la prédestination. Tu demandes à Rose de nous suivre sur la simple base d’une croyance en laquelle elle est fermement opposée. A quoi t’attendais-tu ?
- J’ai passé l’âge de t’entendre me gronder comme si j’avais fait une bêtise, lâcha Siegfried d’un ton désinvolte. Ce n’est pas parce que tu m’as pratiquement élevé que –
- Où est Vega ?
- Tu changes déjà de sujet ?
- Parce que discuter avec toi est une perte de temps. Où est Vega ?
- Si je le savais, je ne serais pas venu te chercher.
- Tu pourrais le retrouver avec ton pouvoir, suggéra Felix.
- Il faudrait que je sois dans la région où il se trouve, expliqua-t-il. Le mieux serait de commencer les recherches là où il a disparu mais…
- Mais… ?
- C’est dans les Terres d’Obsidienne.
- Oh non… »

Felix soupira en baissant les yeux vers la carte, là où une large tache sombre indiquait où se trouvaient les Terres d’Obsidienne. Il s’agissait d’une vaste région désolée à la roche noire et à la terre stérile, où le soleil ne brillait jamais, dissimulé derrière d’épais nuages de cendre expulsés par les volcans des environs. C’était un endroit dangereux où les habitants n’y connaissaient que le désespoir et où les bandits faisaient la loi. Vega avait été stupide de choisir de passer par là, il connaissait très bien les risques. Certainement avait-il surestimé ses capacités ; cela n’aurait pas été la première fois après tout.

Siegfried ne semblait pas être si inquiet de son sort puisqu’il avait attendu avant de le lui annoncer. Felix n’était pas aussi serein. L’idée qu’il ait à remettre au père de ce garçon la dépouille de son fils unique lui nouait l’estomac. Il détestait les funérailles. Il en avait assisté à un trop grand nombre au cours de son existence. De plus, il appréciait le jeune Vega. Une bien trop grande bouche selon lui mais ce garçon savait utiliser cela à son avantage quelques fois. C’est juste qu’il ne savait jamais à quel moment se taire. Felix était un homme patient mais Vega était capable de l’avoir à l’usure, ce qui n’était pas tout à fait pareil qu’avec Siegfried qui, lui, avait le don de l’exaspérer.

« Il est encore en vie, déclara ce dernier en lui donnant une tape réconfortante sur l’épaule. S’ils ne l’ont pas tué depuis tout ce temps, c’est parce qu’ils veulent sûrement quelque chose.
- Ils attendent probablement que l’on vienne le chercher afin de nous tendre un piège, supposa Felix. En admettant bien sûr que l’on survive au voyage. Enfin, moi, je survivrai, cela dit.
- Quelle stratégie proposes-tu ?
- On se jette dans la gueule du loup.
- Ce n’est pas une stratégie.
- C’est la mienne en tout cas.
- Nous autres, pauvres mortels, devons appliquer une méthode plus subtile.
- Tu ne penses tout de même pas que nous allons faire suivre toute la garde ? Non, seul un petit groupe ira sur les Terres d’Obsidienne. Le reste rentrera à Brynhildr.
- Donc ce sera toi, moi, Haakon, Rose – à supposer qu’elle change d’avis –, Sven et quoi… ? Un ou deux gardes ?
- Non, pas de garde. Haakon et moi suffiront à vous protéger.
- Tu parles comme si j’avais besoin de ta protection.
- Ce n’est pas parce que tu te débrouilles avec une épée que tu n’auras pas besoin de moi. D’ailleurs, je préfèrerais que Sven rentre à Brynhildr avec les autres. »

Siegfried se mit à dévisager Felix. Il avait l’air de se moquer de tout mais il était intelligent, et bien plus attentif que ce qu’il laissait paraître. Il semblait d’ailleurs avoir compris que Felix avait une idée en tête. Il se contenta donc de hocher la tête en signe d’assentiment. Siegfried avait une confiance totale en son général car celui-ci savait ce qu’il faisait, même s’il était parfois le seul à le savoir. Toutefois, il ne pouvait s’empêcher d’être un peu inquiet à son sujet car cette époque de l’année était toujours un peu difficile pour Felix. Chaque année, invariablement à la même période, il apparaissait fatigué, las.

Felix ne pouvait oublier son dernier jour en tant que mortel. Et chaque année, ce souvenir revenait le hanter. Même s’il avait accepté son immortalité, il demeurait nostalgique de la vie qu’il avait menée avant ce jour. Elle n’était pas particulièrement plus heureuse mais le regret le tourmentait amèrement depuis.

« Comment fait-on pour la reine ? lui demanda Siegfried afin de le tirer de ses pensées moroses. On ne pourra pas attendre éternellement, tu le sais bien.
- J’irai lui parler dans la soirée. Cela va être un désastre si je te laisse faire. C’est à croire que tu le fais exprès. Tu es pourtant bon diplomate d’habitude.
- Il y a des enjeux bien trop grands. Je suppose que je me suis laissé emporter.
- Hmm… »

Felix n’avalait pas un tel mensonge. Siegfried n’était pas le genre de personne à faire les choses au hasard. Il savait manier les mots et manipuler les gens pour les faire aller en son sens. Or, avec Rose, il avait fait tout l’inverse. Pourquoi ? Venant de lui, c’était étrange.



Alors que Felix donnait les dernières instructions à la garde rapprochée du roi concernant les patrouilles pour la nuit, quelqu’un frappa à la porte. Tous les hommes présents dans la grande pièce se tinrent sur le qui-vive et Felix adressa un bref coup d’œil à Siegfried qui secoua légèrement la tête. Si cela avait été Rose, il l’aurait senti. Haakon ouvrit la porte et invita la personne à entrer. Il s’agissait de Maître Ilan, le mage de la cour. Tout le monde se détendit et Felix termina d’énumérer ses ordres aux soldats qui se dispersèrent ensuite tous en même temps, chacun sachant ce qu’il avait à faire, tandis que Siegfried accueillait le mage, indiquant qu’il se souvenait très bien de lui. Maître Ilan avait d’ailleurs narré cette rencontre à Rose il n’y avait pas si longtemps, alors que Felix se faisait encore passer pour un vieux bossu.

« Sa Majesté est venue me voir, annonça-t-il. Elle était plutôt agitée.
- Croyez que ce n’était pas notre intention, déclara Siegfried. Mais votre reine a un destin à accomplir. Et cela relève d’une importance encore plus grande que son royaume.
- Ce n’est pas moi que vous devez convaincre.
- Vous avez pu constater, je crois, qu’elle est devenue comme nous. Elle ne peut pas rester ici. De plus, nous avons besoin d’elle. Son pouvoir –
- Votre Majesté, le coupa le mage, je connais vos croyances. Je me suis d’autant plus documenté sur le sujet lorsque Monsieur Pierce est arrivé à la cour. Je n’ai besoin de savoir qu’une seule chose : est-ce que cela a quelque chose à voir avec ce fléau qui touche les mages ?
- Oui et non, répondit Felix en traversant la pièce pour s’approcher d’eux. C’est lié indirectement.
- Donc si vous faîtes ce que vous avez à faire, le fléau disparaîtra ?
- Cela stoppera la propagation, oui, confirma Siegfried. Mais nous ignorons si cela guérira les personnes qui seront déjà touchées.
- Alors dites-le à notre reine. D’habitude, les têtes couronnées n’ont que faire des mages ; nous sommes vus comme des créatures impies ici. Mais elle, elle nous voit comme de vraies personnes.
- Pensez-vous que cela suffira à la convaincre ?
- Donnez-lui l’impression que la décision vient d’elle, suggéra Maître Ilan. C’est une jeune femme qui a été isolée toute sa vie. Vous lui offrez l’occasion de voir le monde autrement qu’à travers une fenêtre. Elle a peur, c’est tout à fait normal. »

Siegfried roula des yeux et se traita d’idiot dans un soupir, indiquant qu’il n’avait pas pris en compte cette éventualité. A présent, la réaction de Rose lui apparaissait plus logique. Il invita Maître Ilan à s’asseoir avec lui afin qu’ils partagent un verre d’un alcool de Brynhildr, le genre de breuvage qui vous désinfectait de l’intérieur, vous retournait les boyaux et risquait de s’enflammer dans votre œsophage vous approchiez votre bouche de la flamme d’une bougie. Lorsque le monarque se retourna vers Felix pour lui proposer un verre, il constata que ce dernier avait disparu. Ses yeux verts se tournèrent alors vers la fenêtre entrouverte et le rideau qui remuait avec légèreté à cause du petit courant d’air qui s’infiltrait dans la pièce. Siegfried se mit à sourire, songeant que son ami était décidément toujours aussi prévisible, et n’hésita pas à rire de bon cœur devant la grimace qui déformait le visage du mage qui luttait contre la brûlure de l’alcool qu’il venait de verser d’une traite dans sa gorge.


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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours]   [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours] - Page 2 EmptyDim 27 Nov - 12:36

Chapitre Vingt-Quatre

Rose avait congédié les domestiques. Elle voulait être seule dans sa chambre avec ses pensées et elle ne pouvait jamais être elle-même en compagnie d’autrui depuis qu’elle était montée sur le trône. Bien qu’elle était motivée par le désir d’aider les plus démunis tout en évitant de se mettre la noblesse à dos, le poids de la couronne pesait bien lourd sur sa tête. Chaque jour était une nouvelle épreuve ainsi qu’une nouvelle source de fatigue. La jeune femme tenait bon mais elle savait qu’elle ne pourrait bientôt plus supporter un rythme aussi soutenu. Tendue, elle massait une de ses épaules tout en s’asseyant devant le miroir de sa coiffeuse. Elle n’avait pas très bonne mine d’après ce qu’elle pouvait constater en observant son reflet.

Alors qu’elle voulait se déshabiller, Rose se rendit compte qu’elle aurait peut-être dû écouter les domestiques lorsqu’elles avaient insisté pour rester tandis qu’elle leur avait annoncé qu’elle n’aurait plus besoin d’elles jusqu’au lendemain. En effet, il lui était impossible de détacher les boutons de sa robe. Quelle idée de confectionner un système de fermeture aussi compliqué… A moins d’être contorsionniste, elle dormirait dans son lit toute habillée. Or, dormir avec un corset n’était pas une option.

Dans le reflet du miroir, elle vit soudain le rideau bouger derrière elle. Rose se leva d’un bond et s’empara d’une paire de ciseaux. Elle vit Felix apparaître mais ne se détendit pas pour autant. Son roi l’envoyait-il l’enlever afin de la prendre avec eux contre son gré ?

« Que faîtes-vous avec ces ciseaux ? demanda-t-il en se déplaçant dans la pièce tout en restant loin d’elle.
- Et vous, que faîtes-vous ici ? rétorqua-t-elle en posant son arme de fortune sur une pile de livre. Vous savez très bien que vous ne devriez pas être ici.
- Je voulais que nous discutions. Seuls.
- Il est hors de question que je quitte Sion.
- Je n’ai pas l’intention de vous le demander.
- Siegfried non plus ne demandait pas, fit-elle remarquer. Il exigeait.
- C’est un roi. Voyez plutôt cela comme une mauvaise habitude. »

Rose fronça les sourcils. Ainsi c’était à elle qu’il revenait de s’adapter et d’accepter que ce roi qui n’était pas le sien lui donne des ordres ? A défaut de pouvoir retirer sa robe, d’autant plus en la présence d’un homme, elle se contenta de retirer ses bijoux un à un afin de se donner une contenance. Felix demeurait à l’autre bout de la pièce, se tenant droit avec une stature qui paraissait décontractée au premier regard mais qui se révélait en réalité plus formelle, plus disciplinée. En l’observant du coin de l’œil, Rose ne pouvait que constater qu’il était bel et bien un soldat, toutefois différent de l’image qu’elle avait pu avoir d’un soldat jusque là. Qui donc aurait pu imaginer que sous l’apparence courbée et désordonnée du Borgne se dissimulait un homme si grand, svelte et – inutile de le nier – plutôt séduisant ?

« Vos visions ne partiront pas, déclara-t-il. Elles vont même très certainement empirer. Si je connaissais un moyen de se débarrasser de ce pouvoir octroyé par le Cosmos, croyez-moi que je l’aurais fait depuis longtemps.
- Est-ce là votre façon de me dire que je n’ai pas le choix ? »

Rose avait subi la volonté d’autrui presque toute sa vie. Elle en avait assez que ce soit les autres qui dictent ce qu’elle devait faire ou ne pas faire. En posant une de ses boucles d’oreilles sur la coiffeuse, elle se mit à battre des cils et l’instant d’après, Felix se tenait devant elle et tenait son bras pour s’assurer qu’elle ne tomberait pas.

« Que faites-vous ? demanda-elle.
- Je pensais que vous aviez une vision.
- Je crois que c’est seulement un cil qui s’est logé dans mon œil gauche.
- Laissez-moi voir. »

Trop près, beaucoup trop près, pensait Rose en tentant de dissimuler son malaise. Felix tenait la visage de la jeune femme entre ses mains et scrutait son œil avec une grande concentration. Le bleu envoûtant de son regard hypnotisait Rose d’une façon déconcertante. En temps normal, elle aurait dû le prier de le pas la toucher et de s’éloigner, sa présence dans cette chambre constituant en elle-même un véritable scandale. Toutefois, elle ne pouvait s’y résoudre. Bien que cet homme soit resté pendant des mois à ses côtés en dissimulant son identité ainsi que la raison de sa venue, elle ne pouvait se résoudre à lui en vouloir. Contrairement à Siegfried, Felix n’avait aucune malice dans le regard, aucune arrière-pensée.

Lorsqu’il trouva enfin le cil rebelle, il appuya doucement le bout de son pouce à la surface de l’œil de Rose afin de le retirer. Et ce fut lorsqu’il retira ses mains des joues de la jeune femme que celle-ci fut prise d’une vision fugace, une succession d’images dont elle ne saurait décrire l’intensité. Tout-à-coup, elle saisit le poignet de Felix et le découvrit pour n’y voir que les veines qui allaient de son bras à sa main sous une peau qui ne portait aucun stigmate. Prudent, il récupéra son bras un peu trop vivement et s’éloigna en recouvrant son poignet tandis que Rose prit place au pied du lit.

« Vous avez essayé de vous tuer, lâcha-t-elle.
- …
- Souhaitiez-vous en finir à ce point-là ? »

Mais Felix laissa sa question en suspens sans apporter la moindre réponse. En ne voyant aucune cicatrice sur son bras, Rose avait pu en conclure que cette tentative qu’elle avait vu dans sa vision s’était produite après que Felix soit devenu immortel. Elle se demandait même combien de fois il avait essayé de se donner la mort ; elle était persuadée qu’elle n’avait pas été le témoin d’une unique fois. En le voyant ainsi se tenir droit et fier, Rose avait du mal à l’imaginer désespéré au point de vouloir mettre un terme à son existence. Mais elle savait néanmoins qu’il y avait beaucoup de choses qu’elle ignorait au sujet de cet homme.

« Ce pouvoir que vous avez est très précieux, déclara-t-il enfin. Il vous permet de savoir des choses que personne ne souhaiterait révéler autrement.
- Avez-vous honte ?
- Pas le moins du monde. Il fut une période de ma vie où j’avais très envie de mourir. C’est toujours le cas mais j’ai abandonné tout tentative inutile, confessa-t-il avant de changer de sujet. Si nos ennemis vous capturaient, vous ne seriez qu’un objet à utiliser et je préfère ne pas vous parler de tout ce qu’ils pourraient vous faire subir.
- Vous parlez des autres royaumes nordiques ?
- Non. Je parle de ceux que l’on appelle les Gorgones. »

Felix se mit alors à lui expliquer que ce sont des êtres entièrement corrompus par le Chaos et qui menacent le Cosmos. Rose plissa les yeux, elle était plutôt dubitative. Puis il lui indiqua que le mal qui touchait les mages avait un lien avec cela. Les mages étant sensibles au Cosmos, ils l’étaient tout autant au Chaos puisque les yeux formaient comme les deux faces d’une même pièce. Les Gorgones aidaient le Chaos à se répandre afin de corrompre d’autres êtres afin qu’ils deviennent comme eux et rejoignent leurs rangs. Et les seuls à pouvoir les en empêcher étaient justement les élus du Cosmos.

« Et comment cela ? demanda Rose en ayant toujours du mal à croire à cette fable.
- Nous ne le savons pas très bien encore à ce jour. Toutefois, je me demande si ce n’est pas votre pouvoir qui nous permettra de le découvrir. Vous pouvez être le témoin d’événements très anciens et il se trouve que nous ne sommes pas les premiers élus que le Cosmos ait choisi. En observant nos prédécesseurs, vous pourriez nous apporter des indices.
- Donc, vous aussi, vous voulez vous servir de moi. Quelle serait la différence avec ces Gorgones dont vous parlez ?
- Nous vous laissons le choix.
- Ce n’est pas l’impression que donnait Siegfried, rétorqua-t-elle.
- C’est seulement ce qu’il voulait vous faire croire. Il ne vous aurait jamais forcée.
- Je n’en suis pas si sûre.
- Il ment bien mieux que vous, je vous l’ai dit. De plus, votre maître d’arcanes pense que vous devriez nous accompagner. Il tente tout son possible pour limiter la propagation du Chaos en Sion mais ses capacités sont limitées. J’ai essayé de le mettre en garde. S’il continue dans ce sens, il finira lui-même par être infecté comme tous les autres mages. Il m’a dit qu’un autre monarque n’aurait eu que faire du sort des mages puisqu’il existe un très fort préjudice en leur encontre dans ce royaume. Mais il a foi en vous. »

Rose était touchée par un tel témoignage de confiance. De plus, la menace qui pesait sur les mages semblait plus réelle à ses yeux que cette histoire de Gorgones, de Cosmos et Chaos et de destin inéluctable. Felix prétendait lui laisser le choix mais le problème qu’il avait soulevé ne lui en laissait pas tant que cela. Il était persuadé que son aide était nécessaire et Rose savait que si c’était effectivement le cas et qu’elle avait décidé de ne rien faire, elle finirait par le regretter toute sa vie.

Le jeune femme se leva du lit et avança droit vers Felix qui se tenait appuyé contre la cheminée, les bras croisés. Devant lui, elle se retourna ensuite et réunit dans sa main les cheveux qui tombaient en cascade sur son dos.

« Pourriez-vous détacher les dix premiers boutons, s’il vous plaît ? demanda-t-elle en sentant rougir ses oreilles. J’ai congédié les domestiques en oubliant que cette robe était difficile à retirer.
- Vous n’avez toujours l’habitude de ces robes extravagantes, n’est-ce pas ? constatait-il avec un petit sourire au coin des lèvres, qu’elle ne vit pas, tout en lui accordant néanmoins ce service.
- Je préfère la simplicité, en effet. Surtout lorsque je suis fatiguée comme maintenant. Ces visions me vident de toute mon énergie. »

Lorsqu’il eut terminé, elle relâcha ses cheveux dans son dos, elle parviendrait à déboutonner le reste toute seule. Puis il se dirigea vers la fenêtre par laquelle il était entré afin de quitter la chambre de la même façon qu’il s’y était introduit. Rose demeura perplexe quelques instant. Il était parti sans dire un mot, sans faire le moindre bruit. Peut-être en avait-il conclu qu’il avait suffisamment essayé de la convaincre pour aujourd’hui.


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MessageSujet: Re: [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours]   [Roman] ♦ Le Corollaire du Cosmos [En cours] - Page 2 EmptyMar 29 Nov - 22:12

Chapitre Vingt-Cinq

En retournant dans les appartements bleus qu’occupaient Siegfried et sa garde, Felix traversa le salon sans adresser un regard à son roi ni à son invité déjà un peu éméché et se réfugia dans la chambre pour être un peu seul. Il savait que se rendre seul dans la chambre de Rose était une erreur mais il l’avait fait tout de même. Toutefois, il avait pu avoir la preuve qu’elle était capable de voir des événements qui remontaient à plusieurs décennies. D’après la réaction de la jeune femme, elle l’avait vu se tailler les veines du poignet. Felix avait été terriblement frustré ce jour-là car à peine avait-il taillé dans sa peau qu’elle se refermait déjà. De nombreuses tentatives s’étaient alors succédées par la suite et de façon plus brutales les unes que les autres. Seuls n’en étaient restés que la douleur et le désespoir.

Tu es un monstre. Jamais il n’oublierait cette phrase. Elle revenait le hanter à chaque fois qu’il pensait trouver quelqu’un qui le comprendrait, qui verrait la personne qu’il est avant de voir… le monstre que le Cosmos avait fait de lui. Rose ne l’avait pas jugé lorsqu’il lui avait montré son étrange pouvoir. Elle ne l’avait pas non plus jugé en apprenant qu’il avait tenté de se donner la mort alors qu’une telle action était un péché pour les Sionois. Il la voyait toujours l’observer avec curiosité mais son immortalité n’avait rien à voir là-dedans. C’était du moins ce qu’il pensait. Selon lui, elle avait du mal à accepter que le vieil homme qui s’était présenté à elle quelques mois plus tôt et le jeune homme qu’il paraissait ne formait qu’une seule et même personne. La première fois que Felix avait posé les yeux sur elle, il s’était trouvé fasciné par cette demoiselle dont la dignité n’était pas écorchée alors qu’elle ne portait que des guenilles et vivait dans une maison délabrée qui n’était autre que sa prison.

Il baissa les yeux vers ses mains ouvertes qu’il ferma ensuite lentement pour serrer les poings. Chaque année, à la même période, il se mettait à broyer du noir et passait ses journées à dormir plus que de raison. Cette année, il n’avait pas le temps de dormir. Siegfried se trouvait loin de Brynhildr, Rose devait être protégée d’elle-même et des autres, puis il y avait aussi Vega qui attendait d’être secouru, du moins s’il était toujours en vie comme le prétendait Siegfried. Un voyage vers les Terres d’Obsidienne, voilà qui ne lui donnerait pas envie de dormir. Le danger serait partout.

On toqua à la porte de la chambre, le bruit le tira de ses pensées. Haakon entrouvrit la porte, Felix hocha légèrement la tête et son ami entra avant de refermer derrière lui. C’était certainement Siegfried qui l’avait envoyé le voir. Dans la pièce voisine, celui-ci riait à gorge déployée en compagnie d’Ilan et des quelques gardes restés en faction dans les appartements.

« Qu’y a-t-il ? demanda Felix à son ami qui se posta par réflexe près de la fenêtre.
- Tu es allé voir Rose, n’est-ce pas ?
- En effet. Et non, elle ne veut toujours pas nous accompagner. Je ne sais pas à quoi joue Siegfried en tentant de lui forcer la main. Tout à l’heure, il a même fait semblant de ne pas comprendre qu’elle avait peut-être simplement peur de quitter son royaume.
- Penses-tu qu’elle ait vraiment peur ?
- Non. Je dirais plus qu’elle s’obstine à refuser de croire ce que l’on peut lui dire. Elle se méfie de Siegfried. Je ne lui en voudrais pas, je l’ai moi-même mise en garde contre lui.
- Il n’a pas mauvais fond, remarqua Haakon de sa voix rocailleuse. C’est juste qu’il est… qu’il est…
- Je sais et cela m’agace encore plus. »

Haakon croisa les bras et se mit à regarder le jeune homme fixement. Il le connaissait depuis suffisamment longtemps pour savoir que Felix faisait exprès de contourner le problème. Or, ce n’était pas vraiment son genre. Après tout, on parlait bien du général dont la tactique de prédilection était l’attaque frontale.

« Cesse de me regarder de cette façon, lui intima Felix visiblement mal à l’aise. Je sais à quoi tu penses. Je sais.
- Alors pourquoi comptes-tu ne rien faire ?
- Parce qu’il n’y a rien à faire.
- Tu n’es qu’un idiot. »

Felix roula des yeux et Haakon quitta la chambre pour le laisser méditer seul sur cette déclaration des plus sommaires mais aussi des plus éloquentes. Haakon n’avait de cesse de le traiter d’idiot depuis qu’ils étaient arrivés en Sion. Étrangement, il avait fini par s’y habituer. Après tout, il ne voyait pas comment il pouvait contester cela.



Le lendemain, alors qu’il revenait de sa ronde matinale, Felix eut la surprise de voir Rose assise dans le salon en compagnie de Siegfried. Leurs regards se croisèrent et Felix s’inclina poliment, comme il était censé le faire devant une reine. Il ne pouvait céder aux familiarités qu’il s’était permises la veille. Elle lui adressa un bref sourire. Elle avait l’air tendu. Cela avait-il quelque chose à voir avec Siegfried ?

« Ah, te voilà enfin, se réjouit ce dernier en se levant pour l’inviter à s’asseoir parmi eux. Nous t’attendions justement.
- Pourquoi ? demanda-t-il en prenant place dans un fauteuil.
- Nous allons enfin chercher ce brave Vega.
- …
- Quoi ? Pourquoi fronces-tu les sourcils ?
- Plutôt que d’aller à cette conclusion, passe d’abord par le cheminement. Pourquoi dis-tu que nous allons chercher Vega ? Tu n’es même pas certain qu’il soit encore en vie. Et puis je te rappelle que cela nous fait aller dans les Terres d’Obsidienne.
- Tu étais partant hier. Tu parlais même de se jeter dans la gueule du loup, je te rappelle.
- Je sais ce que j’ai dit. Et après, on dit souvent que c’est moi qui radote alors que c’est vous qui ne comprenez jamais rien.
- Ce vous m’inclut-il aussi ?
- Des fois, déclara Felix en haussant les épaules. Le pire, c’était ton grand-père. Il fallait toujours que je lui réexplique les chose une dizaine de fois. Et la plupart du temps, il comprenait de travers. C’est principalement à cause de lui si j’ai pris l’habitude de répéter les choses.
- Euh… je ne voudrais pas vous interrompe mais vous vous écartez du sujet, messieurs, intervint Rose plutôt timidement.
- Veuillez l’excuser, Votre Majesté, répondit Siegfried, ce à quoi Felix répondit par un roulement d’yeux.
- Monsieur Pierce, j’ai choisi de vous accompagner malgré mes réticences. Vous dîtes que ma présence à vos côtés pourrait stopper le fléau qui touche les mages de mon pays et de bien d’autres, n’est-ce pas ?
- Pas seulement les mages, mais oui, en effet, confirma Felix. En revanche, comment comptez-vous palier à votre absence ici ?
- Je compte m’occuper de cela d’ici la fin de la semaine mais je pense que tout devrait bien se passer.
- Vous en avez eu une vision ?
- Non, j’ai seulement confiance en mes choix. »

Confiance en ses choix. Felix n’était pas certain qu’elle sache véritablement ce que cela impliquait. Elle risquait de tomber des nues une fois que ce serait trop tard. Siegfried souhaitait absolument qu’elle les accompagne mais Felix était quant à lui partagé sur la question. Elle serait certainement plus en sécurité avec eux et ses visions pourraient leur être utile mais il éprouvait certains remords à l’arracher à un pays qui devait encore s’habituer à la considérer à sa tête. Le voyage serait périlleux et inconfortable, Rose aurait donc beaucoup de difficultés à suivre le rythme. Il l’avait certes entraînée à marcher sur de longues distances dans la boue ainsi que dans la neige mais le résultat ne lui donnait pas encore satisfaction. Toutefois, au cours de ces derniers mois, Felix avait pu juger de son caractère et la jeune femme se révélait capable de beaucoup de choses lorsqu’elle en avait la volonté. Puis elle avait la tête sur les épaules. Il se souvenait clairement de la réaction de Rose dans la cathédrale, alors qu’il se battait contre l’ennemi et se faisait blesser par leurs épées. Aucun cri n’était sorti de la gorge de la reine, pas la moindre effusion de larmes, même pas un mouvement de panique.

« Felix, es-tu toujours parmi nous ? l’interpela Siegfried pour le tirer de ses pensées. A quoi penses-tu ?
- Rien qui soit pertinent à l’heure actuelle. »



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